Que se passerait-il si les transferts de la diaspora diminuaient brutalement ? La question prend une importance particulière pour Haïti, où ces flux représentent près d’un cinquième du PIB et constituent une source essentielle de revenus pour les ménages et de devises pour l’économie.
Une étude réalisée par Kensley Blaise, Jean Marie Cayemitte et Jean Gardy Victor, chercheurs au Département de recherche en économie et finance de la Banque de la République d’Haïti (BRH), analyse les conséquences potentielles d’un tel choc.
Une économie fortement dépendante des transferts
Selon les données présentées par la BRH, les transferts représentent en moyenne 19 % du PIB haïtien, contre environ 5,8 % pour la moyenne de l’Amérique latine et des Caraïbes.
La dépendance est également très concentrée : environ 80 % des transferts reçus par Haïti proviennent des États-Unis.
Cette situation expose donc l’économie haïtienne aux évolutions du marché du travail, des revenus et des politiques migratoires américaines.
Du TPS aux transferts : un risque, pas une fatalité
L’évolution du Temporary Protected Status (TPS) pour les Haïtiens aux États-Unis constitue l’un des facteurs de risque examinés par l’étude. Mais la BRH apporte une nuance importante : un durcissement du TPS ne signifie pas automatiquement une baisse des transferts.
Entre le statut migratoire et l’argent envoyé en Haïti, plusieurs mécanismes d’adaptation peuvent intervenir. Les migrants peuvent utiliser leur épargne, trouver un autre emploi, réduire certaines dépenses ou continuer à soutenir leurs familles malgré les difficultés.Le TPS constitue donc un facteur de risque potentiel, et non un choc automatiquement transmis aux transferts.
Pourquoi une baisse serait préoccupante
Le problème dépasse largement les familles qui reçoivent de l’argent de leurs proches.
Une diminution importante des transferts pourrait réduire la consommation des ménages, diminuer l’entrée de devises et exercer une pression sur le taux de change et les réserves internationales.
Elle pourrait également affecter les finances publiques. Moins de transferts signifie potentiellement moins de consommation, donc moins d’activité économique et, indirectement, moins de recettes fiscales.
C’est d’ailleurs l’un des effets que l’étude identifie comme les plus clairement établis et les plus persistants.
Un avertissement pour l’économie haïtienne
La recherche de la BRH ne prédit pas une chute des transferts. Elle cherche plutôt à mesurer ce qui arriverait si un choc important survenait. Son message est néanmoins clair : pour Haïti, les transferts de la diaspora sont à la fois un pilier économique et une source de vulnérabilité.
Tant que près d’un cinquième de la richesse produite dans le pays dépend indirectement de flux générés à l’étranger, toute baisse importante de ces transferts pourrait rapidement dépasser le cadre familial et devenir un problème de change, de réserves, de consommation et de finances publiques.
La question n’est donc pas seulement de savoir si les transferts vont baisser.
Elle est de savoir si l’économie haïtienne serait suffisamment solide pour absorber le choc si cela arrivait.
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