Dans une lettre datée du 26 octobre (réf. DG/0602-26), consultée par notre rédaction, la ministre des Affaires étrangères Raina Forbin convoque l’ambassadeur Faruk Miguel à la Chancellerie. Le motif est écrit noir sur blanc :
« J’ai l’honneur de vous inviter à un entretien en vue d’aborder des thèmes de grand intérêt pour nos deux pays, en particulier, des informations relatives à des incursions rapportées de l’Armée de terre dominicaine en territoire haïtien. »
Le rendez-vous est fixé au « jeudi 29 octobre 2026 à 12 : 00 pm ». Le courrier reste toutefois prudent : il parle d’incursions « rapportées » et ne nomme ni Thomazeau, ni date, ni unité militaire.
Saint-Domingue : « Nous n’expulsons personne »
La riposte n’a pas tardé. Le chancelier dominicain Víctor « Ito » Bisonó confirme que l’ambassadeur ira au rendez-vous, avec une consigne claire : exiger les preuves. Il assure que son pays respecte la frontière, tout en admettant ne pas connaître les détails de l’épisode.
Le ministre de la Défense, Carlos Antonio Fernández Onofre, va plus loin et nie toute expulsion. Selon lui, les topographes repérés dans la zone préparent 14 km de clôture supplémentaires à Jimaní, côté dominicain. Il affirme aussi que quelques maisons d’un hameau haïtien, déplacées après la crue du lac, se trouvaient de ce côté de la ligne. Leurs occupants accepteraient, dit-il, de reconstruire en Haïti. « Nous n’expulsons personne », tranche-t-il.
Thomazeau : ce que montrent les vidéos, ce qu’elles ne prouvent pas
Les images en circulation montrent des militaires devant des cases en tôle et en paille. Selon ces vidéos, les soldats auraient ordonné aux familles de démolir leurs maisons et de partir, au motif que la terre serait dominicaine.
Aucune de ces vidéos n’a été authentifiée. Trois questions restent sans réponse :
- De quel côté de la frontière se trouvaient ces maisons ?
- Combien de familles sont touchées ?
- Port-au-Prince détient-il autre chose que des images virales ?
Une frontière, deux récits, un rendez-vous
D’un côté, des familles qui disent avoir perdu leur toit. De l’autre, un gouvernement qui parle de clôture et de relogement volontaire. Entre les deux, des vidéos que personne n’a encore pu vérifier.
Jeudi, à midi, la parole passe aux diplomates. Sur une frontière où chaque mètre compte, la vérité sur Thomazeau ne se jouera pas sur TikTok, mais autour d’une table à Port-au-Prince.
La rédaction
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