Plus de 15 millions de dollars virés, plus de 7 millions introuvables, une commande toujours incomplète. Un an après la signature d’un contrat d’armement destiné à la Police nationale d’Haïti (PNH), l’argent public s’est évaporé dans un circuit d’intermédiaires. Pendant ce temps, les policiers manquent de cartouches face aux gangs.
L’affaire, révélée le 17 octobre 2026 par le Miami Herald (Jacqueline Charles et Shirsho Dasgupta), mêle une société liée à l’entourage de Dolly Parton, un ancien élu du Congrès américain et une femme d’affaires texane devenue injoignable. Une source au ministère haïtien de la Justice a confirmé les faits à notre rédaction.
Une commande de 2025, toujours pas livrée
La commande a été passée en octobre 2025. Le fournisseur retenu est Fencebridge Strategic Risk, qui devait livrer des fusils semi-automatiques et des milliers de cartouches. Selon l’entreprise, le contrat vaut environ 24 millions de dollars : 13 millions pour les munitions, 11 millions pour les armes.
Un an plus tard, seuls quelques lots de munitions de 9 mm, 5,56 mm et 7,62 mm sont arrivés, fin septembre 2026. Le reste n’est jamais parti.
Une société dissoute, sans licence d’exportation
Fencebridge a été créée au Tennessee en 2015 par Danny Nozell, manager de Dolly Parton, et Bryan Seaver, neveu de la chanteuse. L’État du Tennessee l’a dissoute en 2020 pour défaut de rapport annuel. Elle est aujourd’hui enregistrée aux îles Caïmans.
Haïti est sous embargo américain sur les armes, mais Fencebridge n’avait pas les licences d’exportation requises lorsqu’elle a décroché le marché. Le ministre de la Justice, Patrick Pélissier, a pourtant validé deux accords avec elle.
15 millions virés en une minute
Le 27 janvier 2026, l’État haïtien envoie deux virements, à une minute d’intervalle : 8 241 955 dollars, puis 7 082 589,29 dollars. Le destinataire n’est pas Fencebridge. C’est Ellie Soto, une femme d’affaires de Sugar Land, au Texas, qui ne travaille pas pour l’entreprise.
Elle devait garder l’argent sous séquestre et payer Fencebridge au fil des achats. Les fonds passent par le compte fiduciaire d’un avocat californien, Anthony Madu. D’après Fencebridge, celui-ci aurait fini par reverser tout le solde à Soto. Madu invoque le secret professionnel. Soto ne répond plus.
Résultat : Fencebridge dit n’avoir pas été payée, et plus de 7 millions de dollars ne sont localisés par personne.
Mark Green, 600 000 dollars et des démentis
Pour obtenir les licences, Fencebridge s’appuie sur Mark Green, ancien élu républicain du Tennessee et ex-président de la commission de la Sécurité intérieure de la Chambre. Il a quitté le Congrès en juillet 2025 et s’est rendu en Haïti deux mois plus tard. Il facture 1 000 080 dollars à Soto et en encaisse 600 000.
Green nie avoir structuré le contrat et dit ne détenir aucun fonds. « Ces 7 millions ne sont ni chez Fencebridge, ni chez Green », a-t-il déclaré au Herald. Une source haïtienne affirme l’inverse : selon elle, Green et Soto détiennent l’argent.
Le ministère : « nous attendons la commande »
Jointe par notre rédaction, une source au ministère de la Justice confirme les faits. Selon elle, l’État attend toujours le reste de la livraison. Elle précise que l’État n’est pas concerné par les commissions négociées entre l’entreprise retenue et le fournisseur final, et qu’il attend seulement le matériel destiné à la PNH.
Autre angle mort : la Cour supérieure des comptes (CSC/CA) a-t-elle contrôlé ce contrat ? Personne ne le dit. Elle a pourtant bloqué un autre achat d’armes, destiné aux Forces armées d’Haïti, dont le fournisseur avait échoué à la vérification.
Révélé par une guerre de succession
Le contrat est sorti de l’ombre par accident. Après la mort de Dolly Parton, le 25 août 2026, sa succession a licencié Bryan Seaver puis l’a poursuivi pour menaces. Parmi les messages versés au dossier, Seaver se vantait d’être un trafiquant d’armes international, en évoquant le contrat haïtien. Il affirme que ses propos ont été sortis de leur contexte. Aucune implication de la chanteuse n’a été établie.
Les questions que l’État doit trancher
- Qui a décidé de virer l’argent public à Ellie Soto plutôt qu’au fournisseur ?
- La CSC/CA a-t-elle validé ce contrat ?
- Où sont les plus de 7 millions de dollars ?
- Quand la PNH recevra-t-elle les armes et munitions payées depuis janvier ?
Selon Miami Hérald, Le circuit était donc le suivant : État haïtien → Ellie Soto (Citibank) → compte de l’avocat Madu → retour à Soto. Fencebridge affirme n’avoir rien reçu, et plus de 7 millions de dollars restent introuvables.
📲 Rejoignez Le Quotidien 509
Recevez nos dernières nouvelles directement sur votre téléphone via notre chaîne WhatsApp officielle.
🚀 Rejoindre la chaîne WhatsApp


