La découverte de munitions d’origine dominicaine entre les mains du gang haïtien 400 Mawozo soulève de sérieuses interrogations sur la gestion des arsenaux militaires et policiers en République dominicaine. Mis en cause par les révélations d’un rapport du Groupe d’experts des Nations unies, le ministère dominicain de la Défense annonce la poursuite d’investigations visant à retracer le parcours de ces munitions et à établir d’éventuelles responsabilités.

Le ministère dominicain de la Défense (MIDE) tente de faire la lumière sur les circonstances dans lesquelles des munitions de calibre .50, provenant de stocks acquis par la République dominicaine, ont pu se retrouver en possession du puissant gang haïtien, les « 400 Mawozo ».
Cette affaire, révélée dans un rapport du Groupe d’experts du Conseil de sécurité des Nations unies, relance les préoccupations concernant les réseaux de trafic d’armes et de munitions alimentant les groupes criminels en Haïti.
Selon les informations contenues dans ce document, plus de 900 000 cartouches auraient été détournées des stocks de la Police nationale dominicaine. Le rapport fait notamment état de 908 001 munitions concernées, parmi lesquelles figurent plus de 489 000 cartouches de calibre 9 mm, environ 230 000 de calibre 5,56 × 45 mm, 26 000 de calibre 7,62 × 39 mm et 93 000 cartouches destinées aux fusils de chasse.
Ces chiffres mettent en évidence l’ampleur des irrégularités relevées dans la gestion des munitions. Ils alimentent également les soupçons sur l’existence de circuits clandestins susceptibles d’approvisionner les organisations criminelles opérant sur le territoire haïtien.
Les experts des Nations unies estiment qu’une partie importante des munitions détournées pourrait avoir été acheminée vers Haïti, où les groupes armés disposent d’un arsenal de plus en plus sophistiqué.
Le rapport souligne notamment que les calibres 5,56 × 45 mm et 7,62 × 39 mm sont relativement peu utilisés sur le marché dominicain, contrairement à Haïti, où ils figurent parmi les principales munitions employées par les gangs.
Sur la base de ces observations, des spécialistes dominicains de la sécurité consultés par les experts onusiens jugent probable qu’une grande partie des stocks concernés ait été transférée vers le territoire haïtien.
Toutefois, les enquêteurs reconnaissent qu’il demeure difficile de déterminer avec exactitude les quantités effectivement introduites en Haïti.
Face aux révélations du rapport, le ministère dominicain de la Défense a publié un communiqué pour préciser sa position et présenter les démarches engagées par les autorités militaires.
Concernant particulièrement les munitions de calibre .50 identifiées en Haïti, l’institution explique que leur ancienneté complique considérablement les recherches.
Selon le ministère, les transformations administratives, institutionnelles et historiques intervenues au fil des années ne permettent pas, à ce stade, de reconstituer précisément les circonstances dans lesquelles ces munitions ont quitté les circuits officiels pour parvenir sur le territoire haïtien.
Les autorités dominicaines insistent néanmoins sur un point : la découverte de munitions présentant des caractéristiques identiques à celles acquises légalement par leur pays ne constitue pas automatiquement la preuve d’un transfert autorisé par les institutions militaires.
Elles affirment que seules des investigations approfondies pourront déterminer les éventuelles responsabilités individuelles ou institutionnelles.
Pour démontrer que les autorités ne sont pas restées passives face aux risques de détournement, le ministère de la Défense rappelle une opération menée en décembre 2025 dans la province de San Juan.
À cette occasion, des militaires dominicains avaient procédé à l’arrestation d’un sous-lieutenant de l’armée et d’un ressortissant haïtien, surpris alors qu’ils transportaient irrégulièrement 1 516 cartouches de différents calibres à bord d’une motocyclette, a La Tinaja.
L’officier avait été déféré devant les autorités judiciaires pour des infractions présumées à la législation en vigueur. Selon le ministère, il se trouve en détention provisoire pendant que la procédure judiciaire suit son cours.
Cette arrestation illustre les risques d’implication de membres des forces de sécurité dans des activités illicites liées à la circulation des munitions, même si elle ne permet pas, à elle seule, d’établir un lien direct avec les stocks identifiés par les experts onusiens.
Le ministère dominicain assure disposer de procédures d’enregistrement, de marquage et de contrôle destinées à garantir la traçabilité des munitions utilisées par les forces armées.
Il rappelle d’ailleurs que le Groupe d’experts des Nations unies a lui-même salué le système de marquage appliqué aux munitions militaires dominicaines, considéré comme une pratique facilitant leur identification et les enquêtes sur d’éventuels détournements.
Cependant, l’importance des quantités mentionnées dans le rapport soulève une question fondamentale : comment des centaines de milliers de cartouches ont-elles pu échapper aux mécanismes de surveillance sans que leur disparition soit détectée ou empêchée à temps ?
📲 Rejoignez Le Quotidien 509
Recevez nos dernières nouvelles directement sur votre téléphone via notre chaîne WhatsApp officielle.
🚀 Rejoindre la chaîne WhatsApp
