Port-au-Prince, 10 août 2026 — Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a transmis aux ordonnateurs de l’administration publique la lettre de cadrage du projet de budget de l’exercice fiscal 2026-2027, un document qui trace les grandes orientations de la politique budgétaire de l’État haïtien pour l’année à venir. Cette lettre-circulaire datée du 10 août accompagnée de plafonds de crédits indicatifs pour chaque institution, marque le coup d’envoi officiel du processus de préparation budgétaire.
Une économie encore convalescente
Le cadrage macroéconomique dressé dans la lettre illustre la fragilité persistante de l’économie haïtienne. Après une récession de -4,2 % en 2023-2024 puis -2,7 % en 2024-2025, la contraction devrait se poursuivre à -1,5 % en 2025-2026, avant un retour timide en territoire positif : +0,2 % en 2026-2027, puis +0,5 % pour les deux exercices suivants, selon le document publié par le Ministère des Finances sur X.
Le document souligne l’ampleur du chemin à parcourir : le PIB réel, passé d’environ 658 milliards de gourdes en 2018 à 544 milliards en 2026, ne retrouverait son niveau d’avant-crise qu’aux alentours de 2034, même avec une croissance moyenne annuelle de 2,6 %.
Côté prix, l’inflation resterait élevée mais orientée à la baisse, glissant de 17,3 % à 15,8 % en 2026-2027, puis à 14,9 % et 13,6 % les deux années suivantes. La pression fiscale, elle, demeure faible et ne progresserait que très légèrement, de 4,3 % à 4,6 % du PIB sur la période. Fait notable, le gouvernement affiche l’ambition d’un retour au financement monétaire nul dès 2026-2027, condition jugée essentielle pour contenir les pressions inflationnistes et stabiliser le taux de change.
Sept priorités pour un budget de stabilisation
La lettre de cadrage articule le futur budget autour de sept axes stratégiques :
Sécurité publique et défense nationale, présentée comme la priorité centrale, avec un accent sur le renforcement de la Police nationale et des Forces armées d’Haïti, la sécurisation des axes routiers et la lutte contre les gangs.
Organisation des élections et restauration institutionnelle : le processus électoral est chiffré à 120 millions de dollars américains. Le Basket Fund qui le finance, actuellement autour de 48 millions, devrait atteindre environ 90 millions d’ici le 30 septembre 2026 grâce au budget rectificatif en cours. Le budget 2026-2027 devra aussi prévoir les crédits nécessaires à l’installation des nouveaux élus, qu’il s’agisse du Parlement ou de la Présidence.
Redressement et relance économique, avec une attention particulière portée au plan de relance du Grand Nord, à la réhabilitation des infrastructures et au soutien aux filières agricoles.
Sécurité alimentaire, protection sociale et services sociaux de base, incluant la santé, l’éducation et l’appui aux populations déplacées.
État de droit, justice et lutte contre la corruption, via la réhabilitation des tribunaux et prisons et le renforcement des institutions de contrôle.
Modernisation des administrations fiscale et douanière, avec le déploiement du Revenue Management System (RMS), l’interconnexion DGI-AGD, et une révision annoncée du barème de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP), resté inchangé depuis 2005.
Planification et efficacité de la dépense publique, avec l’identification d’au moins trois « projets phares » à fort impact dans le cadre du Programme d’investissement public.
Des risques clairement identifiés
Le gouvernement reconnaît plusieurs facteurs de vulnérabilité : une mobilisation des recettes potentiellement inférieure aux prévisions, des pressions à la hausse sur les dépenses sécuritaires, ainsi que des risques externes tels que le ralentissement de l’économie mondiale, la volatilité des prix énergétiques et alimentaires, l’incertitude entourant le statut de Protection temporaire (TPS) des ressortissants haïtiens aux États-Unis, et l’exposition aux aléas climatiques.
Un appel à la discipline budgétaire
Dans sa lettre, le chef du gouvernement invite les ordonnateurs à la rigueur : propositions de crédits réalistes, justification documentée des demandes additionnelles, priorisation des projets d’investissement matures, et transparence renforcée envers la Direction générale du budget.
Les services techniques du ministère de l’Économie et des Finances et de celui de la Planification et de la Coopération externe devrait travailler désormais à faire adopter et publier ce budget avant le début du prochain exercice fiscal.
L’annonce d’un financement monétaire nul et d’une meilleure discipline budgétaire constitue un signal positif, mais elle devra être accompagnée d’une mobilisation effective des recettes, d’un contrôle rigoureux des dépenses et d’une transparence accrue dans l’utilisation des fonds publics. Surtout, la réussite de ce budget dépendra moins de la qualité de son cadrage que de la capacité de l’État à exécuter les crédits, sécuriser les ressources et rendre des comptes.
La rédaction
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