Port-au-Prince, le 22 Septembre 2025. L’Ambassade d’Haïti à Saint-Domingue n’est plus seulement un lieu administratif. Elle est devenue le symbole d’une négligence institutionnelle flagrante et d’un mépris inacceptable.
Chaque jour, à quelques pas se joue une tragédie silencieuse : l’humiliation de nos compatriotes, livrés à la misère, à la saleté, à l’odeur d’urine persistante et aux mouches. La façade diplomatique de notre pays est ternie, et c’est l’image de tout Haïti qui se retrouve bafouée.
Des files interminables d’Haïtiens exposés aux intempéries, chaleur ou pluie, constituent le quotidien de centaines de ressortissants venus chercher un service élémentaire. Femmes, hommes, enfants, bébés et vieux n’y échappent. Ce qui devrait représenter la dignité nationale se transforme en espace d’humiliation, en lieu où la fragilité de l’État Haïtien se mesure à chaque pas que nos citoyens font dans ces rues insalubres.
La rue menant à l’ambassade, dans la zone universitaire de Saint-Domingue, offre un spectacle indigne : marchands de canne à sucre, vendeurs de plats du jour, chargeurs de téléphones, détritus éparpillés, murs souillés, odeur persistante d’urine, mini-station de motocyclettes….. Hommes, femmes, enfants, étudiants patientent depuis l’aube pour un passeport, un extrait d’archives ou un casier judiciaire. À 15 h, beaucoup repartent bredouilles, épuisés, frustrés et humiliés, incapables d’obtenir le document pour lequel ils se sont déplacés.
Ce chaos permanent n’est pas seulement une défaillance administrative : il illustre un mépris institutionnel qui atteint la dignité de chaque citoyen et la réputation d’Haïti sur la scène internationale. Elle découle directement du laxisme chronique des autorités haïtiennes, des Ministres des Affaires étrangères, des ambassadeurs, consuls, diplomates, des ministres de l’intérieur, des responsables de la Direction de l’Immigration et l’Émigration et jusqu’à la Présidence. Tous, y compris la Présidence et aujourd’hui les neuf conseillers présidents de la transtion, autorité suprême en diplomatie, se montrent incapables d’assurer à eux-mêmes et à leurs compatriotes un minimum de respect et d’hygiène.
Suite à un reportage du média Dominicain Ntelemicron5 la semaine dernière qui a provoqué une avalanche de commentaires négatifs, Le Quotidien 509 a dépêché son équipe sur place. Nous avons constaté de nos yeux ce que les réseaux sociaux dominicains qualifient de « dépotoir » et de « toilettes improvisées » :
- « Ils apportent leur saleté partout où ils vont »
- « La santé publique doit fermer l’endroit »
- « Ils transforment ce qu’ils occupent en pire et ensuite nous traitent de racistes »
- « Je vis près de cette ambassade, c’est dégoûtant »
Certains dominicains réclament même l’intervention de la Santé publique et du Conseil municipal pour « fermer » les lieux.
Ces critiques, bien que sévères, reflètent la réalité vécue sur place et mettent en évidence le silence et l’inaction des autorités haïtiennes.
Le Quotidien 509 interpelle directement : le Conseil Présidentiel de Transition(CPT), le Gouvernement, le Ministre des Affaires étrangères, le nouvel Ambassadeur qui a, parait-il, la réputation d’un homme propre et élégant ainsi que les Consuls. Comment justifier de telles scènes de misère et d’insalubrité quand vous jouissez de bureaux climatisés et de véhicules estampillés « Diplomatico » ?
Les citoyens haïtiens méritent des actions concrètes et immédiates : modernisation complète des procédures, infrastructures sanitaires dignes de ce nom, accueil organisé et respectueux de chaque ressortissant, et enfin responsabilisation de tous les fonctionnaires en défaut. La dignité nationale ne se négocie pas et le respect de nos citoyens à l’étranger doit devenir une priorité absolue. Haïti mérite mieux et ses ressortissants également. L’heure n’est plus aux excuses : elle est à l’action et à la reddition de comptes.
Le budget du ministère pour l’exercice 2024-2025 s’élève à 8,420,357,869 gourdes, dont 7,083,051,076 gourdes classées dans la ligne opaque « autres dépenses publiques ». Cette répartition soulève de sérieuses interrogations sur la transparence et la gouvernance des ressources. Chaque gourde dépensée semble alimenter un appareil administratif figé plutôt qu’une diplomatie concrète au service des citoyens.
Depuis plus de deux ans, notre média dénonce ce laxisme. À Saint-Domingue, l’ambassade reproduit l’image dégradante du bureau d’Immigration et d’Émigration de Lalue, à Port-au-Prince, où même les marchandes de plats du jour “Aleken” sur les motocyclettes trouvent refuge, ajoutant à ce spectacle pitoyable.
Cette saleté autour du lieu de travail des diplomates haïtiens est une honte, un affront à eux-mêmes et à la population qu’ils sont censés servir. Qui veut son respect se le procure.
Fraudes, passeports, visas étudiants surfacturés : l’ambassade d’Haïti en République Dominicaine traîne aussi un lourd héritage. Quand elle ne fait pas scandale pour son insalubrité, elle défraie la chronique par des affaires de corruption. Une situation dénoncée par les presses locales et dominicaines qui a servi de prétexte au gouvernement Abinader pour sanctionner un ex-Ministre des Affaires étrangères – « l’Homme en Vert » de EDE Claude Joseph.
Chaque Haïtien contraint d’uriner dans la rue faute de sanitaires, chaque étudiant qui perd un semestre en attendant un document, chaque mère assise par terre avec son enfant sous un soleil de plomb : autant d’humiliations que l’État porte comme un stigmate. S’il reste indifférent à ces scènes, c’est qu’il accepte cet état de fait.
Le ministère des Affaires étrangères dispose de milliards de gourdes chaque année. Pourtant, rien ne se traduit en services concrets pour les citoyens à l’étranger : pas de sanitaires, pas d’organisation, pas de modernisation. Où vont ces fonds, sinon à entretenir un vernis diplomatique pendant que la vie réelle des Haïtiens demeure une lutte de survie ?
Assez ! Président, Premier Ministre, Ambassadeur, Consuls, Ministre, hauts fonctionnaires : ouvrez les yeux ! Respirez l’odeur, voyez les mouches, sentez la honte et transformez cette réalité. Il ne s’agit pas seulement d’une rue ou d’une ambassade : il s’agit de la dignité de tout un peuple.
Brigitte Benshow
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