Au Cap-Haïtien, ville d’environ 700 000 habitants selon le site internet de la municipalité, l’eau potable n’est plus une garantie, mais un facteur de risque sanitaire. Ce qui devait être un vaste programme de modernisation financé par la Banque interaméricaine de développement (BID) — à hauteur d’environ 125 millions de dollars US, ciblant plus de 250 000 ménages dans le Grand Nord — est aujourd’hui paralysé par des blocages administratifs au sein de la Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement (DINEPA), malgré la reprise apparente de certains chantiers.
Le Cap est devenu le modèle vivant de l’abandon de la DINEPA, du ministère des Travaux publics et du ministère de la Santé.
Des chantiers abandonnés, fonds gelés
Au Cap Haïtien, plusieurs firmes engagées dans le projet ont du suspendre leurs activités : forages interrompus, pose de tuyaux abandonnée, bétonnage inachevé, asphaltage suspendu.
Selon nos informations, la DINEPA n’avait pas payé les entreprises contractantes et n’a pas fourni à la BID les rapports financiers exigés pour débloquer les décaissements. Les fonds ont été donc gelés.
« La BID attend des justificatifs clairs, mais la DINEPA n’arrive même pas à produire des rapports financiers cohérents. On parle de dizaines de millions de dollars immobilisés pendant que la population boit une eau contaminée. C’est une faillite de gestion. » — Cadre technique de Dinepa, sous couvert d’anonymat.
Quand les rues deviennent des canaux de contamination
L’insalubrité du Cap ne se limite pas aux déchets visibles. Elle s’écoule dans les rues, les ravines, les puits et les citernes.
« Quand il pleut au Cap, les rues deviennent des canaux d’eaux usées. Les égouts débordent, les déchets flottent, et cette même eau finit dans les puits et les citernes des gens. L’eau des fosses perdues et des latrines remontent », nous a témoigné un Citoyen de la ville. Des entreprises de la place, des banques et les grandes compagnie de la ville ne sont pas épargnées à l’odeur nauséabonde qui envahit les bureaux en temps de pluie.
L’eau devient un luxe : bokit, galon et seau à prix fort
Faute de réseau fiable, les ménages dépendent de l’achat d’eau transportée.
« Un seau d’eau peut coûter entre 25 et 50 gourdes selon le quartier. Un galon d’eau traitée dépasse parfois 150 gourdes et malgré ça, on n’est même pas sûr que l’eau soit potable. » — Marchande d’eau, Haut-du-Cap.
L’accès à l’eau devient ainsi une charge économique lourde pour les foyers les plus vulnérables.
Hôpital Justinien : les infections se multiplient
À l’hôpital Justinien, les soignants observent une augmentation préoccupante des pathologies liées à l’eau insalubre.
« Nous recevons régulièrement des patients avec des infections vaginales, des diarrhées chroniques, des irritations cutanées et des fièvres inexpliquées. Beaucoup utilisent la même eau pour boire, se laver et cuisiner. La contamination est visible dans les dossiers médicaux. » — Infirmière à l’hôpital Justinien
Ces cas pèsent lourdement sur un système hospitalier déjà fragilisé.
Virus et bactéries qui affaiblissent l’organisme
Des spécialistes confirment la présence régulière de bactéries et virus pathogènes dans l’eau contaminée : Endolimax Nana, Escherichia coli, Salmonella, Vibrio cholerae, mais aussi le Rotavirus, particulièrement dangereux pour les enfants.
« J’ai attrapé le virus Endolimax Nana après un séjour au Cap-Haïtien » — a confié un professionnel.
Une ville mal conçue face aux eaux usées
Au-delà de la gestion quotidienne, le problème est structurel.
« Le Cap-Haïtien a été urbanisé sans plan réel d’assainissement. Les maisons sont alignées sans réseaux de drainage, les latrines sont souvent construites près des puits, et les fosses septiques infiltrent directement la nappe phréatique. Tant qu’on ne repensera pas la structure même de la ville, toute production d’eau potable restera vulnérable. » — Ingénieur hydraulicien, consultant indépendant
DINEPA directement mise en cause
La responsabilité institutionnelle est de plus en plus dénoncée par les professionnels du secteur.
« La DINEPA ne peut plus se cacher derrière des discours techniques. Elle a reçu des financements, elle avait des contrats, elle avait des obligations de transparence. Aujourd’hui, elle est incapable de justifier les dépenses, incapable de payer les entreprises, incapable de protéger la population. C’est une démission administrative qui met des vies en danger. » — Expert en gouvernance publique
Quand l’inefficacité devient un danger public
Chaque jour d’inaction expose des centaines de milliers de citoyens à des risques évitables. L’eau contaminée alimente les maladies, alourdit les dépenses de santé, fragilise les familles et détruit la confiance dans l’État.
Pendant que la BID attend des comptes, que les entreprises attendent leurs paiements, la population du Cap-Haïtien attend simplement de pouvoir boire de l’eau sans tomber malade.
Brigitte Benshow
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