Aujourd’hui, 5 octobre 2026, est bien la date affichée sur le site officiel du Conseil électoral provisoire pour l’ouverture de la campagne électorale, celle à partir de laquelle les candidats aux prochaines élections générales, qui auraient déjà dû avoir été agréés, devaient pouvoir lancer leur campagne.
C’est une des étapes les plus importantes du processus électoral. La campagne électorale prépare le choix que les citoyens seront appelés à faire aux élections générales prévues jusqu’à présent pour le 13 décembre prochain, un choix dont l’importance tient au principe même de la souveraineté nationale. La Constitution fait en effet de l’élection l’un des moyens par lesquels les citoyens en exercent directement les prérogatives. Celui qui est appelé à choisir son représentant doit donc pouvoir le connaître, savoir ce qu’il propose, quelles priorités il défend et comment il entend exercer le mandat qu’il sollicite.
Celui qui se porte candidat doit, de son côté, pouvoir aller à la rencontre des électeurs, se faire connaître, présenter ses idées, défendre son programme, répondre aux questions et confronter ses propositions à celles de ses concurrents. Mais les électeurs se mettent eux aussi en campagne : ils écoutent, questionnent, comparent, discutent et cherchent à comprendre ce que chacun propose et ce que ces propositions pourraient signifier pour eux et pour le pays. Une opinion peut se confirmer ou évoluer à mesure que la campagne avance. Le bulletin déposé dans l’urne devrait être l’aboutissement de ce cheminement ; le choix qui y sera exprimé se prépare auparavant.
Cette préparation exige du temps, et le calendrier électoral en a prévu soixante-neuf jours, du 5 octobre au 12 décembre, avant le scrutin du 13 décembre. Un peu plus de deux mois pendant lesquels doit se dérouler tout ce que nous appelons une campagne électorale.
Trois jours avant la date prévue pour l’ouverture de la campagne, le CEP réunissait les représentants des partis politiques pour examiner avec eux certaines difficultés rencontrées dans le processus et d’éventuelles modifications du décret électoral.
Le décret électoral permet de mesurer concrètement l’importance de la période de campagne. Il prévoit la présentation des programmes, l’accès des candidats aux moyens de communication, leur participation aux débats et la tenue de réunions électorales, tout en établissant des règles destinées à permettre à chacun de mener sa campagne. Pour un candidat, ce temps doit donc permettre de parcourir sa circonscription ou, s’il brigue la présidence, d’aller à la rencontre des populations à travers le pays, d’expliquer ses propositions, de répondre à ses concurrents et de convaincre. Pour l’électeur, cette même période permet d’entendre différentes voix, de poser des questions, de confronter les propositions et de faire mûrir son choix.
La campagne implique cependant toute une communauté, bien au-delà d’une rencontre entre candidats et électeurs. Les partis politiques organisent leur participation et mobilisent leurs membres, tandis que les médias informent et rendent compte de la compétition, que les observateurs suivent le processus et que les organisations de la société civile participent à l’information et à l’éducation électorales. Les forces de sécurité doivent elles aussi tenir compte des déplacements, des réunions et des rassemblements propres à cette période. Pendant ce même temps, le CEP poursuit et finalise la mise en place du scrutin. Des activités différentes se déroulent ainsi simultanément et doivent toutes converger vers la même date, celle du vote.
On comprend alors ce que représente une modification de la durée prévue. Si une campagne organisée sur soixante-neuf jours devait finalement n’en compter que cinquante, un candidat à la présidence qui avait planifié ses déplacements à travers les différents départements perdrait dix-neuf jours pour accomplir ce qu’il avait prévu. Il lui faudrait revoir son parcours, réduire ses rencontres, réorganiser ses activités ou renoncer à certaines d’entre elles. Les électeurs disposeraient eux aussi de moins de temps pour connaître les candidats, entendre leurs propositions et les comparer.
Une prolongation aurait d’autres conséquences. Dix jours ajoutés aux soixante-neuf initialement prévus peuvent certes permettre davantage de rencontres et d’échanges, mais ils représentent également dix jours supplémentaires de déplacements, de réunions, de personnel, de communication et de dépenses. Tous les candidats et tous les partis ne disposent pas des mêmes moyens pour les supporter, de sorte que la durée de la campagne touche aussi aux conditions d’égalité entre les participants.
Le temps de campagne n’est donc pas une simple donnée du calendrier. Sa durée détermine les conditions dans lesquelles candidats, partis, électeurs et autres acteurs peuvent organiser leur participation au processus électoral. Une fois cette période annoncée, chacun organise en fonction d’elle les activités qu’il doit mener jusqu’au scrutin.
La réunion tenue le 2 octobre entre le Conseil électoral provisoire, le gouvernement et les représentants de partis politiques ajoute cependant une autre dimension au problème. Elle ne portait plus seulement sur une demande de jours supplémentaires. Des difficultés touchant aux conditions mêmes de participation ont été soulevées et certaines dispositions du décret électoral ont été discutées en vue de possibles modifications.
Les préoccupations ont notamment porté sur les conditions d’éligibilité, la décharge, l’obligation de démission de certaines catégories de fonctionnaires, les sanctions applicables à certains candidats et d’autres dispositions affectant les candidatures. Le président du CEP a évoqué la nécessité d’une meilleure harmonisation du cadre légal, tandis que le Premier ministre invitait les formations politiques à présenter leurs revendications et préoccupations afin qu’elles soient prises en considération.
Ces déclarations conduisent également à regarder les nouvelles échéances autrement. Si certaines dispositions doivent être revues pour permettre aux candidats de satisfaire aux conditions qui leur sont imposées, il faudra d’abord arrêter ces dispositions, puis laisser aux intéressés le temps de s’y conformer. Quelques jours ajoutés à une échéance ne suffisent plus nécessairement à résoudre des difficultés qui portent désormais sur les règles elles-mêmes.
Le calendrier affiché sur le site officiel du CEP n’a cependant pas été mis à jour au fil des modifications apportées par différentes notes de presse. Les nouvelles échéances fixent désormais la clôture des inscriptions des candidats au 9 octobre, la publication de la liste des candidats agréés au 14 octobre et l’ouverture de la campagne électorale au 15 octobre, au lieu du 5 octobre toujours indiqué sur le site. La date du premier tour demeurant fixée au 13 décembre, ce sont donc dix jours qui ont été retranchés de la période initialement prévue pour la campagne électorale, qui doit maintenant se dérouler du 15 octobre au 12 décembre.
La réunion du 2 octobre pourrait ainsi marquer un moment différent dans le déroulement du processus électoral : celui où il devient nécessaire de prendre le temps d’examiner les difficultés rencontrées, d’arrêter des dispositions électorales applicables dans la réalité et de permettre ensuite aux acteurs de s’y conformer. Mais ces ajustements interviennent alors que le temps prévu pour la campagne a déjà été réduit de dix jours. Les candidats auront toujours besoin de temps pour aller vers les électeurs et les électeurs pour connaître ceux entre lesquels ils devront choisir.
Jusqu’ici, la date du 13 décembre 2026 fixée pour la tenue des élections générales demeure officiellement maintenue. Mais les modifications déjà apportées aux différentes étapes du processus, auxquelles s’ajoutent les difficultés examinées lors de la réunion du 2 octobre, obligent désormais à douter du réalisme de cette échéance. À une dizaine de jours de la nouvelle date retenue pour le lancement de la campagne électorale, il faut donc se poser la question : à quand vraiment les élections ?
Chantal Volcy Céant
5 octobre 2026
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