Suite à notre publication sur la première journée de la mission interministérielle au Cap-Haïtien, évoquant un départ précipité — voire une évacuation — du ministre des Travaux publics, Joseph Almathe Pierre-Louis, le bureau du ministre a contacté notre rédaction afin de replacer le contexte global de l’événement.
Contexte de la crise environnementale qui alimente la colère
Depuis plusieurs semaines, le Cap-Haïtien fait face à des pluies soutenues qui aggravent une situation déjà fragile. Canaux obstrués, ravines saturées, routes dégradées : dans plusieurs quartiers — Vertières, Barrière Bouteille, Mombin Lataille — les inondations perturbent la circulation et accentuent la colère des habitants.
Sur ce terrain déjà sous tension, la contestation s’est organisé, mêlant revendications sociales et exigences d’intervention urgente de l’État.
Une mission gouvernementale sous pression
La délégation gouvernementale, composée également du ministre de l’Environnement Valéry Fils-Aimé et du ministre de l’Intérieur Paul Antoine Bien-Aimé, est arrivée au Cap-Haïtien le 29 avril 2026 en fin d’après-midi. Selon le communiqué officielle, cette mission « vise à produire un diagnostic rigoureux de la situation afin de définir et de mettre en œuvre des interventions ciblées, adaptées et durables. Ces priorités définies portent sur la réhabilitation des infrastructures, le renforcement de la gouvernance locale, la gestion de la sécurité civile ainsi que la protection de l’environnement, dans une approche globale de stabilisation et de résilience territoriale selon le communiqué du Ministère des travaux Publics transports et communications.’
Curage des canaux, assainissement, réhabilitation d’infrastructures : les annonces sont immédiates. Mais dès le lendemain, la confrontation avec la réalité du terrain s’impose.
À Sainte-Philomène et Vertières, une visite sous tension
Le 30 avril, les ministres se rendent dans les zones affectées. Sur place, l’accueil est contrasté, entre attentes, frustration et démonstrations de colère. Selon le journaliste Gérard Maxineau, les manifestants ont contraint le ministre des TPTC à descendre constater directement la situation. En effet, les ministres ont marché à côté des protestataires et dans certains endroits, ils ont même exiger que la mairesse de la ville Angeline Bell marche également dans les eaux sales et boueuses.
Parmi les principales revendications exprimées par les riverains :
- le nettoyage immédiat des canaux et ravines,
- des travaux préventifs en amont pour limiter les inondations,
- la réhabilitation de la route nationale n°1 reliant le Cap-Haïtien à Limbé.
Le ministre des TPTC a reconnu lui-même la gravité de la situation :
« Mon constat est que la situation est critique. Si l’on ne me laisse pas intervenir, elle deviendra chaque jour plus grave. (…) La population m’a accueilli, même si elle a manifesté son mécontentement. À mon arrivée à Sainte-Philomène, elle a compris que je suis conscient de la situation. »
« Konsta m fè se ke sitiyasyon an kritik. Si yo pa kite mwen entèvni, li ap vin pi kritik chak jou. (…) Popilasyon an akeyi m, menm si li voye toya. Lè mwen rive Sainte-Philomène, yo wè mwen konsyan de sitiyasyon an. »
La visite s’est poursuivie à pied, au contact direct des riverains.
Des moyens disponibles mais une intervention bloquée
Le ministre a insisté dans une entrevue sur MediaMax sur la disponibilité immédiate des ressources pour lancer les travaux :
« Resous yo disponib. Flòt yo prepare. Mwen gen anviwon 30 materyèl disponib (…) Se jis pou popilasyon an kite m entèvni. »
Il a affirmé même que des interventions ont déjà débuté dans la zone de Vertières, avec des équipements lourds mobilisés. Selon lui, les résultats pourraient être visibles rapidement :
« M pa ba ou yon semèn, wap kòmanse wè chanjman. Se yon pwogram 6 semèn nou te genyen. »
Dans le même temps, selon les informations rapportées pour la journée du 30 avril, il a appelé les habitants à laisser l’État intervenir.
Départ précipité ou agenda contraint ?
C’est sur la séquence du départ que les versions divergent. Des images et témoignages recueillis sur place ont alimenté l’idée d’un retrait sous pression. Une lecture que conteste le ministre, qui invoque des obligations professionnelles :
« Mwen te oblije retire kò mwen, paske m gen lòt devwa ki ap rele m (…) gen lòt sitiyasyon mwen ap jere lòt kote. »
« J’ai dû me retirer, car d’autres responsabilités m’attendent ailleurs (…) je gère d’autres situations en parallèle. »
En effet, dans une video virale, on peut voir le cortège du Ministre filer à grande vitesse.
Des moyens annoncés, une intervention freinée
Le ministre assure que les moyens sont disponibles immédiatement :
« Resous yo disponib. Flòt yo prepare. Mwen gen anviwon 30 materyèl disponib (…) Se jis pou popilasyon an kite m entèvni. »
« Les ressources sont disponibles. Les équipements sont prêts. J’ai une trentaine de machines (…) il faut simplement que l’on nous laisse intervenir. »
Il évoque même des travaux déjà amorcés à Vertières, avec des résultats attendus à très court terme :
« M pa ba ou yon semèn, wap kòmanse wè chanjman. Se yon pwogram 6 semèn. »
« En moins d’une semaine, les premiers changements seront visibles. C’est un programme prévu sur six semaines. »
Sur le terrain, malgré le fait que la population semble accepter la présence des Ministres et de dialoguer avec eux la défiance voire la méfiance envers l’action publique persiste.
Communication de crise et fracture de perception
Au-delà des versions divergentes, cet épisode met en lumière une réalité plus profonde : l’urgence environnementale au Cap-Haïtien ne peut plus attendre les ajustements de communication.
Sur le terrain, l’État n’est pas seul. Des acteurs internationaux, dont la BID, Banque mondiale et l’Union européenne, ont déjà engagé plusieurs millions de dollars dans des programmes liés à l’assainissement, à la gestion des risques et aux infrastructures. Pourtant, les résultats peinent à se matérialiser à la hauteur des attentes, révélant les limites d’une action fragmentée et souvent ralentie par des blocages institutionnels et sociaux.
À cela s’ajoutent les séquelles de grandes défaillances notamment dans la gestion de l’eau potable et de l’assainissement, longtemps marquée par les failles des travaux du DINEPA. Le Cap-Haïtien apparaît aujourd’hui comme une ville sans véritable cadre d’aménagement, étouffée par une croissance démographique non maîtrisée avec les déplacements et déportations et livrée à une insalubrité généralisée.
La rédaction
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