Un avion rempli de passagers, envoyé de nuit vers une piste aux feux défaillants, à l’heure où l’aéroport ferme ses portes. Une tour de contrôle prévenue à la dernière minute. Des voyageurs abandonnés à leur retour. Ce jeudi 29 octobre 2026, le vol Sunrise Airways S6-611 Fort Lauderdale–Cap-Haïtien, opéré par Global X Airlines, n’a évité le pire que grâce au demi-tour de son équipage. Derrière cet incident se dessine une chaîne de défaillances qui met en cause la compagnie, l’Autorité aéroportuaire nationale (AAN) et l’Office national de l’aviation civile (OFNAC).
Le décollage était prévu à 14 h. Pendant des heures, les passagers sont restés cloués au sol. Selon plusieurs d’entre eux, les hôtesses leur auraient expliqué que les réserves d’oxygène de l’appareil n’étaient pas suffisamment alimentées, avant de leur demander de patienter. Aucune explication sérieuse ne leur aurait été donnée sur la nature du problème ni sur sa résolution.
L’avion n’a finalement quitté Fort Lauderdale qu’aux environs de 18 h. Le calcul est simple car pour un vol d’environ deux heures, l’arrivée au Cap-Haïtien tombait vers 20 h. Il ferait nuit, et c’est l’heure à laquelle l’aéroport ferme habituellement, selon un responsable de la plateforme.
Le problème n’avait rien d’une surprise. Un responsable de l’aéroport, qui a accepté de confirmer l’information, reconnaît que tous les feux de piste du Cap-Haïtien ne sont pas opérationnels. Un employé de l’OFNAC, au fait de cette défaillance, va plus loin. Selon lui, la tour de contrôle n’a été informée du décollage tardif qu’à la dernière minute.
Autrement dit, l’avion a été envoyé vers un aéroport sur le point de fermer, dont l’éclairage de piste est incomplet, sans que les contrôleurs aient été prévenus à temps. Et les autorités, qui connaissaient l’état de la piste, n’ont visiblement rien fait pour empêcher ce vol de s’engager.
Les limites de l’aéroport pour les opérations de nuit sont pourtant connues de longue date. Dès décembre 2024, Sunrise Airways elle-même admettait publiquement que l’impossibilité de voler au Cap-Haïtien en dehors des heures de jour bridait ses opérations, selon HaïtiLibre. En mars 2026, une coupure de courant avait paralysé l’aéroport pendant une trentaine de minutes lors du vol inaugural vers Boston, selon The Haitian Times.
Sauvés par le demi-tour de l’équipage
Arrivé au-dessus du Cap-Haïtien, l’appareil n’a pas pu se poser. L’équipage a fait demi-tour vers Miami. Un préposé à la tour de contrôle parle d’une « décision de sagesse ».
Cependant, toutes les barrières censées intervenir en amont, à la compagnie, à l’aéroport et chez le régulateur, ont failli.
Dérouté à Miami
Après plus de huit heures d’attente au sol et d’aller-retour dans les airs, les passagers, épuisés et en colère, ont atterri à Fort Lauderdale. Selon leurs témoignages, personne ne les attendait. Ce n’est qu’après un long moment d’attente, un préposé de la compagnie a expliqué des aménagements en cours pour la nuit à Sonesta Hotel. Un vol est également prévu pour 9:00 AM le vendredi 30 Octobre.
Sunrise Airways : le mépris des passagers
La compagnie doit répondre de deux choix :
- la décision de faire décoller l’appareil à une heure qui le condamnait à arriver de nuit, à la fermeture, sur une piste partiellement éclairée ; Etant au courant du problème des feux de piste.
- l’absence totale de prise en charge des passagers à leur retour.
Cet épisode s’ajoute à une longue liste de griefs. Dans un éditorial du 3 août 2026, Le Quotidien 509 recensait retards à répétition, annulations de dernière minute, bagages perdus, climatisation défaillante et service client injoignable. Il relevait aussi une note d’environ 2 sur 5 sur Tripadvisor. Une compagnie en situation de quasi-monopole sur le ciel haïtien ne peut pas continuer à traiter ses passagers ainsi.
L’AAN : un aéroport international en mode dégradé
Gestionnaire de l’aéroport du Cap-Haïtien, l’AAN laisse fonctionner une piste dont l’éclairage est incomplet. Cette plateforme est pourtant devenue l’une des principales portes d’entrée aériennes du pays.
Les dysfonctionnements ne s’arrêtent pas à la piste. Le samedi 1er août 2026, Le Quotidien 509 rapportait que des dizaines de passagers avaient été bloqués à l’aéroport. Le seul agent du BLTS chargé du contrôle des bagages à main serait parti en pause déjeuner, alors que des avions attendaient au sol. Selon des voyageurs réguliers, ce type de blocage se répète. Un aéroport international ne peut pas fonctionner au rythme de la pause déjeuner d’un agent unique.
L’OFNAC : un régulateur informé, mais absent
L’OFNAC est le gardien de la sécurité aérienne en Haïti. Or, selon l’un de ses propres employés, l’état des feux de piste du Cap-Haïtien est connu en interne. Trois questions restent sans réponse :
- Pourquoi aucune restriction claire n’a-t-elle empêché ce vol d’être maintenu dans ces conditions ?
- Pourquoi la tour de contrôle a-t-elle été prévenue si tard d’un décollage aussi décalé ?
- Quelles suites l’Office entend-il donner au problème d’oxygène signalé à bord ?
Un régulateur qui sait et qui laisse faire cesse d’être un rempart.
Le silence des responsables
Au moment de la rédaction de cet article, ni Sunrise Airways, ni Global X Airlines, ni l’AAN, ni l’OFNAC n’avaient communiqué publiquement sur cet incident. Nos colonnes restent ouvertes à leurs explications.
Ce jeudi soir, aucun drame n’est survenu. Mais un système qui compte sur la chance et sur le sang-froid d’un équipage pour éviter la catastrophe est un système en faillite.
Il est temps que la compagnie, l’aéroport et le régulateur rendent des comptes.
La rédaction
L’article a été modifié suite aux nouvelles informations reçues sur l’accommodation.
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