Santo Domingo — Amnesty International (AI), mouvement mondial indépendant revendiquant plus de 10 millions de membres et actif dans plus de 150 pays, a relancé sa campagne « RD Antirracista » pour demander au président dominicain Luis Abinader de mettre fin à des pratiques migratoires qu’elle qualifie de « racistes ». Une information largement relayée également par des médias Dominicains dont Fotuto.
Ce que dénonce Amnesty International
Selon l’organisation, les personnes migrantes haïtiennes et les Dominicains d’ascendance haïtienne subissent des violations des droits humains ancrées dans ce qu’elle appelle un racisme structurel. Amnesty affirme que, malgré la crise humanitaire que traverse Haïti, les personnes qui migrent continuent de faire face à des expulsions collectives et à des profilages raciaux.
L’ONG a également recensé un nouveau protocole qui conditionnerait, selon elle, l’accès aux soins médicaux au statut migratoire, mettant en danger en particulier les femmes enceintes et les nouveau-nés. Elle dénonce enfin une stigmatisation croissante des défenseurs des droits des migrants et de la justice raciale.
Depuis octobre 2024, Amnesty affirme que plus de 300 000 personnes haïtiennes ont été expulsées par les autorités dominicaines, dont des femmes enceintes et des mineurs — et ce malgré les appels du HCR, dès 2022, à suspendre ces renvois.
Les demandes formulées à Abinader
Dans le document-pétition intitulé « Detengan las políticas migratorias racistas » (« Arrêtez les politiques migratoires racistes »), Amnesty appelle le gouvernement dominicain à :
- mettre fin aux expulsions collectives et à la discrimination raciale ;
- garantir l’accès à la santé sans discrimination liée au statut migratoire ;
- restituer la nationalité aux Dominicains d’ascendance haïtienne rendus apatrides à la suite d’un arrêt du Tribunal constitutionnel de 2013 ;
- garantir des voies légales, sûres et accessibles pour l’entrée, le séjour et la régularisation des migrants ;
- protéger celles et ceux qui défendent la justice sociale et les droits des personnes migrantes.
La directrice d’Amnesty pour les Amériques, Ana Piquer, a averti que l’absence de réponse du gouvernement pourrait, selon elle, « déboucher sur des violences physiques et le musellement permanent d’une partie de la société civile dominicaine ».
La position du gouvernement dominicain et les critiques adressées à Amnesty
Le gouvernement dominicain a défendu à plusieurs reprises sa politique migratoire, la présentant comme une mesure de souveraineté et de sécurité nationale face à la crise humanitaire en Haïti, plutôt que comme une politique fondée sur la race.
La relance de la campagne en juillet 2026 a également suscité des réactions critiques sur les réseaux sociaux en République dominicaine. Certains internautes ont estimé que la démarche d’Amnesty revenait à demander au pays de « porter seul le poids » de la migration haïtienne, attribuant la crise migratoire aux difficultés de gouvernance en Haïti même, et s’interrogeant sur le fait qu’Amnesty ne s’adresse pas davantage aux autorités haïtiennes.
Le débat reste donc vif entre, d’un côté, des organisations de défense des droits humains qui jugent les expulsions contraires aux obligations internationales de la République dominicaine, et de l’autre, un gouvernement et une partie de l’opinion publique qui revendiquent le droit du pays à contrôler ses frontières face à une crise régionale dont il estime ne pas être responsable.
La rédaction
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