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À l’ONU, Alix Didier Fils-Aimé appelle à passer de l’aide à l’investissement et promet de rendre la parole au peuple haïtien

La Rédaction by La Rédaction
septembre 25, 2026
in A la une, Actualités, National
Reading Time: 12 mins read

NEW YORK, 25 septembre 2026 — Sécurité, élections, justice, trafic d’armes, migration, changement climatique, investissements et souveraineté : le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a livré vendredi, à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, un plaidoyer pour une nouvelle relation entre Haïti et la communauté internationale. Dans un discours fortement marqué par l’histoire du pays, le chef du gouvernement a appelé à soutenir Haïti dans la restauration de sa sécurité tout en affirmant que la responsabilité première de l’État haïtien est de reprendre durablement en main son destin.

Dès l’ouverture de son intervention, Alix Didier Fils-Aimé a replacé la crise haïtienne dans une perspective historique. Membre fondateur des Nations unies, Haïti avait, selon lui, fait le choix de la paix, du dialogue, du respect et de la dignité humaine au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

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Face à la multiplication des conflits, aux crises climatiques et aux fractures qui affectent la stabilité internationale, le Premier ministre a plaidé pour un « front commun » autour de l’essentiel : la paix, la sécurité et le bien-être des peuples.

« Haïti n’appelle pas le monde à la sauver »

Le chef du gouvernement a exprimé la reconnaissance d’Haïti envers ses partenaires internationaux, citant notamment les Nations unies, le Conseil de sécurité, l’Organisation des États américains, la CARICOM et l’Union européenne.

Il a également salué le soutien des États-Unis, du Canada, de la France, du Chili et du Mexique dans le renforcement des capacités nationales de sécurité, ainsi que l’ouverture de la République dominicaine au dialogue et à la recherche d’une solution durable à la crise haïtienne.

Alix Didier Fils-Aimé a particulièrement insisté sur le rôle des pays qui participent à l’effort international de sécurité en Haïti.

« Haïti n’oubliera ni leur solidarité ni leurs sacrifices », a-t-il déclaré, en rendant hommage aux policiers et soldats haïtiens, kenyans et ressortissants d’autres pays tombés dans l’exercice de leur mission.

Mais le Premier ministre a aussi voulu fixer les contours de la relation souhaitée avec la communauté internationale.

« Haïti appelle le monde non pas à la sauver, mais à se tenir à ses côtés pendant qu’elle reprend en main son destin. »

De l’aide à l’investissement

L’un des messages centraux du discours concerne le modèle de coopération internationale.

Alix Didier Fils-Aimé a reconnu que l’aide d’urgence avait permis de sauver des vies, mais a estimé que le développement durable d’Haïti ne pouvait rester dépendant de l’assistance.

Il a appelé à un changement de paradigme : « passer de l’aide à l’investissement, de l’assistance à la production, de la dépendance au partenariat ».

L’objectif affiché est de transformer progressivement les ressources consacrées à la gestion de la crise en investissements capables de créer des emplois, de soutenir la production et d’offrir des perspectives aux jeunes et aux femmes.

« Haïti a besoin d’investissements pour construire son avenir », a-t-il insisté.

Le Premier ministre a également appelé davantage de pays à mettre en place des mécanismes permettant de transformer l’accès aux marchés en opportunités commerciales et d’investissement.

Sécurité : renforcer les forces nationales

Sur la situation sécuritaire, Alix Didier Fils-Aimé a affirmé que la réponse internationale devait permettre à Haïti de construire ses propres capacités.

Il a présenté plusieurs mesures prises par son gouvernement : recrutement, formation et renforcement des forces nationales de sécurité.

Selon les chiffres avancés à la tribune, le programme P4000 prévoit la formation de 4 000 policiers, dont plus de 2 000 auraient déjà été formés. Une nouvelle cohorte doit sortir de l’Académie de police en novembre.

Le Premier ministre a également indiqué que plus de 1 500 nouveaux soldats avaient déjà été formés, tandis qu’un programme vise la formation de 15 000 nouveaux soldats au cours des trois prochaines années.

Il a ajouté que le budget d’investissement des deux forces de sécurité avait été augmenté.

« Notre objectif n’est pas seulement de répondre à la crise d’aujourd’hui. Il est de construire les capacités qui permettront demain à Haïti d’assurer elle-même pleinement et durablement sa sécurité », a-t-il déclaré.

La Force de répression des gangs au cœur du plaidoyer

Alix Didier Fils-Aimé a toutefois estimé que l’appui international demeure nécessaire à court terme.

Il a regretté que la force internationale appelée à soutenir temporairement les efforts haïtiens ne soit pas encore pleinement opérationnelle et n’ait pas atteint sur le terrain l’effectif prévu de 5 500 membres.

Le Premier ministre a donc insisté sur la nécessité du renouvellement du mandat de la Force de répression des gangs (FRG) et sur son plein déploiement avec les effectifs, équipements et moyens nécessaires.

Tirant les leçons de la Mission multinationale d’appui à la sécurité, il a résumé sa position en trois exigences : un mandat ne suffit pas ; il faut des effectifs, des moyens et la détermination d’aller jusqu’au bout.

La veille, lors d’échanges à New York avec le secrétaire général de l’ONU António Guterres, le Premier ministre avait déjà souligné l’importance d’une approche combinant sécurité, justice, désarmement, réinsertion et création d’opportunités pour les jeunes.

Le trafic d’armes : « une responsabilité partagée »

Le chef du gouvernement a consacré une partie importante de son intervention au trafic illicite d’armes et de munitions.

Il a soutenu que les armes utilisées par les gangs en Haïti ne sont pas produites dans le pays et arrivent par des filières criminelles qui alimentent l’insécurité et menacent la stabilité régionale.

Pour lui, le démantèlement de ces réseaux constitue une responsabilité partagée.

« La sécurité de l’île passe aussi par le contrôle effectif de la frontière », a-t-il déclaré.

Justice et lutte contre l’impunité

Alix Didier Fils-Aimé a également présenté l’impunité comme « un autre visage de l’insécurité ».

Il a annoncé la mise en place de deux pôles judiciaires spécialisés destinés à renforcer la lutte contre la criminalité financière, les crimes de masse et les violences sexuelles.

Il a par ailleurs annoncé que l’entrée en vigueur des nouveaux codes pénal et de procédure pénale, prévue pour le 1er janvier 2027, doit constituer une étape importante dans la modernisation de la justice haïtienne.

« Il ne suffit pas seulement d’arrêter ceux qui terrorisent la population. Il faut les juger. Il faut que la justice soit rendue », a-t-il affirmé.

Le Premier ministre a aussi évoqué la réactivation de la Commission nationale de désarmement, de démantèlement et de réinsertion ainsi que la mise en place du Fonds pour les dividendes de la paix en Haïti, appelant les partenaires internationaux à le soutenir.

Les élections pour mettre fin à la transition

Deuxième priorité majeure présentée à l’ONU : les élections.

Alix Didier Fils-Aimé a déclaré que la sécurité devait permettre au gouvernement d’honorer son engagement de « rendre la parole au peuple haïtien par les élections ».

Évoquant son expérience d’une génération ayant connu la dictature puis les espoirs nés après 1986, il a affirmé vouloir mettre fin au cycle des transitions politiques.

« Cette transition doit prendre fin, et elle prendra fin par un bulletin de vote dans les urnes », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre a assuré que les ressources nécessaires étaient mobilisées, que les centres d’inscription étaient ouverts, que les citoyens s’inscrivaient et que les partis, groupements et candidats accomplissaient les formalités nécessaires.

Il a appelé à des inscriptions « libres, crédibles, inclusives et intègres ».

La participation des femmes et des jeunes, a-t-il ajouté, doit occuper une place importante dans le processus électoral.

Il a également affirmé que des dispositions avaient été prises pour préserver l’intégrité du processus et empêcher la violence, les réseaux criminels et les financements illicites d’influencer les urnes.

Cette priorité électorale avait déjà été mise en avant par le chef du gouvernement lors d’une réunion de haut niveau consacrée à Haïti au sein de l’ECOSOC, le 24 septembre, où il avait affirmé que « la machine électorale est en marche ».

Climat, migration et intelligence artificielle

Le discours haïtien ne s’est pas limité à la crise sécuritaire.

Alix Didier Fils-Aimé a également défendu les intérêts des petits États face au dérèglement climatique, estimant que les pays qui ont historiquement le moins contribué au changement climatique figurent parmi ceux qui en supportent les conséquences les plus lourdes.

Il a appelé à davantage de moyens pour l’adaptation et la résilience ainsi qu’à un accès plus équitable au capital, aux marchés et aux technologies.

Sur l’intelligence artificielle, il a appelé à un encadrement éthique afin que la technologie ne contribue pas à accentuer les fractures existantes.

« Nous devons rester les maîtres de la technologie et jamais les sujets », a-t-il déclaré.

Sur la migration, le Premier ministre a défendu l’idée que la protection des frontières et le respect de la dignité humaine ne sont pas contradictoires.

Il a relié la question migratoire à la crise sécuritaire haïtienne, estimant que les crises prolongées alimentent les déplacements forcés.

« Derrière les images de crise, une autre Haïti existe »

Dans la partie économique et touristique de son intervention, Alix Didier Fils-Aimé a voulu présenter une autre image du pays.

Il a évoqué une Haïti « accueillante » et « hospitalière », dotée d’une culture vibrante, de saveurs, de plages et d’un patrimoine qu’il considère comme exceptionnel.

L’objectif, selon lui, est de recréer les conditions permettant au monde de venir en Haïti, de la découvrir, d’y investir, d’y entreprendre, d’y séjourner et d’y revenir.

Il a ainsi présenté la paix non seulement comme l’absence de violence, mais comme la possibilité de voir les moteurs redémarrer, les chantiers reprendre, les marchés s’animer, les femmes entreprendre, les jeunes travailler et les enfants jouer.

La mémoire de l’Indépendance comme fil conducteur

L’histoire d’Haïti a constitué l’un des fils rouges du discours.

Le Premier ministre a rappelé que les ancêtres haïtiens avaient brisé les chaînes de l’esclavage et fondé la première République noire libre du monde.

Il a évoqué Toussaint Louverture, Dessalines, Christophe, Pétion et les autres figures de l’indépendance.

Reprenant la métaphore de l’arbre de la liberté attribuée à Toussaint Louverture, il a affirmé que cet arbre avait traversé les siècles et que, malgré la violence qui menace aujourd’hui ses racines, « Haïti résiste, Haïti est debout ».

Il a également salué les travaux de la commission mixte d’historiens haïtiens et français et dit attendre avec attention la publication de son rapport sur les relations historiques entre les deux pays et la question de la dette de l’indépendance.

« La paix était possible »

En conclusion, le Premier ministre a inscrit son message dans une perspective de reconstruction nationale.

Il a affirmé qu’Haïti devait passer de la violence à la paix, de la dépendance au partenariat et de l’urgence à la prospérité.

« Nous démontrerons demain que la paix se construit, se défend et peut triompher de la fatalité », a-t-il déclaré.

Deux siècles après que la révolution haïtienne a montré qu’un peuple pouvait briser ses chaînes, le chef du gouvernement estime que le pays doit désormais démontrer qu’un peuple peut également briser le cycle de la violence, des transitions et de la dépendance.

« Notre sécurité reposera durablement sur nos propres institutions », a-t-il affirmé, tout en appelant la communauté internationale à rester aux côtés d’Haïti durant cette période.

Son ultime référence fut celle de l’arbre de la liberté : toujours debout, il appartient désormais à la génération actuelle, selon lui, de lui donner « les fruits de la paix ».

« C’est notre responsabilité. C’est notre devoir. C’est notre promesse à nos enfants. C’est notre rendez-vous avec l’Histoire. »

Le Premier ministre a conclu son intervention par ces mots : « Que Dieu bénisse la République d’Haïti. Que Dieu bénisse le monde. »

La rédaction

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Tags: #ChangementClimatique#HistoireHaïtienne#TraficD'Armeselectionshaitiinvestissementsjusticemigrationsecuritesouveraineté

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