PORT-AU-PRINCE, 6 octobre 2026 — Fanmi Lavalas hausse le ton. Dans un communiqué en créole publié ce mardi, le Comité exécutif, signé par Dr Maryse Narcisse et Joël Édouard Vorbe, conteste la possibilité d’organiser des élections crédibles dans le contexte actuel.
Le parti est catégorique : « pas d’élections sans sécurité ».
« Il n’y a pas de démocratie avec la peur au ventre et dans la tête », affirme Lavalas, qui dénonce kidnappings, massacres, routes bloquées et déplacement massif de la population. Le parti s’interroge notamment sur la possibilité d’organiser un scrutin libre lorsque des milliers de déplacés ne peuvent même pas regagner leur domicile.
Il est bon de rappeler que Fanmi Lavalas a participé directement à la transition, avec Lesly Voltaire au Conseil présidentiel de transition. Le parti a également disposé de relais au sein de l’exécutif, notamment au MTPTC, avec Raphaël Hosty puis Joseph Almathe Pierre-Louis, ainsi qu’au ministère de la Santé publique, avec le Dr Bertrand Sinal.
À cela s’ajoutent des directions générales et organismes publics stratégiques, dont le Fonds d’entretien routier (FER) et l’Office national de l’aviation civile (OFNAC), qui bénéficient de moyens budgétaires et occupent des positions institutionnelles importantes. Un contexte qui permet de mieux comprendre les réserves exprimées aujourd’hui par Fanmi Lavalas à l’égard du processus de transition et du calendrier électoral, sans préjuger de ses motivations.
« Sélection » plutôt qu’élection
Lavalas accuse également le gouvernement de vouloir « plonger les yeux fermés » dans une « sélection » d’élus. Le parti rappelle son refus, le 22 février 2026, de signer le pacte national et de participer au gouvernement.
Avec le proverbe créole « zòrèy pa dwe pi long pase tèt » — les oreilles ne doivent pas dépasser la tête — Lavalas invite l’exécutif à ne pas dépasser ses limites.
Mais le communiqué laisse volontairement dans l’ombre une autre question, beaucoup plus concrète : les 30 000 membres exigés par le Conseil électoral provisoire (CEP).
Le silence sur les 30 000
Malgré les prolongations accordées dans le processus électoral, Fanmi Lavalas n’a toujours pas soumis sa liste de 30 000 membres au CEP.
Le parti avait pourtant été agréé au printemps parmi les 282 formations et coalitions admises au processus. L’exigence des 30 000 membres est par ailleurs contestée par plusieurs partis, notamment lors d’une rencontre avec le CEP le 20 août.
Le dilemme de Lavalas est donc simple : incapacité logistique ou choix politique ?
Le contexte sécuritaire rend effectivement le recensement extrêmement difficile dans plusieurs bastions historiques du mouvement, notamment à Bel-Air et Cité Soleil. Mais l’absence de liste peut aussi servir une stratégie politique : dénoncer le processus plutôt que risquer de participer à une compétition dont l’issue serait incertaine.
Lavalas n’est pas seul
La question des 30 000 membres dépasse d’ailleurs Fanmi Lavalas.
Pitit Dessalines et LAPEH n’ont eux non plus, à ce stade, pas encore soumis leur liste de 30 000 membres au CEP.
Le problème devient donc plus large : combien de partis seront réellement capables de transformer leur existence politique en une base électorale vérifiable ?
Pour Lavalas, le prochain test sera moins dans ses communiqués que dans ses actes.
S’il remet les 30 000 noms, il prouve que la machine existe encore. S’il ne le fait pas, son discours sur la majorité populaire risque de se heurter à une réalité aussi simple qu’implacable : en politique électorale, il faut parfois compter ceux que l’on prétend représenter.
La rédaction
L’article a été amélioré
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