Invité de la première édition 2026 des Grands Rendez-vous Économiques, émission animée par l’économiste Kesner Pharel, le ministre de l’Économie et des Finances, Alfred Métellus, a présenté un panorama détaillé de la situation économique d’Haïti, marquée par de fortes contraintes sécuritaires, une fragilisation de la base productive et des indicateurs sociaux préoccupants, mais aussi par certains signes de stabilisation.
Selon le ministre, l’insécurité demeure le facteur qui pèse le plus lourdement sur la performance économique. Le blocage de plusieurs axes routiers stratégiques empêche la circulation des marchandises et limite l’accès aux grands marchés nationaux, notamment les marchés transfrontaliers, essentiels au commerce et à l’approvisionnement du pays.
Cette situation affecte directement les chaînes de production et de distribution, réduisant les capacités d’écoulement des produits agricoles et manufacturés.
Malgré ce contexte, Alfred Métellus a indiqué qu’Haïti n’a pas subi, au cours de la période récente, de chocs climatiques majeurs susceptibles de provoquer une chute brutale de la production agricole. Dans ces conditions, l’économie haïtienne aurait enregistré une croissance estimée à 2,7 %.
Ce taux, jugé faible, est toutefois interprété par le ministre comme un signal de stabilisation, traduisant un ralentissement de la dynamique de contraction observée ces dernières années.
Des indicateurs conjoncturels, notamment l’Indicateur composite de l’activité économique (IKR) publié périodiquement par l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI), confirment cette tendance et permettent d’anticiper l’évolution de l’activité à la fin de l’exercice fiscal.
Sur le plan budgétaire, le ministre a souligné une augmentation significative des dépenses d’investissement public, passées d’environ 7 milliards de gourdes à 25 milliards de gourdes en 2024. Cet effort s’inscrit dans une volonté de soutenir l’activité économique malgré des contraintes opérationnelles importantes.
Toutefois, le taux d’exécution du budget d’investissement est resté inférieur à l’objectif initial, avoisinant les 25 %, en raison notamment des difficultés sécuritaires et logistiques. Le volume global des ressources mobilisées représente néanmoins un effort supérieur à 100 milliards de gourdes, jugé conséquent pour une économie de la taille d’Haïti.
Au-delà des données macroéconomiques, Alfred Métellus a attiré l’attention sur la dégradation continue des indicateurs sociaux. Selon les données évoquées Kesner Pharel :
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L’extrême pauvreté touche environ 34 % de la population ;
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La pauvreté globale dépasse 60 %, pouvant atteindre 65 % selon certaines estimations ;
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La classe moyenne s’est fortement contractée, passant d’environ 7 % à 2 % de la population.
Ces évolutions traduisent une fragilisation du tissu social et une réduction de la capacité de consommation et d’épargne des ménages.
Le ministre a également relevé une baisse marquée des exportations, passées d’environ 1 milliard de dollars à 500 millions de dollars. Cette évolution est interprétée comme un indicateur du recul de la base productive nationale.
Dans une économie ouverte comme celle d’Haïti, les exportations constituent un moteur essentiel de croissance et de création d’emplois. Leur contraction limite les entrées de devises et réduit les perspectives de relance durable.
Illustrant les difficultés du secteur productif, Alfred Métellus a évoqué le cas du parc industriel de Caracol, dont l’effectif est passé de plus de 15 000 emplois à environ 2 700. Le maintien de ces emplois a nécessité une intervention directe de l’État, par l’intermédiaire du ministère de l’Économie et des Finances.
Le ministre a toutefois noté que d’autres parcs industriels, mieux structurés, continuent de fonctionner et démontrent le potentiel de création d’emplois lorsque les conditions de sécurité, d’accès aux marchés et de soutien institutionnel sont réunies.
Il a également évoqué des opportunités économiques encore ouvertes, notamment dans le Sud du pays, disposant de points d’accès internationaux susceptibles de soutenir une dynamique de développement régional. Il a aussi signalé la région Nord.
L’intervention du ministre de l’Économie et des Finances met en lumière une économie haïtienne sous fortes contraintes sécuritaires et sociales, confrontée à un affaiblissement de sa base productive, mais montrant également des signes de stabilisation relative.
Les perspectives de relance restent étroitement liées à l’amélioration de la sécurité, à la reprise des investissements et à la capacité du pays à reconstruire son appareil productif et exportateur.
Le Ministre est resté positif sur l’avenir par rapport aux efforts déployés par le Gouvernement pour rétablir la sécurité dans le Pays.
La rédaction
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