Le message est sans ambiguïté : Haïti ne reconnaît aucun port sec en République dominicaine. Par la circulaire No. 001 (réf. BM/AGD/244/09-26) du 30 septembre 2026, le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Collin, rappelle à l’Administration générale des douanes (AGD) qu’aucun mécanisme de transit ou de transbordement sur le sol dominicain n’est valable pour des marchandises de pays tiers destinées à Haïti.
En d’autres mots : un conteneur venu de Miami, de Shanghai ou de Rotterdam doit débarquer dans un port ou un aéroport haïtien. Pas à Santo Domingo. Pas dans un entrepôt frontalier. Et certainement pas sur un camion qui franchit la frontière terrestre.
Le problème : une porte de service grande ouverte
Un port sec est un terminal intérieur où l’on dédouane et redistribue des conteneurs loin de la mer. Implanté côté dominicain, il devient une plaque tournante idéale : la marchandise arrive à un port dominicain, transite par voie terrestre, puis entre en Haïti par un poste frontalier.
C’est précisément ce que la circulaire veut empêcher. Le texte le dit en toutes lettres : il faut éviter que le territoire dominicain serve de plateforme pour contourner le contrôle douanier haïtien.
Ce que l’État perd : argent, contrôle, sécurité
Des recettes qui s’évaporent. Les droits de douane sont l’une des principales sources de revenus d’un État haïtien déjà à court de moyens.
Une concurrence déloyale. L’importateur qui paie ses taxes au port se retrouve face à des concurrents qui sous-déclarent à la frontière.
Un enjeu sécuritaire. Le texte ne parle pas seulement de fraude, mais de « trafics illicites » et de « sécurisation du territoire national ». Dans un pays où les gangs s’arment par contrebande, un couloir de transit mal contrôlé est une faille qu’on ne peut plus tolérer. La presse haïtienne relevait déjà en 2025 que le trafic d’armes transitant par la République dominicaine alimente la violence des gangs.
Déjà-vu : pourquoi l’État doit le répéter
Ce n’est pas la première fois. Le 25 mars 2025, une autre circulaire No. 001, signée par le ministre Alfred Métellus, interdisait déjà aux bureaux de douane frontaliers de recevoir des marchandises étrangères transitant par la République dominicaine, avec entrée en vigueur le 7 avril 2025.
Dix-huit mois plus tard, un nouveau ministre doit « rappeler » la même règle. La nouveauté, c’est le vocabulaire. Le texte de 2026 vise nommément le « port sec », signe que le contournement s’est structuré et dispose désormais d’infrastructures dédiées de l’autre côté de la frontière.
Le prix à payer : qui gagne, qui perd
La circulaire trace une ligne nette. Les produits fabriqués légalement en République dominicaine peuvent toujours entrer par les points terrestres officiels. Ce qui est visé, ce sont les marchandises de pays tiers qui utilisent le voisin comme raccourci.
La rédaction
📲 Rejoignez Le Quotidien 509
Recevez nos dernières nouvelles directement sur votre téléphone via notre chaîne WhatsApp officielle.
🚀 Rejoindre la chaîne WhatsApp
