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Procès Sanon : à Miami, Martine Moïse nie toute proximité avec Claude Joseph, les zones d’ombre s’épaississent

La Rédaction by La Rédaction
octobre 1, 2026
in A la une, Actualités, Analyse, Grands dossiers, Opinion
Reading Time: 7 mins read
Martine Moïse réagit après les verdicts dans le dossier de l’assassinat de Jovenel Moïse

Témoin vedette de l’accusation au procès du pasteur Christian Emmanuel Sanon, l’ex-Première dame a revécu en larmes la nuit du 7 juillet 2021. Mais au troisième jour d’audience, elle a surpris la salle en niant tout lien proche avec l’ancien Premier ministre Claude Joseph, un homme qui avait affiché publiquement sa proximité avec elle. Badio, Hans Joseph, le lit, le fils absent : les questions s’accumulent.

Il y a eu les larmes, puis le démenti.

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Mercredi 30 septembre 2026, devant le tribunal fédéral de Miami, Martine Moïse a été interrogée sur deux noms qui pèsent lourd dans le dossier : quelle relation avait-elle développée avec Claude Joseph ? Connaissait-elle Joseph Félix Badio ?

Selon AlerteHaïti (Réginald Delva), l’ex-Première dame a nié avoir jamais entretenu des liens proches, politiques ou personnels, avec l’ancien Premier ministre. La déclaration a fait réagir la salle. Sa réponse sur Badio n’a pas été rapportée à ce stade.

Un démenti qui contraste avec le passé

Ce démenti tranche avec ce que l’on a vu et entendu depuis cinq ans. En juillet 2022, Martine Moïse et Claude Joseph commémoraient ensemble l’assassinat dans le Nord. Joseph lui assurait alors le soutien des « vrais alliés » du président. En février 2024, inculpé avec elle en Haïti, il dénonçait une persécution visant « Martine Moïse et moi ».

L’ordonnance du juge Walther Wesser Voltaire accusait d’ailleurs les deux d’avoir comploté pour placer Joseph au pouvoir. Elle s’appuyait notamment sur l’ancien secrétaire général du Palais, Lyonel Valbrun. Selon lui, Martine Moïse aurait fait pression pour mettre le bureau du président à la disposition de Claude Joseph. Tous deux ont toujours rejeté ces accusations, et l’ordonnance a été annulée en octobre 2025.

Pourquoi, alors, prendre aujourd’hui ses distances ? Simple précision sous serment, ou stratégie face à une défense qui fouille les coulisses politiques ? La défense annonce citer deux anciens Premiers ministres haïtiens et un avocat de renom, sans les nommer publiquement.

« Chérie, nous sommes morts »

La veille, mardi 29 septembre, Martine Moïse avait livré un récit bouleversant, rapporte CBS News. Vers 1 heure du matin, des coups de feu réveillent le couple dans sa résidence de Pétion-Ville. Le président, qui travaillait encore à son bureau, se tourne vers elle : « Chérie, nous sommes morts. »

À quatre pattes, elle descend vers les chambres de ses deux enfants adultes. Elle les trouve en train de tenir la gueule de Delilah, la chienne de la famille, pour l’empêcher d’aboyer. Elle les envoie dans une salle de bain sans fenêtre, puis remonte : elle ne pouvait pas, dit-elle, « laisser leur père seul ».

Les tirs reprennent alors qu’elle tente de se glisser sous le lit. Elle est blessée, son mari est tué. Elle a sangloté quand l’accusation a projeté les photos de la chambre, où le corps du président gît sur un exemplaire de la Constitution.

Les assaillants parlaient espagnol et s’appelaient « Jefe » et « Pipe ». Avant de partir, l’un d’eux l’a retournée sur le dos, éblouie avec une lampe et lui a marché sur le pied. Des employés l’ont trouvée saignant du nez et de la bouche. Ils ont noué une cravate du président pour freiner l’hémorragie. Selon CBS News, aucun des 40 à 50 agents chargés de la protection de la famille n’est venu.

La fille du président à la barre

Sa fille Jomarlie a témoigné ensuite, interrogée par la procureure adjointe Altanese Phenelus. Elle a raconté l’arrivée de l’équipe du policier Vladimir Paraison, venue secourir la famille. Quand Paraison lui a annoncé la mort de son père, elle a refusé d’entrer dans la chambre. Selon AlerteHaïti, elle ne voulait pas que cette image soit son dernier souvenir de lui.

Martelly, Henry et « le 1 % »

En contre-interrogatoire, la défense a cherché à montrer que le président avait de nombreux ennemis. Martine Moïse l’a reconnu : son mari s’était heurté à de riches intérêts en voulant annuler des contrats qui profitaient à une petite élite. « Un pour cent de la population a pris 99 % de la richesse », a-t-elle lancé, selon CBS News.

Sur Michel Martelly et Ariel Henry, elle s’est gardée d’accuser, alors qu’elle avait mis en cause Martelly en mars. Elle a dit attendre que l’enquête apporte des réponses sur l’ancien président. Elle a aussi rapporté qu’Ariel Henry lui aurait dit de n’attendre ni élections ni justice.

Le lit et le « rat » du juge Voltaire

En Haïti, un détail hante le dossier. Dans son ordonnance de janvier 2024, le juge Voltaire affirmait qu’après visite des lieux, même un rat géant de 35 à 45 cm ne pouvait se glisser sous le lit conjugal.

À Miami, le récit est plus nuancé. Elle dit avoir tenté de se glisser dessous. Selon un autre compte rendu d’audience, elle avait répondu à son mari qu’elle était « trop grosse ». Il lui avait alors conseillé d’y glisser le plus possible de son corps. En mars, elle s’était décrite la tête et les épaules sous le cadre du lit à baldaquin.

Le jury de Miami n’est pas lié par l’ordonnance Voltaire : il juge Sanon, sur les seules preuves admises à l’audience. Le document, annulé en appel, avait en outre été présenté dès sa diffusion comme un brouillon non authentifié. La défense peut toutefois exploiter les variations du récit. En mars, elle l’avait déjà confrontée à des incohérences avec ses entretiens au FBI.

Badio, l’ULCC et Hans Joseph

La question sur Badio n’a rien d’anodin. Entré à l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) en 2013, il en a été révoqué le 17 mai 2021, sept semaines avant l’assassinat. C’est le directeur général de l’époque, Hans Jacques Ludwig Joseph, qui l’a révoqué. La révocation n’a été rendue publique que le 13 juillet 2021, six jours après le crime, dans une note signée de Hans Joseph.

Badio fait partie des 18 suspects extradés vers Miami le 20 septembre. Dans des procédures connexes, des avocats de la défense l’ont désigné comme celui qui aurait ordonné de tuer le président plutôt que de l’arrêter. Lui a toujours nié et accuse la famille Moïse de mentir.

Or, en Haïti, Martine Moïse est défendue par le cabinet Expertus, fondé par ce même Hans Joseph. Celui-ci a été révoqué à son tour de l’ULCC le 2 juillet 2026. Ce double rôle lui a valu des accusations de trafic d’influence, qu’aucune décision de justice n’a établies. L’homme qui a écarté le principal suspect haïtien est aussi celui dont le cabinet défend la veuve. Le lien ne prouve rien, mais il interroge.

Jovenel Jr., le témoin absent

Deux enfants adultes étaient dans la maison : Jomarlie et Jovenel Jr. Selon CBS News, seule Jomarlie était annoncée comme témoin. Le fils aîné, Joverlein, n’était pas sur place.

Pourquoi Jovenel Jr. n’est-il pas appelé ? Aucune explication publique n’a été donnée, et rien ne permet d’affirmer qu’il a été formellement écarté. L’accusation, qui a 57 témoins sur sa liste, peut juger son récit redondant ou l’appeler plus tard. A-t-il été entendu par le FBI ? La défense le citera-t-elle ?

Les questions qui restent

Au procès de mars, Le Quotidien 509 avait relevé plusieurs zones d’ombre. Le médecin légiste Jean Armel Demorcy, de nouveau à la barre cette semaine, avait dit ignorer où se trouvait le corps du président pendant trois jours. Il n’a reçu la demande d’autopsie que le 10 juillet 2021. L’heure exacte du décès reste floue.

Le journal s’interrogeait aussi sur la tenue du couple, qui n’était pas en vêtements de nuit vers 1 heure du matin. Martine Moïse avait par ailleurs révélé que le Palais versait chaque mois 20 millions de gourdes en espèces au renseignement présidentiel. La somme de juillet 2021 avait déjà été distribuée avant l’assassinat. Elle affirme enfin que les gardes avaient été payés pour quitter leurs postes.

Un procès de six à huit semaines

Sanon, 67 ans, plaide non coupable de huit chefs d’accusation et risque la prison à vie. Selon l’accusation, il voulait renverser Jovenel Moïse pour prendre sa place, alors que la Constitution le rendait inéligible. Le 8 mai 2026, quatre co-accusés ont été reconnus coupables à Miami. Le procès doit durer six à huit semaines.

En Haïti, l’enquête a été relancée sous un nouveau juge après l’annulation de l’ordonnance Voltaire. Cinq ans après, c’est à Miami que se joue la vérité judiciaire sur l’assassinat d’un président.

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