Port-au-Prince, le 14 Août 2026 — Dans la cour de l’École Nationale République du Pérou, à Martissant-Fontamara, plus de 1 100 enfants et jeunes participent depuis le 27 juillet au Camp d’été 2026, une initiative du Foyer Culturel Nemours Jean Baptiste (FCNJB), financée par la Mairie de Port-au-Prince et soutenue par la CNDDR et Dyaspora Ayisyen pou Lapè. Le programme doit se poursuivre jusqu’au 4 septembre, dans un quartier où l’insécurité a longtemps privé les enfants de tout espace de loisir sécurisé.
Un programme pensé comme un véritable parcours de formation
Loin de se limiter à des jeux de vacances, le Camp d’été 2026 s’articule autour d’un slogan qui résume son ambition : « Edikasyon ak Fòmasyon Pwofesyonèl se Zam Pou Chanjman » (« Éducation et formation professionnelle sont des armes pour le changement »). Le programme couvre un éventail large d’ateliers : sport, culture, chimie industrielle, sérigraphie et graphisme, joaillerie, cordonnerie, artisanat, décoration événementielle, ainsi qu’une campagne d’éducation civique.
Le programme comprend
- un atelier de cordonnerie, où adolescents et jeunes adultes s’initient, assis en petits groupes autour de tables de travail, à un métier manuel qualifiant ;
- un atelier de Tresse africaine, encadré par des animateurs comme Yves Andrel Salomon, où les enfants redécouvrent leur corps et leur héritage culturel dans le mouvement collectif ;
- un atelier de sérigraphie, en salle, où adolescents et jeunes s’initient à une pratique artisanale et créative ;
- des activités de groupe dans les grandes salles de l’école, où des dizaines d’enfants assis en cercle participent à des jeux, des chants et des exercices d’expression corporelle.
« Mwen kontan paske pitit mwen pa nan lari. Li vini chak jou, li aprann anpil bagay e mwen santi li an sekirite. » nous a confié un parent.
Son fils a également témoigné : « Mwen renmen vini nan kan an paske mwen aprann anpil bagay, mwen fè espò, mwen danse epi mwen fè nouvo zanmi. Lè mwen la, mwen santi mwen byen ….. Mwen ta renmen aktivite sa yo kontinye menm apre vakans lan. »
Le témoignage du Président du FCNJB : un signal fort, mais un appel à plus de soutien
Interrogé par Le Quotidien 509, Jean Moïse Blanchard, Président du Foyer Culturel Nemours Jean Baptiste, se félicite de la mobilisation autour du camp, tout en insistant sur les limites actuelles du soutien apporté à l’initiative.
Il rappelle que le Fonds d’Assistance Économique et Sociale (FAES) a également contribué à l’effort, en appuyant le camp au niveau du ratio alimentaire sec destiné aux enfants — une aide bienvenue, mais qui reste, selon lui, loin de couvrir l’ensemble des besoins d’un programme accueillant plus d’un millier de jeunes chaque jour pendant près de six semaines.
Selon le Président Blanchard, cette activité mérite un accompagnement plus global de la société, et il espère que ceux qui ont fait des promesses d’accompagnement y répondront également, dans les semaines à venir.
Martissant-Fontamara, un quartier qui refuse de céder
Ces dernières années, Martissant a compté parmi les zones de Port-au-Prince les plus durement frappées par les affrontements entre groupes armés, provoquant des vagues de déplacement massif de population et interrompant la scolarité de milliers d’enfants. Voir aujourd’hui plus d’un millier d’entre eux rassemblés pacifiquement, pour près de six semaines, autour d’activités éducatives et culturelles, constitue un signal fort envoyé à toute la communauté : celui d’un quartier qui tente de reprendre pied face à l’insécurité.
La CNDDR, en pleine relance institutionnelle
La présence de la CNDDR représenté par le Coordonnateur Michel Jean Marie Léonidas aux côtés du FCNJB s’inscrit dans une dynamique institutionnelle plus large d’après les organisateurs. Selon un article publié le 12 mai 2026 par Le Quotidien 509, la Commission — remise en activité par l’exécutif monocéphale avec le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé — avait présenté ce jour-là sa feuille de route stratégique aux représentants du corps diplomatique, avec l’appui du Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH). Cette feuille de route, articulée autour du Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR) et de la réduction de la violence communautaire (RVC), devrait mettre l’accent sur la prévention, la réinsertion des jeunes, l’accès à la justice et la coordination des acteurs.
La Commission a connu un parcours particulièrement heurté depuis sa création. Fondée le 28 août 2006 sous la présidence de René Préval, elle avait ensuite été réactivée par décret le 8 mars 2019, sous la présidence de Jovenel Moïse et le gouvernement de Jean-Henry Céant. Une troisième version avait vu le jour le 21 février 2025, dans le cadre de la transition, à l’initiative du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Cette mouture avait toutefois été dissoute le 2 mai 2025 par le Conseil présidentiel de transition (CPT), alors présidé par Fritz Alphonse Jean, pour des accusations de manquements à l’impartialité et à l’intégrité de certains de ses membres. Après la fin du mandat du CPT, le 7 février 2026, la Commission a de nouveau été remise en activité à partir de mars 2026, sous l’impulsion du Premier ministre Fils-Aimé, devenu entretemps seul chef de l’exécutif.
C’est dans ce contexte que ce Camp d’été de Martissant prend tout son sens.
Côté Nations Unies, le dossier DDR/CVR du BINUH est piloté par Aimée Thérèse Faye Diouf, cheffe de la section Désarmement, Démobilisation et Réinsertion / Réduction de la Violence Communautaire de la mission. Forte d’une quinzaine d’années d’expérience acquise dans plusieurs missions de maintien de la paix (RDC, Côte d’Ivoire, Mali, Tchad, entre autres), elle coordonne les stratégies institutionnelles et communautaires visant à atténuer la violence des gangs et à protéger les populations vulnérables — avec une attention particulière portée aux jeunes des quartiers les plus exposés au conflit, à l’image de Martissant.
Un test grandeur nature
Derrière l’image des enfants dansant, cousant du cuir ou sérigraphiant un tissu dans la cour de l’École Nationale République du Pérou se dessine un dispositif pour offrir à la jeunesse de Martissant une alternative crédible à l’enrôlement dans les gangs. Reste, comme le souligne le Président Blanchard, à transformer les promesses de soutien en engagements concrets — une condition sans laquelle le modèle ne pourra ni tenir jusqu’au 4 septembre, ni être reconduit l’an prochain.
Numéros de contact du programme : (509) 3706-1293 / 4778-4763 / 3765-5899 / 3891-5960 / 4750-1808 / 4394-6556.
La rédaction
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