NATIONS UNIES (New York), 14 octobre 2026 — Le Conseil de sécurité des Nations unies a renouvelé mardi, pour un an, le régime de sanctions visant les gangs armés en Haïti et ceux qui les soutiennent. La résolution 2831 (2026) a été adoptée par 14 voix pour, aucune contre et une abstention, celle de la Russie. L’unanimité obtenue lors des renouvellements précédents est donc rompue.
Le texte, négocié par les États-Unis et le Panama, maintient jusqu’au 14 octobre 2027 les trois mesures créées en 2022 : l’interdiction de voyager, le gel des avoirs et l’embargo ciblé sur les armes. Il y ajoute deux nouveautés.
Pour la première fois, le Conseil inscrit parmi les actes passibles de sanctions le fait de déstabiliser Haïti « par l’exploitation ou le commerce illicite de ressources naturelles ». Il invite même les autorités haïtiennes à adopter un décret pour encadrer la pêche et le commerce des civelles, ces jeunes anguilles très recherchées à l’exportation.
Le Conseil exprime aussi sa préoccupation face aux « détournements et à la diversion de ressources publiques », qui menacent la stabilité du pays. Il rappelle que toute personne soutenant, directement ou indirectement, la violence des groupes armés peut être inscrite sur la liste des sanctions.
La Russie dénonce un « nouveau critère »
C’est ce passage sur les fonds publics qui a poussé Moscou à s’abstenir. Le représentant russe a reconnu au texte des « éléments en apparence nobles ». Il y voit cependant le risque d’introduire « en substance un nouveau critère de sanction », sans lien direct, selon lui, avec les critères fixés en 2022.
Moscou a assuré que son vote ne visait pas à protéger des responsables corrompus. Selon lui, dans un contexte aussi fragile, toute ingérence extérieure ne peut qu’aggraver la situation. Il a aussi pointé le faible respect des sanctions, en Haïti comme dans les pays d’où partent les armes de contrebande : « Si ces États prenaient des mesures efficaces pour endiguer le flux d’armes », l’emprise des gangs reculerait.
La Chine a tenu un discours proche. Elle a exhorté les États membres, « en particulier le pays qui est la principale source des armes et munitions illicites d’Haïti », à combattre le trafic à la source. C’est une allusion transparente aux États-Unis.
Haïti veut frapper les réseaux
Le représentant d’Haïti a salué le renouvellement, tout en appelant à aller plus loin. S’appuyant sur les rapports du Secrétaire général et du Groupe d’experts, il a souligné que les gangs tirent leur force de réseaux de financement, d’approvisionnement et de soutien. Ces réseaux sont parfois facilités par des acteurs nationaux et internationaux dotés de moyens économiques ou d’influence politique. Le régime doit donc s’attaquer à tous les mécanismes qui alimentent la violence, a-t-il insisté.
Il a plaidé pour une coopération renforcée entre pays d’origine, de transit et de destination des armes. Il a aussi présenté les efforts de son gouvernement : renforcer la Police nationale, consolider les Forces armées et créer des structures judiciaires spécialisées contre le financement criminel. Ces initiatives exigent, selon lui, un appui international prévisible.
Le Panama, co-rédacteur du texte, a qualifié la situation d’« une des crises les plus pressantes de notre région ». Il a dénoncé la « relation symbiotique » entre certains secteurs des élites politiques et économiques et « les gangs qui tiennent Haïti en otage ». Le Panama estime nécessaire d’inscrire de nouveaux noms sur la liste, en particulier ceux qui utilisent leur position pour financer la violence et en tirer profit.
Neuf noms seulement
La Colombie a résumé le malaise : « Si nous savons que 70 % de Port-au-Prince est aux mains des gangs », alors les neuf personnes et deux entités actuellement sanctionnées ne peuvent être les seules responsables de la crise. Le pays demande de revoir la portée du régime.
La France a jugé le détournement de fonds publics « source de préoccupation majeure ». Elle a appelé à accélérer le déploiement de la Force de répression des gangs, alors que les élections ont dû être reportées. Elle soutient l’inscription des soutiens des gangs sur la liste. La Lettonie a estimé que les nouvelles dispositions sur les fonds publics « représentent une étape importante » vers des sanctions plus efficaces.
Les États-Unis, de leur côté, ont promis de continuer à envisager de nouvelles désignations. Ils ont appelé à soutenir la Commission nationale de désarmement, démantèlement et réinsertion (CNDDR). Ils ont rappelé que l’embargo « ne s’applique pas » aux armes et formations destinées au gouvernement haïtien.
Le Libéria a insisté sur la responsabilité partagée : « Les armes qui alimentent la violence en Haïti ne sont pas fabriquées en Haïti. » Les sanctions visent « les auteurs et leurs complices, pas Haïti ni son peuple ». Le Pakistan a regretté que le Comité des sanctions soit paralysé par un désaccord sur la nomination de sa présidence.
La force anti-gangs chargée de traquer les armes
La résolution confie de nouvelles tâches à la Force de répression des gangs. Elle devra aider la police et l’armée haïtiennes à enregistrer et à détruire les armes saisies, et signaler toute perte, vol ou détournement. Les pays qui fournissent des armes aux autorités haïtiennes devront aussi les aider à sécuriser les stocks.
Le mandat du Groupe d’experts est prolongé de 13 mois. Il remettra un rapport intermédiaire d’ici le 28 mars 2027 et un rapport final avant le 1er septembre 2027. Le Conseil se dit prêt à durcir, modifier ou lever les sanctions selon trois critères : la capacité de la justice haïtienne, la baisse des homicides, enlèvements et violences sexuelles, et le recul du trafic d’armes.
La rédaction
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