République dominicaine – La présence de ressortissants haïtiens dans plusieurs secteurs de la société dominicaine continue de susciter des débats sur les politiques publiques, alors que de nouvelles données concernent à la fois l’éducation, la santé et les télécommunications. Les chiffres communiqués ces derniers jours font apparaître des évolutions contrastées, entre progression du nombre d’élèves haïtiens dans les écoles publiques et forte diminution des accouchements de mères haïtiennes dans les établissements hospitaliers publics.
Le sénateur du District National, Omar Fernández, a ainsi attiré l’attention sur l’évolution de la population scolaire haïtienne dans les établissements publics dominicains. Selon les données qu’il a présentées, celle-ci serait passée d’environ 25 000 élèves en 2007 à plus de 205 000 en 2025.
Sur la même période, la proportion serait passée d’un élève haïtien pour 100 élèves dominicains à un pour 13. Fernández estime que cette évolution exerce une pression accrue sur les services publics et appelle les autorités à renforcer simultanément la planification des infrastructures scolaires et le contrôle migratoire.
Le sénateur reconnaît toutefois le droit constitutionnel à l’éducation et ne remet pas en cause, dans ses déclarations rapportées, la nécessité de garantir l’accès à l’enseignement. Il demande plutôt que les politiques migratoire et éducative soient davantage coordonnées. Il avance également qu’environ 141 500 élèves dominicains ont quitté les salles de classe au cours de la même période.
Fernández appelle notamment à « blinder » la frontière et à adapter les capacités des infrastructures éducatives à l’évolution de la population scolaire. Ses déclarations interviennent alors que la question de la présence haïtienne en République dominicaine reste étroitement liée aux débats sur les ressources publiques, l’immigration et l’accès aux services essentiels.
Dans le secteur de la santé, les données disponibles présentent toutefois une évolution différente. Entre janvier et juillet 2026, les hôpitaux publics dominicains ont enregistré 5 931 accouchements de mères haïtiennes, contre 11 951 au cours de la même période en 2025, selon les chiffres du Service national de santé (SNS).
La baisse atteint ainsi 6 020 accouchements, soit 50,4 % en un an. La proportion des naissances de mères haïtiennes parmi l’ensemble des accouchements enregistrés dans les établissements publics est passée de 28,9 % à 16,2 %.
Sur les sept premiers mois de 2026, 36 551 accouchements ont été recensés dans les hôpitaux concernés. Les mères dominicaines représentent 30 506 de ces accouchements, tandis que leur nombre a progressé de 3,8 % par rapport à l’année précédente. La diminution globale des accouchements atteint 11,6 %, principalement en raison du recul enregistré chez les parturientes haïtiennes.
Ces chiffres interviennent dans un contexte marqué par l’application, depuis plus d’un an, d’un protocole hospitalier destiné aux patientes étrangères. Celui-ci encadre leur prise en charge dans les établissements publics et s’inscrit dans le cadre plus large des mesures dominicaines relatives à la migration.
Parallèlement aux questions liées à l’éducation et à la santé, un autre dossier met en évidence une dimension différente des relations entre la République dominicaine et Haïti : l’ouverture du marché dominicain des télécommunications à de nouveaux acteurs internationaux.
Le président du Conseil de l’Institut dominicain des télécommunications (Indotel), Guido Gómez Mazara, a défendu la transparence du processus ayant conduit à la concession accordée à Viettel Global Investment (VGI), société vietnamienne. Selon lui, cette opération ne représente pas une menace pour la sécurité des citoyens et respecte les procédures établies.
Gómez Mazara a également indiqué que 62 % des données utilisées par les entreprises de téléphonie dominicaines proviennent de Chine. La concession accordée à VGI porte sur 240 MHz pour une durée de 20 ans, répartis entre les bandes de 700 MHz, 2,3 GHz et 3,6 GHz.
D’après les autorités de régulation, l’investissement pourrait générer jusqu’à 650 millions de dollars pour l’économie dominicaine. Gómez Mazara affirme par ailleurs que VGI répond aux standards nord-américains et rappelle que l’entreprise avait déjà tenté d’accéder au marché dominicain il y a environ sept ans.
Le responsable de l’Indotel a également cité les expériences de Viettel au Pérou et en Haïti pour illustrer l’ouverture de l’entreprise à différents marchés. Viettel, contrôlée par l’État vietnamien, intervient notamment dans les réseaux 4G et 5G, la cybersécurité et les équipements liés à la défense.
L’Indotel assure avoir pris les dispositions nécessaires afin d’éviter d’éventuelles sanctions internationales liées à l’opération.
Soraya Ades
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