La situation sécuritaire et humanitaire en Haïti continue de se détériorer à un rythme alarmant. Selon les données communiquées le 20 mai 2026 par le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) et relayées par le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, au moins 390 personnes ont été tuées entre le 6 mars et le 16 mai 2026 lors d’affrontements violents entre gangs armés rivaux dans les communes de Cité Soleil et Croix-des-Bouquets, dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince.
« Au moins 390 personnes ont été tuées entre le 6 mars et le 16 mai 2026 lors d’intenses affrontements entre gangs armés rivaux dans les communes de Cité Soleil et Croix-des-Bouquets », a déclaré le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, citant les données du BINUH.
Dujarric a également souligné que plusieurs victimes étaient des civils touchés à l’intérieur de leurs maisons ou alors qu’ils tentaient de fuir les violences.
Ces affrontements sont principalement liés à des guerres de contrôle territorial entre groupes armés. L’ONU précise qu’un grand nombre de victimes sont des civils, même si plusieurs morts concernent également des membres de gangs.
Des vagues successives de violence
Le BINUH avait déjà recensé, entre le 5 mars et le 11 mai 2026, au moins 305 morts et 277 blessés dans ces mêmes zones. Une nouvelle flambée de violences enregistrée entre le 9 mai et la mi-mai a causé au moins 78 morts supplémentaires et 66 blessés en seulement quelques jours.
Parmi les victimes figurent au moins dix civils non impliqués, dont cinq hommes, quatre femmes et une jeune fille. Les Nations unies soulignent que plusieurs personnes ont été tuées à l’intérieur de leurs maisons ou alors qu’elles tentaient de fuir les affrontements.
Le rapport indique également que la violence sexuelle est utilisée comme instrument de terreur et de punition dans les zones sous contrôle des gangs. Au moins 87 maisons et bâtiments publics ont été incendiés, affectant gravement les services de santé, d’éducation et le commerce local.
Une crise sécuritaire qui s’étend au-delà de Port-au-Prince
Dans son rapport sur la période janvier-mars 2026, le BINUH affirme qu’au moins 1 642 personnes ont été tuées et 745 blessées à travers Haïti. La situation des droits humains reste, selon l’ONU, « extrêmement préoccupante ».
Le chef du BINUH, Carlos Ruiz Massieu, a indiqué que malgré certaines avancées sécuritaires dans des quartiers du centre de Port-au-Prince, l’insécurité demeure « quotidienne et insoutenable » pour une grande partie de la population haïtienne.
La violence armée continue désormais de s’étendre au-delà de la capitale, notamment dans les départements de l’Artibonite et du Centre.
Selon les chiffres du BINUH :
- les gangs seraient responsables de 27 % des victimes ;
- les opérations des forces de sécurité représenteraient plus de 69 % des morts et blessés ;
- les groupes d’autodéfense compteraient pour environ 4 % des victimes recensées.
L’ONU précise également qu’au moins 69 civils, dont cinq enfants, ont été tués ou blessés au cours d’opérations de sécurité menées contre les gangs, parfois avec l’appui d’une société militaire privée utilisant des drones.
Un incident particulièrement marquant s’est produit dans le quartier de Martissant, où deux fillettes âgées de 7 et 9 ans ont été grièvement blessées après la chute d’un drone dans la cour de leur maison.
L’Artibonite frappée par une violence extrême
La région de l’Artibonite connaît également une détérioration rapide de la situation sécuritaire. Entre le 29 et le 31 mars 2026, des gangs armés ont lancé des attaques coordonnées contre 16 localités du Bas-Artibonite, visant particulièrement des groupes d’autodéfense.
Selon le BINUH, au moins 83 personnes ont été tuées et 38 blessées durant ces attaques. Certaines victimes auraient été sorties de leurs maisons en pleine nuit avant d’être exécutées devant leur domicile.
Le rapport évoque aussi des cas graves de violences sexuelles ayant touché plus de 292 victimes, principalement des femmes et des adolescentes âgées de 12 à 17 ans. Les viols collectifs et l’exploitation sexuelle sont utilisés par les gangs comme moyens de domination et de contrôle des populations.
Une crise humanitaire de grande ampleur
Parallèlement à la crise sécuritaire, la situation humanitaire continue de se dégrader. Le Programme alimentaire mondial estime que 5,8 millions de personnes risquent de souffrir d’insécurité alimentaire aiguë en Haïti.
Les projections du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) pour la période mars-juin 2026 indiquent :
- plus de 4 millions de personnes en situation de crise alimentaire (phase 3) ;
- environ 1,8 million en situation d’urgence alimentaire (phase 4).
Les Nations unies avertissent que l’insécurité, les violences armées et la hausse des prix du carburant aggravent les difficultés d’accès à la nourriture et aux services de base.
Selon le Programme alimentaire mondial, les blocages imposés par les groupes armés empêchent également près de 60 000 personnes de recevoir une assistance humanitaire.
Plus de 10 000 nouveaux déplacés en quelques jours
L’Organisation internationale pour les migrations a annoncé que plus de 10 000 personnes ont été déplacées entre le 10 et le 15 mai 2026, soit presque le double des estimations initiales.
Plus de 70 % des déplacés vivent actuellement dans une vingtaine de sites d’hébergement, dont plusieurs nouvellement créés, tandis que d’autres trouvent refuge dans des communautés déjà fortement surchargées.
Cette nouvelle vague de déplacements accentue la pression sur un système de santé déjà fragilisé. Dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, seulement 11 % des structures d’hospitalisation seraient encore pleinement opérationnelles.
Face à cette situation, les agences des Nations unies continuent d’alerter sur le risque d’un effondrement humanitaire encore plus grave si la violence armée poursuit son expansion dans le pays.
Ronald André et la rédaction
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