Autorité, Sécurité, Légitimité : les Fondations d’un État Capable.
La Constitution haïtienne n’est pas un symbole : c’est un contrat. Au cœur de ce contrat, l’article 19 impose à l’État une obligation impérieuse : garantir à chaque citoyen, sans distinction, le droit à la vie, à la santé et au respect de la personne humaine, conformément à la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Tout le reste en découle. Sans ce socle, il n’y a ni autorité réelle, ni sécurité, ni légitimité politique durable.
I. L’autorité perdue : quand l’État cesse d’être l’État
L’autorité de l’État ne se mesure pas au nombre de discours ou d’institutions en place, mais à sa capacité réelle d’administrer le territoire, d’établir la loi et de faire respecter la loi et de protéger les citoyens. Elle s’est effondrée lorsque :
• des zones entières ont cessé d’être gouvernées ;
• les institutions ont été paralysées ou fragmentées ;
• aucun projet national n’a rallié les forces vives du pays ;
• et que l’appel immédiat à une force étrangère a remplacé ce qui aurait dû être une affirmation d’autorité nationale.
L’autorité est le premier pilier d’un État capable. Sans elle, rien ne tient.
II. L’échec de la sécurité : la rupture de l’article 19
Si l’article 19 impose à l’État la garantie de la vie, de la santé et du respect de la personne humaine, alors il faut le dire clairement : ces droits sont aujourd’hui bafoués quotidiennement en Haïti.
Chaque jour :
• des citoyens meurent parce qu’on les tue ;
• des familles sont déplacées, traquées ou enlevées ;
• des blessés restent sans secours ;
• des enfants grandissent sous la menace de bandes armées ;
• des camps de fortune deviennent les lieux de vie de centaines de milliers de personnes.
L’insécurité n’est pas un climat : c’est une violation constitutionnelle directe. Lorsque la sécurité disparaît, l’État cesse d’exister pour ceux qu’il doit protéger.
III. Un double échec de la transition : autorité non restaurée, sécurité non rétablie
Le Conseil présidentiel de transition (CPT) avait été créé pour répondre précisément à ces deux urgences :
restaurer l’autorité de l’Etat et ramener la sécurité.
Deux ans plus tard :
- L’autorité n’a pas été restaurée.
La Conférence nationale n’a pas eu lieu.
Les institutions restent fragilisées.
Aucun cadre de gouvernance durable n’a émergé.
Le recours initial à une force étrangère a révélé une incapacité plus qu’une volonté d’autorité.
- La sécurité n’a pas été rétablie.
Les groupes armés étendent leur contrôle.
Les zones rouges se multiplient.
Les déplacés augmentent.
La population vit davantage dans la survie que dans la citoyenneté.
Chapitre VII de l’ONU : une conséquence avalée, pas une solution
C’est précisément cet effondrement simultané de l’autorité et de la sécurité qui a ouvert la voie au Chapitre VII de l’ONU. Lorsqu’un État ne garantit plus le droit à la vie, à la santé ni au respect de la personne humaine — comme l’exige l’article 19 — un vide s’installe, et d’autres s’y engouffrent.
Refuser aujourd’hui de reconstruire sérieusement la sécurité, c’est oublier que la seule manière de sortir du Chapitre VII est de restaurer les conditions mêmes de la souveraineté dont la question de la sécurité.
Or, face à ce double échec, le conseil de transition se tourne désormais vers un troisième axe : la légitimité, à travers des élections organisées dans un pays où l’autorité et la sécurité ne sont toujours pas rétablies.
C’est une fuite en avant.
IV. La légitimité : un cycle brisé
Dans un État républicain normal, la légitimité est un cycle :
elle ouvre le mandat, elle soutient l’exercice de l’autorité, et elle se renouvelle lorsque l’État protège la vie, la sécurité et la dignité des citoyens.
Mais lorsque l’autorité publique s’est effondrée et que la sécurité n’est plus garantie, la légitimité ne peut plus ni commencer, ni se déployer, ni s’accomplir. Elle perd ses fondations. Elle se retrouve suspendue dans le vide.
Vouloir fabriquer une légitimité politique dans un pays où l’article 19 de la constitution n’est pas respecté et où les institutions ne fonctionnent plus revient à installer un gouvernement légitime en apparence, mais incapable en pratique.
On ne corrige pas deux échecs structurels par un troisième pari. Pour rebâtir l’État, sortir du Chapitre VII et recouvrer la souveraineté
Si nous voulons rebâtir l’État, sortir du Chapitre VII et recouvrer la souveraineté, il nous faut d’abord rétablir les conditions qui permettent à la légitimité d’exister vraiment. Dans un État républicain normal, la légitimité est à la fois le point de départ, la continuité et l’aboutissement : elle ouvre le mandat, elle donne sens à l’autorité et elle se renforce lorsque l’État protège la vie et la sécurité de ses citoyens.
Mais lorsque “autorité et sécurité” ont disparu, la légitimité ne peut plus jouer son rôle. Elle n’a ni base pour commencer, ni espace pour se développer, ni structure pour s’exercer.
Le pouvoir exécutif actuel tente pourtant de réintroduire la légitimité à la fin du processus, comme si elle pouvait réparer à elle seule ce que l’absence d’autorité et de sécurité a détruit. C’est une erreur de compréhension et de lecture de l’État. La légitimité ne vit pas dans le vide : elle repose sur un État capable.
Revenir vers un État capable, sortir du Chapitre VII et recouvrer la souveraineté exigent donc de restaurer l’autorité, de rétablir la sécurité, afin que la légitimité — point de départ naturel et horizon d’une gouvernance républicaine — puisse redevenir une force durable et transformatrice.
On ne régénère pas un pays en commençant par la fin d’un cycle. On le régénère en réparant les fondations qui lui permettent d’exister.
Chantal Volcy Céant
8 décembre 2025
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