Le compte à rebours de Laurent Saint-Cyr a affiché, le 7 novembre 2025, les 50 % restants de son mandat entamé le 7 août 2025. En trois mois — soit un reliquat de 92 jours écoulés sur un total de 184 — le conseiller présidentiel atteint la mi-course d’une mission dont les contours demeurent toujours flous, improductifs sinon opaques.
En visite officielle à Doha, au Qatar, dans le cadre du Deuxième Sommet mondial pour le développement social (4-6 novembre 2025), Laurent Saint-Cyr, président du Conseil présidentiel de transition d’Haïti, a été accueilli à l’aéroport international Hamad par le directeur du protocole du ministère des Affaires étrangères du Qatar et l’ambassadeur d’Haïti. Il a ensuite visité le Village culturel Katara, accompagné de son directeur général, le professeur Dr Khalid bin Ibrahim Al-Sulaiti. Il a rencontré Chris Elmore, le Sous-secrétaire d’État au Bureau des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement (Foreign, Commonwealth and Development Office) du Royaume-Uni.
Le 4 novembre, il a assisté au premier match de la sélection nationale haïtienne U-17 face à l’Égypte.
Il a prononcé, lors du Deuxième Sommet mondial pour le développement social, un discours en faveur de la force de répression des Gangs. Le 7 novembre, il a rencontré Mgr Eugene Nugent, Nonce apostolique auprès du Qatar, du Bahreïn et du Koweït, pour évoquer la nomination d’un nouveau Nonce apostolique en Haïti.
Une tournée diplomatique controversée
Ce dernier déplacement au Qatar laisse perplexe : à l’heure où l’on n’a pas fini de compter les morts, et où des milliers d’Haïtiens tentent de se relever du cyclone Melissa, Laurent Saint-Cyr s’offre une tournée diplomatique de prestige personnel, accompagné, entre autres, de sa cheffe de cabinet Raïna Forbin et de sa responsable de communication Winnie Hugot Gabriel.
En effet, le 26 septembre dernier, lors de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, M. Saint-Cyr, son beau-père, son épouse et sa cheffe de cabinet, entre autres, avaient eu un entretien avec le ministre d’État aux Affaires étrangères (équivalent d’un secrétaire d’État) Dr Mohammed bin Abdulaziz bin Salle Al-Khulaifi, selon les médias qataris.
Cette tournée au Qatar, (St-Cyr a laissé Haïti le 31 octobre pour revenir le 10 novembre), pour participer à un sommet des Nations unies sur le développement. La délégation aurait coûté au contribuable haïtien plus de 20 millions de gourdes selon nos sources. Elle a été ponctuée par l’officialisation de la nomination d’un nouvel ambassadeur plénipotentiaire à Doha, Pierre Richard Cajuste. Une semaine au Qatar n’est pas mince, surtout si l’on n’est pas l’invité spécial de l’émir ! Pas même un MoU signé avec le Qatar ou un pays présent au Sommet !
Une nomination stratégique plus que protocolaire
Ce changement de représentant d’Haïti laisse penser à une manœuvre visant à s’assurer le contrôle de celui qui pourra négocier les fonds qatariens pour Haïti. Jean Marie François Guillaume Junior, ambassadeur sortant, réputé proche de Laurent Lamothe, occupait ce poste depuis 2019.
Le Qatar Investment Authority (QIA) est le fonds d’investissement souverain de l’émirat du Qatar, présidé par Bandar ben Mohammed ben Saoud Al-Thani. Fondé en 2005, il détenait, en 2024, selon le Sovereign Wealth Fund Institute, 557 milliards de dollars d’actifs et avait déjà investi 60 milliards dans le secteur immobilier.
En Haïti, la Fondation Qatar pour Haïti aurait versé à l’État haïtien 20 millions de dollars dans le cadre de la reconstruction du pays après le séisme de 2010. Faute de suivi responsable et de transparence, le Qatar a depuis suspendu ses décaissements directs vers l’État haïtien. Cependant, le pays a financé des projets de l’organisation FOKAL, dirigée par l’ex-Première ministre Michèle Pierre-Louis. Plus récemment, le Qatar a octroyé 1,85 million de dollars à l’ONG internationale Hope for Haiti et, en avril 2024, signé un accord avec la BID pour un financement de 44 millions de dollars sur cinq ans.
Au Qatar, Laurent Saint-Cyr, selon le protocole diplomatique prévu pour les hauts représentants des pays participants au sommet, a pu saluer brièvement (cinq minutes) le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du pays.
A son retour Laurent Saint-Cyr a parlé de 44 millions de dollars de Qatar a promis à Haïti lors de son voyage. Cependant, aucun communiqué officiel du gouvernement de Qatar n’a fait mention d’un don pareil lors de ce sommet.
Selon le média « Qatar.Tribune » dans un article publié en avril 2024, « la Banque interaméricaine de développement (BID), la Fondation Education Above All (EAA) et le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) se sont associés pour soutenir l’éducation en Haïti. La subvention de 44 millions de dollars pour ce projet quinquennal permettra au ministère de l’Éducation nationale (MENFP) d’atteindre ses objectifs en renforçant son système de gestion de l’information, en favorisant une réforme efficace des programmes scolaires et une gestion sectorielle de haute qualité. »
Notre rédaction se demande pourquoi le gouvernement de Qatar ou la Fondation Qatar n’a publié aucun communiqué sur ces 44 millions de dollars pour Haïti ainsi que cette répartion 10-34. ? S’agirait-il tout simplement des 44 millions donnés à la BID depuis Avril 2024 pour l’éducation ?
Une diplomatie d’apparat
Ainsi, le voyage de Laurent Saint-Cyr au Qatar et la nomination de Pierre Richard Cajuste s’apparentent, pour de nombreux observateurs, à une stratégie de relations publiques personnelles, destinée à maintenir le contrôle de certaines manœuvres diplomatiques et financières, au cas où le Conseil présidentiel de transition (CPT) ne pourrait se renouveler au 7 février 2026.
Cette démarche ressemble moins à une ouverture diplomatique qu’à une stratégie d’influence personnelle soigneusement dissimulée.
Le mandat de Laurent Saint-Cyr s’impose désormais comme l’un des plus opaques et des plus improductifs de la présidence tournante, où les coups de communication supplantent l’action, et où la transparence semble bannie du vocabulaire politique.
Son attitude donne l’image d’un homme plus préoccupé par la gestion d’un agenda de groupe restreint que par le sort réel des Haïtiens.
Un itinéraire sans boussole
À mi-parcours, Laurent Saint-Cyr récolte donc — ironiquement — le prix du voyageur infatigable, du silence stratégique bien calculé et du désintérêt national assumé.
La feuille de route de Laurent Saint-Cyr ressemble à un itinéraire sans boussole, où l’itinérance diplomatique remplace la responsabilité d’État. Diantre, qu’ont-ils donc contre le peuple haïtien ?
Ce voyage au Qatar, selon plusieurs analyses, ne rapportera rien de concret à Haïti. Il est urgent de chercher à comprendre ce qui s’est réellement passé entre Haïti et le Qatar, et pourquoi toutes les démarches de rapprochement depuis 2017 ont toujours échoué.
À 50 % de son mandat, le pays a le droit de savoir ce que les voyages de Laurent Saint-Cyr ont coûté au peuple haïtien.
Brigitte Benshow
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