Cinq ans après les assassinats du journaliste Diego Charles et de la militante féministe et défenseure des droits humains Antoinette Duclaire, les appels à la justice demeurent plus pressants que jamais. Entre dénonciation de l’impunité par la famille de Diego Charles et hommage rendu à l’héritage d’Antoinette Duclaire par l’organisation Nègès Mawon, la journée du 29 juin a été marquée par des revendications en faveur de la vérité et de la justice.

Dans une note de consternation et de protestation publiée ce lundi, la famille de Diego Charles dénonce ce qu’elle qualifie de « déni de justice intolérable ».
Le document, signé par le cabinet d’avocats « Les Légalistes », rappelle que le journaliste a été assassiné dans la nuit du 29 au 30 juin 2021 devant sa résidence à Christ-Roi, à Port-au-Prince. Cinq ans plus tard, ses proches affirment que leur douleur est aggravée par l’absence de résultats concrets dans l’enquête.
La famille accuse la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et l’appareil judiciaire d’avoir laissé le dossier sombrer dans l’oubli. Elle déplore le manque de suivi de l’enquête, l’absence d’auditions sérieuses et le fait qu’aucun suspect clé n’ait été véritablement inquiété.
Selon elle, cette situation traduit une inaction des autorités et un manque de volonté politique de l’État haïtien de faire toute la lumière sur ce crime.
« Le silence de la justice est un second acte d’assassinat pour Diego. Nous ne pouvons l’accepter », affirme la famille, qui assure qu’elle poursuivra son combat jusqu’à ce que les auteurs matériels et intellectuels soient traduits devant les tribunaux.
Ce lundi également, l’organisation féministe « Nègès Mawon » a rendu hommage à Antoinette Duclaire, dite « Netty », assassinée lors de cette même attaque aux côtés de Diego Charles.
Placée sous le thème « Héritières d’Antoinette Duclaire : former une nouvelle génération de jeunes filles leaders, engagées pour la justice et l’égalité », cette journée commémorative visait à préserver la mémoire de la militante et à encourager l’engagement des jeunes femmes dans la défense des droits humains.
La coordonnatrice de l’activité et responsable de la section Violence basée sur le genre (VBG) de Nègès Mawon, Me Abigail Derohan, a souligné que cette initiative entendait démontrer que le combat d’Antoinette Duclaire n’est pas tombé dans l’oubli. Elle a insisté sur la nécessité de continuer à réclamer justice tout en transmettant son héritage aux nouvelles générations.
L’événement a également été marqué par un panel de discussion intitulé « Dans les pas d’Antoinette Duclaire : jeunes filles engagées, résilience et espoir en Haïti », réunissant James Beltis, Sophie Stéphanie Louis et Velina Élysée Charlier.
Les intervenants ont mis en avant le parcours et les valeurs défendues par Antoinette Duclaire, tout en encourageant les jeunes filles à s’engager davantage dans la vie associative afin de mieux défendre leurs droits et de contribuer au développement du pays.
Cinq ans après le double assassinat qui avait profondément bouleversé la société haïtienne, les familles des victimes, les organisations de défense des droits humains et plusieurs acteurs de la société civile continuent d’exiger que la justice fasse enfin son travail.
En l’absence d’avancées significatives dans l’enquête, Diego Charles et Antoinette Duclaire demeurent les symboles d’une lutte inachevée contre l’impunité et pour la protection des défenseurs des droits humains et des professionnels de la presse en Haïti.
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