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Haïti 2021-2026 — sécurité effondrée, élections compromises et transition à bout de souffle

Dans ce deuxième volet de sa série consacrée à la transition haïtienne depuis 2021, l’économiste Benzico Pierre analyse l’effondrement sécuritaire du pays, l’expansion des gangs armés, les limites des réponses nationales et internationales ainsi que l’impasse électorale qui fragilise davantage la gouvernance. Entre territoires perdus, processus électoral gelé et dépendance croissante envers l’appui étranger, cette réflexion interroge les véritables acquis d’une transition qui peine encore à rétablir l’autorité de l’État et la stabilité nationale.

Lequotidien509 by Lequotidien509
juin 6, 2026 - Updated On juin 7, 2026
in A la une, Analyse, Opinion
Reading Time: 9 mins read
Haïti 2021-2026 —  sécurité effondrée, élections compromises et transition à bout de souffle

De la sécurité

Après les évènements des 6 et 7 juillet 2018, le pays a sombré dans l’escalade de violence des gangs. Changeant continuellement de modes opératoires, ces bandits ont déstabilisé le pays, provoquant la destruction des principales zones industrielles, administratives et économiques de la capitale, la destruction ainsi que le siège du bastion agricole de la vallée de l’Artibonite et les déplacements internes des populations. Dans leurs vagues de violences, ils ont annihilé, dans l’espace d’un cillement, les efforts de certains professionnels de la classe moyenne qui ont trimé durement pour se forger une stabilité économique.

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Ils ont cassé l’élan d’hommes et de femmes d’affaires créateurs d’emplois dans le pays. D’un autre côté, comme des iconoclastes invétérés, ils ont détruit toute la mémoire du peuple haïtien en incendiant bibliothèques, universités, monuments historiques, anciennes écoles formatrices desmeilleures têtes de notre pays. Ils se sont pris aux symboles les plus fondamentaux de la société. Et pire encore, ils ont court-circuité le parcours et l’évolution des jeunes générations. Ils ont réussi à mettre Haïti hors-jeu du trafic international aérien, maritime et terrestre à un certain point de vue.

Le principal aéroport international du pays est fermé, des lignes maritimes internationales des plus importantes ont suspendu leurs expéditions sur le pays. Les échanges commerciaux entre Haïti et la République Dominicaine rentrés dans l’illégalité privant les structures de perceptions de l’Etat haïtien de précieuses rentrées.

Pour faire face à l’insécurité grandissante, en octobre 2023, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 2699 (2023) qui a autorisé une mission multinationale d’appui à la sécurité en Haïti sous le leadership du Kenya pour faire face à l’insécurité grandissante. La communauté internationale n’a pas tenu ses promesses quant au financement de ladite mission. Résultats : plus de territoires perdus, plus de déplacés internes.

A la 80e session des Nations Unies, Haïti a fait le plaidoyer pour la transformation de la MMAS en force de répression des gangs (FRG) telle que proposée par les Etats-Unis et le Panama. Le 3 septembre 2025, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 2793(2025) autorisant le passage de la MMAS à la FRG pour une durée de douze (12) mois avec un mandat plus offensif. A date, soit sept (7) mois après l’adoption de la résolution, la FRG peine à prendre forme. Selon des informations disponibles, cette force ne sera ni effective encore moins opérationnelle avant octobre ou novembre 2026.

Quant à la Police Nationale, les efforts suivis de conquête sont peu significatifs même sile nouveau Haut commandement se revendique la reconquête de certains pans de la Capitale.

Ce que l’on n’ose pas dire sur la sécurité c’est que la transition n’aura pas suffi pour réprimer la gangstérisation du pays. Repousser les gangs dans les confins de leurs fiefs pour organiser les élections sera un pas important mais insuffisant pour rétablir la sécurité et la stabilité. Pour arriver à la répression effective des gangs il faut deux choses fondamentales :

1. Le désarmement et la réinsertion. Encore faut-il rappeler que d’après le rapport des Nations Unies et du Haut-commissariat aux droits de l’homme il y a un peu plus de 500 000 armes en circulation dans le pays ? Le projet de construction des prisons de l’Etat haïtien sous les bons auspices de firme étrangère à la faveur de principes contractuels apparemment juteux ne semble pas tenir compte du rôle important que devra jouer une structure de réinsertion des mineurs aujourd’hui contraints de faire allégeance aux activités criminelles des gangs. Unplan de réinsertion des mineurs sera important. D’où l’importance de la CNDDR peut jouer un rôle capital tant dans le désarmement que dans la réinsertion.
2. Les politiques publiques ciblées pour couper le terreau fertile. Cette nécessité n’est plus à démontrer. La disponibilité et l’oisiveté des jeunes et même des adolescents constituent un bassin fertile à l’alimentation de ces groupes terroristes sans foi ni loi. Les vraies questions doivent être posées aujourd’hui : Que voulons-nous faire de notre pays ? Sommes-nous vraiment incapables de nous prendre en main, de mobiliser autrement la PNH et la FAD’H pour contrer, dans la règle, ces bandits qui ont frustré parents et progénitures du gout de vivre dans leur pays ? Devra-t-on rester à la merci de l’étranger qui se pérennise et se stabilise dans les promesses, même si l’on doit reconnaitre les efforts déployés pour faire face au grand banditisme ?
Les forces vives de la nation sont interpellées, avec cette même détermination qui a animé nos ancêtres, pour conjurer ce processus de destruction engrangé par des apatrides qui ont juré de réduire Haïti à sa plus simple expression. Là où nous avons été conduits aujourd’hui révèle notre manque de responsabilité vis-à-vis de nous-mêmes et la nécessité d’une vraie prise de conscience pour relever le défi, pour rebondir.Notre histoire, à qui veut l’entendre, est singulière dans le concert des nations, cette vérité doit-elle déplaire ?
Nous avons toujours su résister face à l’ennemi. Et, l’ennemi d’Haïti sont les avortons de nos pères et mères qui aujourd’hui se sont aussi faits complices des ennemis historiques de la nation. Le sauvetage d’Haïti se fera par les Haïtiens ou ne se fera pas lors même que le support de l’étranger demeure indispensable. Haïti ne mourra pas. Il existe encore des Haïtiens dignes de notre histoire et de ceux-là qui l’ont forgé.

Des élections

Plus qu’une simple procédure technique, les élections sont à la fois la source et l’arbitre des rivalités politiques. Elles sont, dans leur essence, le symbole éprouvé de la participation citoyenne au gouvernement représentatif. Les élections doivent, en principe, favoriser l’avènement de dirigeants politiques légitimes afin de prévenir toutes les formes de conflits, la faillite économique et assurer la transformation du pays.

L’organisation des élections, dès les premiers instants après l’assassinat du Président Moïse, devrait constituer la préoccupation fondamentale des élites du pays notamment les élites politiques. Nous sommes pratiquement à cinq (5) ans de ce crime crapuleux, rien ne semble augurer réellement la tenue desdites élections, dans un climat sécuritaire acceptable dans un proche avenir. Après la disparition du PrésidentCincinnatus Leconte lors de l’explosion du Palais National le jeudi 8 Aout 1912 à 3 heures 25 du matin, Tancrède Auguste est élu Président le même jour. Le 2 mai 1913 Tancrède Auguste meurt, le 4 mai Michel Oreste le remplace. C’est comme si, du point de vue de la gouvernance politique, Haïti a fait un sursaut à reculons d’un peu plus de 109 ans.

Aujourd’hui encore, mettons-nous d’accord que les élections n’auront pas lieu le 25 Aout 2026 d’autant que le 8 avril 2026 le CEP a annoncé le gel du processus électoral sans une date précise pour la reprise de celui-ci. Les retards s’accumulent relativement aux délais techniques incompressibles. Plus loin encore, il parait que les élections n’auront pas lieu non plus en novembre 2026.

Les trois (3) principaux piliers qui ont toujours constitué l’agenda de cette transition qui a déjà trop duré et qui fatigue tout le monde ne sont point au rendez-vous. C’est une transition ratée !

En faisant un bon diagnostic de la gouvernance du pays depuis 2021, l’on peut se questionner sur ce qui peut être considéré comme acquis durant cette transition.

Benzico Pierre

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Tags: haititransition
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