Le transfert vers les États-Unis de Joseph Félix Badio et des 17 mercenaires colombiens inculpés dans le dossier de l’assassinat de Jovenel Moïse, relance le débat sur les capacités de la justice haïtienne à traiter cette affaire. Ils doivent désormais répondre devant la justice fédérale du district sud de la Floride.

Le transfert intervient alors que la procédure haïtienne n’a toujours pas abouti à la tenue d’un procès. Les autorités haïtiennes ont justifié leur décision par la nécessité de faire avancer la procédure judiciaire, dans un contexte où le système judiciaire national est confronté à d’importantes difficultés.
Pour Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), le transfert de ces inculpés constitue une véritable gifle pour la justice haïtienne. Il estime que, par cette décision, la justice haïtienne se dessaisit de fait d’une partie essentielle du dossier au profit de la justice américaine.
Le responsable du RNDDH critique également la position du juge de la cour d’appel, Denis Cyprien Pierre, qu’il estime dépourvu, selon lui, de l’autorité et de la légitimité nécessaires pour empêcher le transfert des personnes inculpées.
Pierre Espérance réclame notamment la libération de l’ancien agent exécutif intérimaire de Jacmel, Macky Kessa, détenu dans le cadre de cette affaire. Il dit croire que ses avocats devraient solliciter sa libération.
Des proches et sympathisants de l’ancien maire, ont d’ailleurs réclamé ce mardi sa libération afin qu’il puisse célébrer son anniversaire avec sa famille le 6 octobre prochain.
Selon Pierre Esperance, le départ des 18 inculpés vers les États-Unis compromet désormais la possibilité d’organiser en Haïti un procès impliquant l’ensemble des personnes poursuivies.
Aux États-Unis, les 18 personnes transférées ont comparu lundi devant un tribunal fédéral à Miami. Lors de l’audience, la juge Lisette Reid a désigné des avocats commis d’office et fixé les prochaines étapes de la procédure.
Les charges américaines portent notamment sur une conspiration visant à commettre un meurtre ou un enlèvement à l’étranger ainsi que sur la fourniture d’un soutien matériel ayant entraîné la mort. Certaines de ces infractions sont passibles de la prison à perpétuité.
Les autorités américaines affirment par ailleurs que l’enquête se poursuit afin d’identifier les personnes susceptibles d’avoir financé, facilité ou soutenu le complot.
Pour Pierre Espérance, cette situation constitue une humiliation pour la justice haïtienne, mais également pour le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), le ministère de la Justice et le gouvernement.
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