Port-au-Prince, 20 septembre 2026. Le ministère de la Justice et de la Sécurité publique a confirmé ce dimanche, dans un communiqué officiel, l’extradition vers les États-Unis de plusieurs personnes détenues en Haïti dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse, tué dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021.
Le document, portant la référence MJ/SCGe/340 et signé du ministre Patrick Pélissier, indique que le ministère agit « sur instruction du Gouvernement », en application des mécanismes d’extradition prévus entre la République d’Haïti et les États-Unis, et à la demande des autorités américaines. La remise vise à permettre le jugement des personnes concernées et à contribuer à l’établissement des faits et à l’identification des responsabilités, dans le respect des garanties judiciaires et « à l’abri de toute influence ».
Selon les informations Joseph Félix Badio et 17 ressortissants colombiens ont quitté le pays à destination des États-Unis. Les suspects doivent être jugés en Floride, selon le procureur fédéral du district sud de Floride, Reding Quiñones. Ancien fonctionnaire du ministère de la Justice et de l’Unité de lutte contre la corruption, révoqué quelques semaines avant l’assassinat, Badio avait été arrêté à Pétion-Ville en 2023 après plus de deux ans de cavale et figure parmi les principaux suspects du dossier.
Deux procédures, deux vitesses
Le communiqué assume ouvertement le déséquilibre entre les deux volets de l’affaire. Deux procédures ont été engagées, l’une en Haïti, l’autre aux États-Unis. La procédure américaine a enregistré des avancées significatives — arrestations, poursuites, condamnations — tandis que la procédure haïtienne, reconnaît le ministère, demeure confrontée à d’importantes difficultés et n’a toujours pas abouti à la tenue d’un procès, cinq ans après les faits.
À Port-au-Prince, l’instruction s’est enlisée : juges successivement dessaisis ou démissionnaires, greffiers menacés, insécurité chronique autour du Palais de justice. L’ordonnance renvoyant plusieurs dizaines de personnes devant le tribunal criminel n’a jamais débouché sur une audience.
Côté américain, le procureur Quiñones a indiqué que 30 personnes ont été inculpées dans le dossier et a parlé d’une nouvelle étape dans la recherche des responsabilités, promettant de remonter jusqu’à ceux qui ont financé ou facilité l’opération. Plusieurs accusés ont déjà plaidé coupable à Miami, dont l’ancien sénateur John Joël Joseph.
Une coopération présentée comme un choix souverain
Anticipant les critiques sur un possible abandon de souveraineté judiciaire, le ministère souligne que les informations et éléments de preuve recueillis dans le cadre de cette coopération pourront alimenter les investigations menées en Haïti, conformément aux mécanismes d’entraide pénale. La décision, écrit-il, s’inscrit dans le respect des prérogatives et des intérêts de la République d’Haïti.
Le communiqué se conclut par la réaffirmation de la détermination du gouvernement à ce que justice soit rendue au président Jovenel Moïse, à sa famille et au peuple haïtien.
Reste une question que le texte ne tranche pas : celle du sort du volet haïtien de l’affaire, désormais privé de plusieurs de ses principaux accusés.
La rédaction
📲 Rejoignez Le Quotidien 509
Recevez nos dernières nouvelles directement sur votre téléphone via notre chaîne WhatsApp officielle.
🚀 Rejoindre la chaîne WhatsApp
