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Haïti : faut-il rompre avec le « Blanc » ou choisir son “Blanc” pour exercer sa souveraineté ?

La Rédaction by La Rédaction
septembre 23, 2026
in A la une, Analyse, Opinion
Reading Time: 8 mins read

Signature: PMR/8746O93ILxciN89VuOgW2PDgZ6MVHf0UVtR5gn7pTfnnFhcLDZQWSF56rhKlWNNt6AG25qsANqfqsrqCrATPl0iQdWADr0VzwbpcldaUEZ9t0pFXlusc/9dNljKj+pvrCxfr/VbZV4VAyJcpajjpq0cbmVn+IbvaU3qOVW5kN4S/Xwjv4cSDyxAeBi0KQzUo9Grnf/7/2U4O9zIHqciVLNrfjcweew+Cq7X53kRLX1bMAOJEYX/tK9Dfe7Y7drMoQGTroOl/drhuOZw8H/FKJ4MmVt+D5UXije54YBa5rVUpzmAs3nnPbPydrvhQF7siuE5iKLe1rgS6cn6ON0H+q03Qcfn+FwKjU7+Oboe70BpLUIg+h5X/4kSR2u60UzjWVEIXuCjPKQ35zLAvGgZyEro6zyTSqhIoedYdxfaV3mFk8Fv8Wl0fNUdGayiGPVh2NT8wk031pSN0WgtRFDM+oAk4H8Bsa+sdS+gIzIpIMX2Or2R/lUGxdRyahEaX/GJb93Z6IE/PNVTgD8gSOB49ukZoT+jqgwvahvRu+D0r6nl3+zFoQJtaYNTGfc1TyE6gjq8go27kB8CW5mDUz6lVeFmlmEaFpCik2/1c1h6bR589EvhbBtX5F8JoH50z7KqJOE79z9QZisenEnZBX/dHLA9mD9dC08Lj9O9mXBVwpOnQOYmoM9OuZ3YuTmVnJYHDqHszsXHYRV3zNL9gV+R1MxySZiMw5f1bR9q/O7UPqxqSMqUiHlGMnTMC6z3c1PR8+0pnROfBS3ljoGXWxzFBiDYNQMQhTiNuugA39duYihaVbaq4aahNFGeyzo4Xfo2XQ9eWbhd88ZeMTdm1HAh91oR9zdeUA/5swE9VaxEXQ1VWyZLCDY1YJ+r+pKdwhSHvZV3yB4RGk922SWIMClCOr1wRWPLvnuY/WPEPN6nL5atEkYbQQRcXokvtvLaQ

D’entrée de jeu, il importe de préciser qu’en Haïti, le terme “Blanc”  parlant d’un individu renvoie à une personne à la peau claire et dans d’autres situations n’a rien à voir avec la pigmentation épidermique mais à la nationalité. Tout étranger est un Blanc de quelques continents dont il est originaire: le Sénégalais, le Japonais, l’Ivoirien, le Français, l’Américain et l’Espagnol  sont tous des Blancs.

Il n’était pas sans un certain amusement d’entendre certains Haïtiens affirmer, dans l’attente de l’arrivée des soldats kényans de l’ancienne force multinationale  : “Les Blancs vont arriver pour combattre les gangs.”

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Haïti a un passé colonial funeste. Ayant été sous le joug de l’esclavage pendant des siècles et même obligé de payer pour la reconnaissance de  son indépendance, ce pays a développé un sentiment de rejet du Blanc. Paradoxalement, depuis plusieurs  décennies, le Blanc n’a jamais été aussi présent dans tous les sphères de la vie nationale: ONG, Organisations Internationales, Ambassades et Consulats tous font partie de ce petit monde de Blanc.

S’il ya d’un coté le rejet du Blanc, d’un autre côté, on critique une certaine blancomanie chez l’Haïtien, ce désir excessif à vénérer tout ce qui émane du Blanc. D’où cette ambivalence qui ne peut que nous interpeller.

En définitive, puisque le Blanc est bel et bien présent, faut-il cesser d’interagir avec lui? Faut-il lui demander de partir? ? Ou sommes nous capable de décider nous mêmes des conditions de sa présence? En présentant brièvement les  aspects géopolitique, de gouvernance et économique de la vie d’un État, nous espérons proposer une lecture plus nuancée de la question.

Aspects géopolitiques

Les nations n’atteignent pas toutes le même niveau de développement. Pendant que certaines évoquent de nos jours la conquête de l’espace, d’autres pays n’ont même pas la possibilité de satisfaire les besoins primaires de leur population. Nous vivons dans un monde de plus en plus interdépendant et le multilatéralisme est ce grand mécanisme qui permet aux États de mieux s’organiser pour une meilleure coopération. L’autarcie se révélerait  contre-productive puisque l’autosuffisance absolue n’existe pas: un État peut être  autosuffisant dans un domaine tout en demeurant fragile dans un autre.

La coopération est donc incontournable pour tout État moderne. L’ignorer reviendrait à renoncer au commerce, à prétendre pouvoir affronter seul les catastrophes naturelles et la criminalité internationale ou encore à développer isolément certaines technologies.

Pour les États aux ressources limitées,comme Haïti, cette coopération revêt une importance d’autant plus grande qu’elle leur permet de renforcer les relations bilatérales et d’assurer leurs défenses sur la scène internationale.Une compréhension approfondie de la géopolitique permet de passer d’une politique étrangère réactive à une politique étrangère stratégique.Cela suppose de bien identifier: 

● les intérêts fondamentaux d’Haïti et mettre en place les moyens diplomatiques, économiques et institutionnels pour les défendre ;

● Ses partenaires prioritaires;

● les secteurs stratégiques;

● les moyens de réduction des dépendances; 

● les alliances à renforcer ainsi que celles à réévaluer ou même rompre.

Aspects de la gouvernance

Acemoglu et Robinson (2015), colauréats du prix Nobel d’économie en 2024 avec Simon Johnson, ont signé une œuvre magistrale analysant les origines de la puissance, de la prospérité et de la pauvreté. Ils sont arrivés à la conclusion que de bonnes institutions constituent un pilier fondamental dans le développement d’un pays. Ils ont distingué les institutions inclusives et exclusives. Ils théorisent également les notions  de cercles vertueux et de cercles vicieux. La logique du cercle vertueux avance-t-ils, tient en partie au fait que les institutions inclusives sont fondées sur des restrictions d’exercice du pouvoir et sur une répartition pluraliste du pouvoir politique au sein de la société, répartition garantie par la prééminence du droit.

Autrement dit, toute société organisée impose des limites, c’est-à-dire des barrières infranchissables et un indiscipliné qui s’aviserait d’outrepasser ces limites est puni selon la gravité de son méfait. Aucune société ne progresse sans le respect des limites imposées par la loi.

Parlant d’institutions inclusives, de prééminence du droit, Haïti peine,depuis environ 5 ans, durée de mandat d’un président élu, à organiser des élections pouvant permettre au pays de retourner à l’ordre constitutionnel et ainsi combler les vides institutionnels qui chaque jour fragilise davantage les maigres acquis du pays.

La gouvernance dont nous mentionnons entre en parfaite résonance avec notre prochain point qui recouvre les Investissements directs étrangers. Toutes les économies émergentes jouissent d’Investissements Directs Étrangers considérables.

Aspects économiques: les Investissements Directs Étrangers (IDE)

L’OCDE définit l’Investissement Direct Étranger (IDE)comme étant une activité par laquelle un investisseur résidant dans un pays obtient un intérêt durable et une influence significative dans la gestion d’une entité résidant dans un autre pays. L’investissement direct à l’étranger connaît actuellement un développement considérable, il est de plus en plus prisé comme source externe de capitaux pour les pays en développement.

C’est une source de création d’emplois appréciable et acquisition de nouvelles technologies. Faute des conditions adéquates, Haïti est à la traîne dans les Investissements direct étrangers alors que la République Dominicaine attire de plus en plus des capitaux extérieurs. Selon les données de la Direction générale du trésor de la République française:

Les investissement directs étrangers (IDE) en République dominicaine (RD) ont atteint un ​niveau record de 5 Md USD en 2025, confirmant l’attractivité du pays et son statut de ​principal récepteur d’IDE en Amérique centrale et dans les Caraïbes avec le Costa Rica. La ​France, troisième investisseur européen et huitième investisseur étranger en stock sur la ​période 2010-2024 (avec 1 Md USD cumulés), a enregistré 181 M USD d’IDE en 2025 .

Nous ne pouvons pas en dire autant pour Haïti car des obstacles tant du point de vue politique que juridique empêchent le pays de jouir des bénéfices d’investissement étrangers directs durable..

La souveraineté n’est pas l’isolement 

Haïti ou tout autre État est sensible pour sa souveraineté: cette capacité de se sentir mettre de son destin. L’État possède donc, dans les limites prévues par la loi, l’autorité suprême sur son territoire et sa population et est juridiquement indépendant des autres États et n’est en principe soumis à aucun pouvoir étatique étranger. Cependant il faut préciser que cela n’implique pas refuser toute coopération étrangère. Elle consiste plutôt à conserver la capacité de déterminer ses intérêts et de prendre ses décisions en conséquence. 

Un État ne peut défendre durablement ses intérêts à l’extérieur que s’il dispose de capacités à l’intérieur.Il faut des institutions capables d’implémenter des politiques publiques, une administration capable de les appliquer, une diplomatie capable de négocier et une classe politique capable de définir, au moins sur certaines questions fondamentales,une vision de l’intérêt général.

Quelle alternative?: choisir son Blanc.

Le Blanc a jusqu’ici jouit des privilèges que les Haïtiens eux-mêmes,d’une façon ou d’une autre, lui ont octroyé. N’est-ce pas la manifestation la plus palpable d’un élite qui n’a pas su construire un projet de société et fixer des limites? Au lieu d’un rejet systématique du Blanc, ne serait-il pas plus rationnel de pouvoir choisir son Blanc? Nous nous référons ici aux alliés, à des partenaires fiables. Un État doit avoir la capacité de choisir librement ses partenaires, avec qui il entretient des relations et avec qui rompre si le respect mutuel n’est plus au rendez-vous.

Choisir son Blanc veut dire : fixer des limites, être capable de dire :”halte là!”, de déclarer des “persona non grata” quand la circonstance l’exige, de se positionner sur des grandes question internationales en accord avec ses intérêts stratégiques sans interférence ou ingérence d’un tierce État .

Ce texte n’est pas une apologie du Blanc mais une parole alternative voulant insister sur le rôle des nationaux dans l’effondrement de leur pays. Nous ne voulons pas tomber dans un nationalisme creux, stérile en refusant de faire l’autocritique ou le dépassement nécessaire. 

Accuser l’autre c’est un discours facile qui détourne l’attention sur les véritables artisans des malheurs du pays et cela leur arrangent puisqu’ils continuent de se reproduire et parfois se métamorphosent en continuant à occuper des postes clés dans le pays.

La véritable solution n’est pas de faire partir le Blanc mais de construire un État haïtien suffisamment solide pour que lorsqu’il entre en relation avec le monde, il sache ce qu’il veut, pourquoi il le veut, ce qu’il accepte et jusqu’où il est prêt à aller pour le défendre. Il est donc possible de coopérer sans se soumettre, s’ouvrir sans s’abandonner, négocier sans renoncer à ses intérêts. C’est cela, finalement , choisir son Blanc.

Références 

Acemoglu, D; Robinson, J.A (2015). La faillite des nations. Les origines de la puissance, de la prospérité et de la pauvreté. Ed. Markus Haller. Coll. Nouveaux horizons.637p.

Huckel CHARLES

Internationaliste

Administrateur public

Linguiste

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