PCréée le 17 août 1979, la Banque de la République d’Haïti (BRH) souffle cette année ses 47 bougies. Gardienne de la gourde et pilier — parfois seul rempart — de la stabilité financière du pays, l’institution ne se contente pas de célébrer : elle trace déjà la feuille de route qui doit la mener à son cinquantenaire, en 2029.
Une idée vieille de deux siècles
L’histoire de la banque centrale haïtienne ne commence pas en 1979 — elle y aboutit. L’idée d’une banque nationale germe dès 1825. Il faudra plus d’un siècle de projets avortés et de tentatives inabouties avant qu’une réforme majeure du système bancaire ne scelle, en 1979, la séparation des rôles : la Banque Nationale de Crédit (BNC) hérite des fonctions commerciales, tandis que la BRH devient officiellement la Banque centrale du pays.
Le dernier rempart de la stabilité monétaire
Depuis 47 ans, la mission de la BRH touche chaque Haïtien, souvent sans qu’il le sache : stabilité de la gourde, supervision des banques et institutions financières, bon fonctionnement des moyens de paiement. Dans un pays où la confiance institutionnelle s’érode, la BRH reste l’une des rares digues encore debout.
Mais l’institution refuse de se limiter à ce rôle défensif. Plusieurs chantiers structurent son présent :
- Modernisation des paiements — des infrastructures repensées pour des transactions plus rapides, plus sûres et plus accessibles, alors que le numérique gagne du terrain dans l’économie haïtienne.
- Expansion territoriale — au-delà de Port-au-Prince, la BRH est déjà présente au Cap-Haïtien et aux Cayes (via la Direction de l’Inspection Générale des Caisses Populaires), avec des projets d’implantation dans la Grand’Anse et le Plateau Central.
- Recherche et innovation — le Fonds BRH pour la Recherche et le Développement (FRD-BRH) a financé 19 projets en sept ans, portant sur des enjeux clés du développement économique du pays.
- Formation de la relève — un investissement affiché dans les compétences des jeunes, pour préparer la génération appelée à piloter le système financier de demain.
La voix du gouverneur
À la tête de l’institution depuis octobre 2023, le gouverneur Ronald Gabriel — banquier central depuis plus de trente ans, passé notamment par le Fonds Monétaire International — replace régulièrement le mandat de la BRH dans le cadre fixé par la loi de 1979 : garantir la stabilité du système financier, la stabilité des prix, tout en créant les conditions favorables à la croissance économique et à l’emploi. Un mandat d’autant plus exigeant que l’économie haïtienne enchaîne depuis plusieurs années les chocs — contraction du PIB, inflation à deux chiffres, instabilité du taux de change — dans un contexte d’insécurité persistante.
Cap sur 2029
À trois ans de son demi-siècle, le message de la BRH est sans détour : devenir plus moderne, plus proche des régions, plus digitale. 47 ans d’histoire monétaire chahutée par les crises politiques, les chocs économiques et les catastrophes naturelles — et une institution qui, contre toute attente, tient toujours debout.
La vraie question n’est plus de savoir si la BRH a survécu. C’est de savoir si, d’ici 2029, elle parviendra à transformer cette longévité en un véritable levier de confiance et de modernité pour l’économie haïtienne.
La rédaction
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