Alors que l’aéroport Toussaint Louverture reste fermé aux vols commerciaux internationaux, plusieurs appareils militaires et privés s’y sont posés ces dernières 48 heures, sur fond de crise des otages salvadoriens. Dans le même temps, un jet associé au Premier ministre a quitté le pays pour le Mexique.
Port-au-Prince, 23 octobre 2026
Le tarmac de l’aéroport international Toussaint Louverture a connu une activité inhabituelle entre jeudi et vendredi. Officiellement, aucune compagnie internationale n’y assure de liaison régulière, et les autorités canadiennes rappellent que les rares appareils qui s’y posent sont souvent la cible de tirs. Pourtant, avions militaires et jets d’affaires s’y sont succédé, dans un contexte sécuritaire tendu.
Les renforts de Bukele
Le vol le mieux documenté vient d’El Salvador. Jeudi 22 octobre, la Force de suppression des gangs (GSF), mission multinationale autorisée par l’ONU, a annoncé l’arrivée à Port-au-Prince d’un contingent salvadorien. Selon le Miami Herald, cité par l’agence AP, une centaine de soldats des forces spéciales ont été dépêchés, et une centaine d’autres devaient suivre dans la nuit. Un compte spécialisé dans les questions de défense évoque un transport par C-17, une information non confirmée officiellement.
Ce déploiement répond à l’enlèvement, dimanche 18 octobre, de quatre techniciens d’aviation salvadoriens lors d’une embuscade à Santo, dans la commune de Croix-des-Bouquets. Leur véhicule blindé a été attaqué à l’explosif et incendié. Le président Nayib Bukele a lancé mercredi une opération militaire pour les libérer, avec l’appui affiché de Washington. Le gouvernement haïtien a qualifié leur libération de « priorité absolue ».
Trois jets attendus de Washington
Mercredi, le chercheur Jake Johnston, spécialiste d’Haïti, s’interrogeait publiquement sur la présence de trois jets privés programmés de l’aéroport de Washington-Dulles vers Port-au-Prince pour vendredi matin. Les données de suivi consultées confirment au moins une arrivée : le vol GJE1021, un Gulfstream IV de la société Global Air Charters, s’est posé vers midi. Un second appareil du même opérateur, le GJE2226, figure comme annulé. Le sort du troisième, un Falcon 2000 immatriculé N365TX, n’a pas pu être vérifié.
Global Air Charters est un transporteur d’aviation privée certifié par l’agence fédérale américaine de l’aviation (FAA). Ni l’identité des passagers ni l’objet de ces vols n’ont été rendus publics.
Selon des captures de suivi ADS-B relayées en ligne, le GJE2226 aurait servi à rapatrier Stephen Hubbard, ce retraité américain de 74 ans libéré mercredi par la Russie après plus de quatre ans de détention. Sa sœur a indiqué qu’il serait conduit vers une base militaire à San Antonio. Aucun grand média n’a toutefois confirmé l’appareil utilisé.
La navette de Saint-Domingue
Des sources locales font état de deux vols privés en provenance de Saint-Domingue. Aucun n’apparaît sur les plateformes de suivi publiques. Une explication plausible existe : Daniela Kroslak, cheffe du bureau d’appui des Nations unies en Haïti, a récemment indiqué que l’ONU dispose de trois appareils effectuant la liaison entre la capitale dominicaine et Port-au-Prince.
Le Premier ministre hors du pays ?
Un autre mouvement aérien suscite des questions. Jeudi, un Citation C650 immatriculé N877KB a décollé de Port-au-Prince à 13h09 pour Cozumel, avant de rejoindre Querétaro, au Mexique. Selon Jake Johnston, il s’agirait de l’avion utilisé la semaine précédente par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé pour se rendre à Washington. Le chercheur affirme que le chef du gouvernement serait au Mexique pour un événement familial, et non convoqué à Washington comme l’ont rapporté certains médias locaux.
Les données de vol montrent que l’appareil a relié Port-au-Prince à Washington le 14 octobre, puis effectué le retour le 16. Ces dates coïncident avec la participation du Premier ministre au Dialogue États-Unis–Caraïbes, que l’ambassade américaine a publiquement annoncée. Mais aucune donnée ne permet d’établir qui se trouvait à bord du vol de jeudi. La primature n’a fait aucune communication sur un déplacement au Mexique.
Si elle se confirmait, cette absence interviendrait à un moment critique, en pleine opération de sauvetage. Jake Johnston estime que Nayib Bukele et Erik Prince semblent désormais diriger les opérations militaires en cours, une appréciation qui n’engage que lui.
La rédaction
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