Seize jours et neuf avis plus tard, les clients de Capital Bank attendent toujours un retour à la normale. Dans son Avis #9, publié le vendredi 16 octobre 2026 sur son compte Instagram officiel (@capitalbankhaiti), la banque annonce la réouverture des succursales des Gonaïves et de Hinche, portant à 15 le nombre d’agences ouvertes. Saint-Marc, Carrefour et Diquini restent fermées, sans échéance annoncée.
Une crise ponctuée de promesses non tenues
La chronologie, documentée par Le Quotidien 509, est éloquente. Le 2 octobre, la banque annonçait des travaux informatiques et la fermeture, dès le lendemain, de ses succursales, de sa banque en ligne et de ses guichets automatiques. Le 4 octobre, elle parlait d’un incident technique touchant son système central, puis restait fermée le lundi 5, avant d’annoncer une reprise progressive pour le mercredi 7.
Cette promesse n’a pas été tenue. Dans un quatrième avis publié à 6 heures du matin le 7 octobre, Capital Bank reportait la reprise, expliquant que les vérifications prenaient plus de temps que prévu, sans avancer de nouvelle date. Le lendemain, son Avis #5 annonçait une réouverture progressive des succursales, mais les guichets automatiques et la banque en ligne restaient indisponibles, rapportait encore Le Quotidien 509.
Des clients résignés, des entreprises pénalisées
Dans son Avis #9, la banque reconnaît que l’attente reste difficile, renouvelle ses excuses et remercie ses clients de leur patience. Derrière ces formules, la réalité est plus brutale : salaires en suspens, paiements fournisseurs retardés, transferts bloqués. Pour les entreprises et les particuliers dont Capital Bank est la banque principale, chaque jour de retard a un coût que personne n’a chiffré et que personne ne propose de compenser.
L’Avis #7, publié le mardi 13 octobre 2026 à 19 h sur les comptes Instagram de Capital Bank (@capitalbankhaiti) et de sa filiale Capital Carte (@capitalcartehaiti), en dit long sur l’ampleur du problème. Présenté comme une mesure liée au « rétablissement progressif » des services, il reporte au samedi 24 octobre 2026 la date d’échéance des cartes de crédit Capital Carte. La banque y assure que les cartes de crédit et prépayées restent fonctionnelles, mais précise que les paiements peuvent être effectués dans les succursales opérationnelles, et renvoie les clients vers le service téléphonique de Capital Carte pour toute question.
Autrement dit, pour régler leurs échéances, les clients doivent se déplacer vers un réseau encore amputé, souvent au prix de trajets risqués, alors que la banque en ligne et les guichets automatiques étaient toujours indisponibles au 8 octobre, selon Le Quotidien 509. Surtout, l’avis reste muet sur un point essentiel : des frais ou des intérêts de retard seront-ils appliqués aux clients qui n’ont pas pu payer pendant la paralysie ? Faute de réponse claire, ce sont encore les détenteurs de cartes qui risquent de payer pour une défaillance dont ils ne sont pas responsables.
LockBit : la menace du 19 octobre
La question de la cause reste entière. Selon Le Quotidien 509, dans la nuit du 4 au 5 octobre, le domaine capitalbankhaiti.biz est apparu sur le site de fuite de LockBit, l’un des groupes de rançongiciel les plus actifs au monde, qui affirme détenir des données de la banque et menace de les publier vers le 19 octobre.
Cette revendication n’a pas été confirmée et aucune donnée n’a été vérifiée à ce stade. Capital Bank ne parle toujours pas de cyberattaque et avait assuré que les données de ses clients n’étaient pas touchées. Le précédent existe pourtant : en 2023, la Sogebank était déjà apparue sur le site de fuite de LockBit.
À la veille de cette échéance, les clients ont droit à mieux que des avis numérotés. Que s’est-il passé ? Leurs données sont-elles exposées ? Quand le service sera-t-il entièrement rétabli ? Et qui assumera les préjudices subis ?
Une voix s’élève, les institutions se taisent
Dans Le Quotidien 509, l’ancien directeur général du Conatel Jean Marie Altema a refusé de banaliser l’affaire. Prudent sur l’attribution, il estime que si LockBit est bien en cause, il s’agit d’« un acte criminel qui doit être poursuivi et puni ». Il rappelle qu’une attaque contre une institution financière expose aussi ses clients et l’ensemble du système, et plaide pour une infrastructure nationale de cybersécurité, un cadre légal adapté, des protocoles de réponse aux incidents et une coopération entre public et privé.
Cet appel contraste avec le silence de ceux dont c’est la mission. À ce jour, aucune prise de position publique de l’Association professionnelle des banques (APB) n’a été relevée sur la situation des clients de l’un de ses membres. Les associations de défense des consommateurs ne se sont pas davantage fait entendre.
La Banque de la République d’Haïti (BRH), régulateur du système, dispose pourtant d’outils. Elle présente ses circulaires 121 et 131 comme des composantes de son cadre de protection des consommateurs, notamment en matière de transparence, de confidentialité et de réclamations. Le moment semble venu de les appliquer publiquement.
Quand l’une des principales banques du pays fonctionne au ralenti pendant plus de deux semaines, sous la menace d’une fuite de données, le silence des institutions chargées de la stabilité du système et des droits des usagers ne peut pas passer pour de la neutralité. Il ressemble à de l’indifférence, voire à une complaisance que les clients, eux, n’ont pas les moyens de se permettre.
Les déposants et les entreprises de Capital Bank ne demandent pas des excuses supplémentaires. Ils demandent des réponses, un calendrier et une prise en charge des préjudices subis.
Brigitte Benshow
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