La tension monte autour de l’organisation des prochaines élections en Haïti. Une vingtaine de dirigeants politiques et d’acteurs de la société civile ont publié une déclaration solennelle dans laquelle ils accusent le gouvernement dirigé par le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé de compromettre l’indépendance du Conseil électoral provisoire (CEP) et de vouloir prendre le contrôle du processus électoral.

Dans ce document intitulé « Pour sauver la République et protéger le processus électoral », les signataires estiment que le pays traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire récente.
Ils reprochent au pouvoir exécutif de s’éloigner de sa mission fondamentale, qui consiste à rétablir un climat sécuritaire favorable à la tenue d’élections libres, honnêtes et inclusives en 2026.
Les responsables politiques rappellent que l’article 191 de la Constitution confère au CEP la responsabilité exclusive de gérer les opérations électorales et de préparer le décret électoral.
Ils soutiennent que toute atteinte à cette autonomie constitue une menace directe pour la crédibilité du scrutin et la légitimité des institutions qui en découleront.
Selon les signataires, la crise qui oppose actuellement la Primature au Conseil électoral n’est pas le fruit du hasard. Ils y voient une stratégie délibérée visant à affaiblir l’institution électorale au moment même où la population attend un renouvellement de la classe politique à travers les urnes.
La nomination et l’installation d’un directeur général au sein du CEP cristallisent les critiques. Les opposants à cette décision accusent le premier ministre de vouloir transférer certaines prérogatives du Conseil électoral vers l’administration exécutive.
Ils considèrent que cette démarche pourrait réduire l’autonomie du CEP et compromettre le bon déroulement du processus électoral.
Les signataires de la déclaration lancent également un appel à la communauté internationale afin qu’elle continue à soutenir le CEP dans la défense de ses attributions constitutionnelles. Ils exhortent par ailleurs les syndicats, les organisations de la société civile, le secteur privé et l’ensemble des citoyens à se mobiliser pour préserver l’indépendance de l’institution électorale.
Ils rejettent d’avance toute consultation électorale qui serait organisée en violation de la Constitution ou des principes démocratiques, et réclament la mise en place de conditions garantissant des élections crédibles, transparentes et souveraines.
Parmi les personnalités ayant pris position figure l’ancien Premier ministre Jean-Michel Lapin qui a dénoncé ce qu’il considère comme une volonté manifeste du chef du gouvernement de contrôler le CEP afin d’orienter les résultats électoraux.
Selon lui, l’installation d’un directeur général au sein de l’institution électorale traduit une tentative de transformer le CEP en un simple « ministère des Affaires électorales ».
De son côté, l’ancien conseiller électoral Ricardo Augustin s’est également montré préoccupé par la situation. Il a rappelé que Pierre-Louis Opont était le dernier à avoir occupé les fonctions de directeur général du CEP. Il a invité les autorités à fournir des explications sur les raisons justifiant le rétablissement de cette structure administrative.
Ricardo Augustin a également exprimé son inquiétude face à l’escalade des tensions entre le gouvernement et le Conseil électoral provisoire. Selon lui, Haïti ne peut se permettre de sombrer dans une crise électorale avant même la tenue des élections.
L’ancien conseiller électoral a enfin plaidé en faveur d’une réforme constitutionnelle préalable afin de renforcer les bases institutionnelles du pays avant le prochain scrutin.
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