Il y a deux semaines, Le Quotidien 509 s’est rendu dans le Nord du pays pour redécouvrir le Cap-Haïtien, aujourd’hui présenté comme la première destination touristique d’Haïti. Si la ville attire par son histoire et ses attraits culturels, le voyage a révélé une autre réalité : celle d’une région marquée par l’insalubrité, l’abandon institutionnel et les contradictions criantes entre discours officiels et conditions de vie locales.
Frontière : le fardeau du citoyen ordinaire
En quittant Dajabón, côté dominicain, et en franchissant la barrière frontalière, le visiteur est accueilli par un spectacle de saleté et d’insalubrité. Sur place, les tensions diplomatiques entre Haïti et la République dominicaine ne touchent véritablement que les citoyens ordinaires.
Les commerçants continuent leurs échanges.
Les humanitaires poursuivent leurs activités.
Les diplomates circulent librement.
En revanche, ce sont les simples Haïtiens qui doivent multiplier les stratégies pour franchir la frontière, entre humiliations, tracasseries et corruption. À Ouanaminthe, la situation est encore plus frappante : la ville semble étouffée par la poussière, la saleté et l’excès de déportations, qui fragilisent un peuple abandonné face à l’indifférence de l’État et de l’Office national de la migration. A Milot, au Palais de Sans-souci, les cabris ont décidé de surveiller le statut de l’Empereur Henri Christophe. A la Citadelle, les canons disparus n’ont jamais été retrouvés. Les marchands se plaignent d’un Ministre qui n’a pas honoré ses promesses ni payé le cheval sur lequel il avait grimpé.
Cap-Haïtien : une ville en crise malgré les millions dépensés
Arrivé au Cap-Haïtien, le constat est brutal : fatras, insalubrité, absence totale d’hygiène, embouteillages, mauvaises odeurs et black-out permanent. Une ville éclatée, explosée, alors même que des millions de dollars ont été dépensés par l’État et les bailleurs internationaux.
La BID a financé à hauteur de 10 millions de dollars la construction d’un complexe administratif à Vaudreuil, déjà laissé à l’abandon faute de leadership. Un projet qui a mis 10 ans pour voir le jour selon les responsables.
La BID a débloqué des fonds pour améliorer l’accès à l’eau et la gestion des déchets, mais la DINEPA tarde à exécuter les travaux, laissant la population dans une situation de grande fragilité. Pour 2025–2026, la Banque prévoit 243 millions de dollars supplémentaires en subventions, avec 140 millions de projets déjà en préparation.
Cette gestion défaillante contraste avec les ambitions affichées : pendant que les autorités parlent de relancer le tourisme, la réalité quotidienne est celle de la pollution, du manque d’eau potable et de l’absence de services publics essentiels.
Tourisme et communication politique : un décalage flagrant
Au bord de mer, les tas d’ordures s’entassent, les routes sont impraticables et les coupures d’électricité plongent la ville dans le noir. Pourtant, le Ministère du Tourisme multiplie les annonces sur la relance du secteur, et le Ministère du Commerce inaugure des bureaux pour investisseurs, dans un décor de crasse et de chaleur étouffante.
Pendant ce temps, les officiels se déplacent en hélicoptères et avions privés, bénéficiant de per diem confortables, loin du quotidien des habitants.
Un retour éprouvant vers Port-au-Prince
Le retour vers la capitale illustre une fois de plus le calvaire des citoyens. Entre les prix exorbitants des billets d’avion, le manque de disponibilité et un service client défaillant, rien n’est garanti, même après avoir payé des sommes faramineuses.
À Port-au-Prince, c’est la même insalubrité qui accueille. Devant la route qui conduit à l’entrée du plus grand hôtel et centre de convention de Pétion-Ville, où logent de surcroît le BINUH et les organisations internationales liées à la santé, une montagne de fatras, d’immondices et de détritus sert tacitement de panneau de signalisation. Tout le monde semble indifférent au manque d’hygiène, aux déchets qui polluent et pullulent.
Un peuple perdant dans les duels politiques
Malgré les millions de dollars décaissés par l’État et les bailleurs, le Cap-Haïtien reste une ville asphyxiée par l’insalubrité, la mauvaise gestion et l’absence de vision. Pendant que les duels politiques se poursuivent et que les gangs étendent leur emprise, c’est la population qui demeure la plus grande perdante, prisonnière d’un système sans leadership et sans véritable politique de développement.
Brigitte Benshow
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