Le Conseil électoral provisoire (CEP) a communiqué ses derniers chiffres d’inscription sur le registre électoral : 507 015 électeurs enregistrés, répartis sur 1 271 centres d’inscription actifs (sur 1 418 au total) et suivis par 2 761 opérateurs sur le terrain. Des données en apparence encourageantes — jusqu’à ce qu’on les rapporte à la taille réelle du corps électoral haïtien.
Un rythme qui ne colle pas au calendrier
Rapportés à une hypothèse de 6,1 millions de citoyens en âge de voter, ces 507 000 inscrits ne représentent qu’environ 8 % de l’électorat potentiel.
Le rythme des inscriptions s’est certes accéléré depuis fin août — environ 7 500 nouvelles inscriptions par jour ces derniers jours, contre une progression beaucoup plus lente au démarrage.
Ce que montrent les chiffres du CEP
Le pic d’activité observé sur le graphique des demandes — avec des sommets à plus de 20 000 soumissions quotidiennes autour de la mi-août, avant un tassement à environ 14 000 début septembre — correspond à l’ouverture progressive des centres dans le département de l’Ouest, lancée le 30 juillet après un démarrage limité à neuf départements le 20 juillet.
La répartition par âge fait apparaître une surreprésentation des 39-48 ans (114 359 inscrits), suivis de près par les 29-38 ans (110 199), tandis que les jeunes de 18 à 28 ans — pourtant la tranche démographiquement la plus large en Haïti — ne comptent que 79 943 inscrits à ce stade. Un signal à surveiller, dans un pays où plus de la moitié de la population a moins de 30 ans.
Sur le plan géographique, le département de l’Ouest — pourtant le plus peuplé du pays avec l’aire métropolitaine de Port-au-Prince — n’affiche pour l’instant que 73 649 inscrits, un chiffre à mettre en perspective avec les difficultés sécuritaires majeures qui y freinent l’accès aux centres d’inscription. Le Sud et Grande-Anse, à l’inverse, affichent une mobilisation relativement forte.
Une équation politique et logistique déjà posée par l’OEA
Ces chiffres rejoignent directement les inquiétudes exprimées la semaine dernière par le secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin, devant le Conseil permanent : accélérer les campagnes d’inscription des électeurs et la délivrance des cartes d’identification nationale figure parmi les priorités qu’il juge les plus urgentes, à un moment où environ un million de cartes biométriques restent encore à produire.
Le CEP, de son côté, vise officiellement jusqu’à 4 millions d’électeurs inscrits — un objectif que certains observateurs interrogent déjà : est-ce un objectif intermédiaire raisonnable, ou la limite réelle que l’institution s’est fixée ? La question reste ouverte, mais elle en dit long sur l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir avant le 13 décembre.
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