Sécurité, élections, candidatures suspectes : à Washington, deux poids lourds régionaux ont mis Haïti au pied du mur cette semaine.
Le compte à rebours électoral s’accélère — et la pression internationale aussi. Le 3 septembre 2026, devant le Conseil permanent de l’Organisation des États américains (OEA), la secrétaire générale de la CARICOM, Dr Carla Barnett, a livré un plaidoyer sans détour pour une réponse internationale enfin coordonnée face à la crise haïtienne. Une semaine plus tôt, le secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin, avait déjà donné le ton depuis Port-au-Prince : plus question de tergiverser.
La CARICOM exige des actes, pas des promesses
Pour Barnett, le constat est sans appel : le mandat de la Force de répression des gangs (GSF) doit être renouvelé, et vite. Elle pointe du doigt les partenaires internationaux d’Haïti, accusés de traîner les pieds sur leurs engagements — personnels, financements, équipements, logistique. Sans ce renfort, prévient-elle, impossible de desserrer l’étau des gangs armés sur la population, encore moins de créer les conditions d’un scrutin crédible.
Barnett a aussi tiré la sonnette d’alarme sur la dispersion des efforts internationaux. Trop d’acteurs, pas assez de coordination — un risque de doublons alors que les besoins urgents de la population attendent. Elle a rappelé la mission interaméricaine de haut niveau menée en Haïti du 16 au 19 août, à laquelle la CARICOM avait pris part : un geste, dit-elle, pour que les Haïtiens sachent qu’ils n’ont pas été abandonnés.
Sur le plan politique, le Groupe des personnalités éminentes de la CARICOM — trois anciens Premiers ministres, actif depuis 2023 — poursuit sa tournée en Haïti, à la rencontre des nouveaux partis et coalitions qui émergent dans la course électorale.
Ramdin trace une ligne rouge sur les candidatures
Mais c’est du côté de l’OEA que le message le plus tranchant est venu — et il concerne directement le processus électoral. À l’issue de sa mission à Port-au-Prince le 19 août, Albert Ramdin avait été clair : le calendrier électoral fixé par les autorités haïtiennes a besoin d’une accélération urgente. Enregistrement des électeurs, identification, campagnes de sensibilisation — tout doit s’intensifier avant le scrutin du 13 décembre.
Mais sa mise en garde la plus lourde de sens portait sur l’intégrité des candidatures elles-mêmes. Ramdin a posé une exigence claire : toute inquiétude concernant l’éligibilité d’un candidat ou d’éventuels liens avec des activités illicites doit être traitée en toute transparence, dans le respect du droit haïtien et des bonnes pratiques électorales internationales.
Le texte officiel de l’OEA n’appelle pas à une exclusion automatique de candidats soupçonnés de liens avec des gangs ou des réseaux illicites. Il demande un traitement transparent, encadré par la loi haïtienne et les standards internationaux — une nuance de taille, à ne pas confondre avec une interdiction pure et simple.
Le 3 septembre, Ramdin a présenté au Conseil permanent le bilan complet de cette mission, insistant sur un point : sécurité et élections sont les deux priorités les plus immédiates d’Haïti, indissociables l’une de l’autre, et le rythme des progrès sur les deux fronts doit s’accélérer.
Face à un déficit d’environ un million de cartes d’identification, le SG de l’OEA, a indiqué que l’OEA et le Japon avaient signé un accord de coopération de 3 millions de dollars américains, qui financera l’acquisition de 350 000 cartes d’identification biométriques et l’élargissement des services mobiles d’enregistrement. Il a également appelé les autres partenaires internationaux à compléter ces efforts afin de contribuer davantage à la tenue d’élections légitimes, assorties d’une forte participation. Il a par ailleurs confirmé que l’OEA avait reçu une invitation à déployer une Mission d’observation électorale et qu’elle avait commencé les préparatifs nécessaires.
Un pays, deux horloges qui tournent
Entre la GSF qui attend toujours ses renforts et un calendrier électoral qui presse, Haïti avance sur un fil. La CARICOM et l’OEA parlent d’une seule voix sur l’urgence — reste à savoir si les bailleurs suivront enfin le rythme des mots.
Pour Carla Barnett, l’enjeu dépasse la sécurité et le scrutin : c’est la capacité des Haïtiens à retravailler, scolariser leurs enfants, se soigner et circuler librement dans leur propre pays qui est en jeu. Un rappel simple à tous les partenaires d’Haïti — la sortie de crise ne sera durable que si elle remet enfin la population haïtienne au centre des solutions.
La rédaction
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