Éducation en Haïti. Entre insécurité, crise chronique et héritage colonial, le système éducatif haïtien vacille au bord de l’effondrement.
Le peuple haïtien, forgé dans l’épreuve et marqué par les entraves d’un passé colonial, se trouve une nouvelle fois confronté à un dilemme existentiel. À moins de deux semaines de la rentrée des classes, une question cruciale se pose : comment des millions d’enfants pourraient-ils retrouver le chemin de l’école ?
La crise multidimensionnelle qui frappe le pays dresse une barricade infranchissable devant les parents, subissant de plein fouet les conséquences d’une économie exsangue et d’une sécurité défaillante. Au-delà du simple constat, trois fléaux résument l’ampleur du désastre : l’insécurité alimentaire, l’insécurité physique généralisée et un chômage endémique.
Le système éducatif, pilier essentiel de toute nation, est lui-même devenu une victime collatérale. Une quantité significative d’écoles sert aujourd’hui d’abris de fortune aux milliers de personnes déplacées par la violence des gangs armés. Dans ce chaos, comment envisager sereinement une rentrée scolaire ? Les autorités en place annoncent une ouverture imminente, mais semblent faire la sourde oreille aux plaintes des parents, pourtant victimes directes des exactions.
La terreur est quotidienne. De vastes territoires échappent totalement au contrôle de l’État, plongeant la population dans une effroyable incertitude. Dans un tel contexte, l’éducation essuie des contraintes d’une gravité inédite, d’autant plus que la saison cyclonique bat son plein. Cette rentrée se fera-t-elle au bénéfice d’une toute petite minorité aisée ou pour l’ensemble des enfants, toutes origines sociales confondues ? Là, l’inquiétude est palpable et grandissante.
L’éducation est un droit fondamental. Son fruit doit être accessible à tous. Force est de constater qu’aujourd’hui le pays fabrique une génération de sacrifiés, condamnée à une éducation au rabais. Avec un système aussi déliquescent, comment Haïti pourrait-elle sortir de l’obscurantisme où elle se débat ? La culture elle-même recule : le livre a disparu des mains de nombreux citoyens, les clubs littéraires se sont éteints.
La conclusion s’impose d’elle-même. Au train où vont les choses, une refonte totale et radicale du système s’avère être la seule issue possible pour éviter le naufrage définitif d’une nation tout entière.
Claude Aubry,
Professeur, Ethnologue
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