Dans une note d’information (MEF/NOTE/004/11-2026) reçue par notre rédaction, le ministère de l’Économie et des Finances affirme avoir versé 80,6 millions de dollars au fonds commun géré par le PNUD pour les élections. Un chiffre qui, rapproché des déclarations antérieures du gouvernement et des données du PNUD, soulève autant de questions qu’il n’en règle.
En effet, quelques jours après la publication par le Conseil électoral provisoire (CEP), le 28 octobre, d’un calendrier révisé repoussant le premier tour au 18 juillet 2027 et le second au 4 octobre 2027, le MEF a tenu à faire le point sur le financement du processus.
Selon la note du MEF (réf. MEF/NOTE/004/11-2026), le budget électoral communiqué par le CEP, avant la dernière révision du calendrier, s’élève à 120 millions de dollars américains. Au 30 septembre 2026, les versements au fonds conjoint (« basket fund ») administré par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) totalisaient 80 651 000 dollars. Le solde restant à financer est donc de 39 349 000 dollars.
Le ministère précise que ce solde est inscrit au budget de l’exercice 2026-2027 et sera décaissé progressivement, au rythme des besoins du processus électoral. Il annonce également une réunion de travail « dans les meilleurs délais » avec le CEP pour faire le point sur l’exécution du budget et examiner d’éventuels ajustements, et réaffirme son engagement envers une gestion rigoureuse et transparente des ressources publiques.
Un budget fixé en juillet, après deux propositions rejetées
Le montant de 120 millions n’est pas nouveau. Il avait été arrêté le 3 juillet 2026 par la Primature et le CEP, après que le gouvernement eut rejeté deux propositions de l’institution électorale situées entre 200 et 250 millions de dollars.
La formule employée par le MEF — un budget communiqué « avant la dernière révision du calendrier » — laisse d’ailleurs entendre que ce chiffre pourrait évoluer, le processus devant désormais s’étirer sur une année supplémentaire.
Le manque d’argent, un argument à nuancer
Le manque de financement est aussi l’un des deux arguments avancés pour expliquer les reports successifs. Il mérite d’être sérieusement nuancé.
D’après la fiche officielle du projet d’appui électoral du PNUD, le fonds commun ne compte que trois donateurs : l’État haïtien, le Fonds des Nations unies pour la consolidation de la paix et le PNUD lui-même. Aucun autre pays n’y figure.
Le gouvernement affirmait fin 2025 avoir déjà versé 70 millions de dollars au fonds depuis 2021. Selon le PNUD (données consultées le 4 novembre 2026), le fonds totalise 135,3 millions de dollars de contributions, dont environ 74,5 millions décaissés depuis 2020 — près de 55 millions rien qu’en 2025 et 2026. A noter que le Pnud et l’Unops perçoivent du Basket Fund des frais de gestion totalisant plus de 20% selon nos sources.
Des chiffres qui ne concordent pas
Mis bout à bout, ces chiffres posent au moins trois questions selon les calculs de la rédaction à partir des chiffres du MEF, du gouvernement et du PNUD cités plus haut.
- Un rythme de versement très lent en 2026. Si les 70 millions annoncés fin 2025 et les 80,65 millions de la note du MEF couvrent le même périmètre, l’État n’aurait versé qu’environ 10,65 millions de dollars entre janvier et septembre 2026, en pleine phase de préparation des scrutins.
- Des contributions supérieures au budget. Le PNUD fait état de 135,3 millions de contributions au fonds, soit plus que l’enveloppe de 120 millions arrêtée en juillet. Même en tenant compte des dépenses engagées depuis 2020 pour des cycles électoraux avortés, l’écart avec le « solde à financer » de 39,3 millions mérite une explication.
- Un fonds peu décaissé. Sur 135,3 millions de contributions, environ 74,5 millions ont été décaissés, ce qui laisse une soixantaine de millions non dépensés, au moins sur le papier. La question n’est donc peut-être pas seulement celle de l’argent disponible, mais aussi celle de sa mobilisation.
La note du MEF ne précise ni la part des 80,65 millions versée au titre du cycle actuel, ni le montant effectivement dépensé par le CEP.
Un solde suspendu à l’exercice 2026-2027
Le solde de 39,3 millions dépend désormais de l’exécution du budget 2026-2027, qui court jusqu’au 30 septembre 2027. Le premier tour du 18 juillet 2027 tombe dans cet exercice, mais pas le second tour, fixé au 4 octobre 2027, ni la proclamation des résultats définitifs, prévue le 23 octobre. Le financement de la fin du processus sera-t-il donc, selon toute vraisemblance, prévu au budget suivant ou financé par des Bailleurs?
Pendant ce temps, au 3 Novembre 2026, la plateforme du CEP recensait environ 902 000 électeurs inscrits.
Les questions qui restent posées
Pour que le débat sur le financement sorte du flou, plusieurs réponses sont attendues :
- Quelle part des 80,65 millions versés concerne le cycle électoral en cours ?
- Combien le CEP a-t-il effectivement dépensé à ce jour, et pour quelles opérations ?
- Comment s’expliquent les 135,3 millions de contributions déclarés par le PNUD au regard d’un budget de 120 millions ?
- Le budget de 120 millions sera-t-il révisé pour tenir compte du nouveau calendrier, et le financement du second tour est-il prévu ?
- Pourquoi le Ministère des Finances dirigé par Serge G. Collin a t’il décidé de publier maintenant ce communiqué sur le Budget des élections ?
La réunion annoncée entre le MEF et le CEP offre l’occasion de publier un état détaillé et vérifiable de l’exécution du budget électoral. Faute de quoi, l’argument financier continuera de servir d’explication commode à des reports dont les causes semblent ailleurs.
La rédaction
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