Port-au-Prince, 10 août 2026 — Vingt-quatre heures. C’est le délai qu’un ancien magistrat devenu avocat, Me André Joël Petit-Homme, laisse à Jean Paul Étienne, responsable d’Info-Vérité Haïti, pour prouver — ou retirer — une accusation qui pourrait valoir à ce dernier un procès pour diffamation devant le Tribunal correctionnel de Port-au-Prince.
En cause : un article publié le 5 août 2026 sur le média Info-vérité sous le titre « L’ONA fonctionne de scandale en scandale… », qui affirme que Me Petit-Homme aurait été « révoqué par le Ministère de la Justice pour détournement de bijoux de grande valeur et d’une importante somme d’argent lors d’une perquisition ». Une accusation grave, jamais étayée par la moindre pièce, selon l’intéressé.
Une sommation, deux étapes
L’offensive judiciaire ne part pas de zéro. Dès le 6 août, au lendemain de la publication, Me Petit-Homme avait fait parvenir à Info-Vérité Haïti et à M. Mackenson Ocean de Rezolatibonit, un démenti formel exigeant le retrait de l’article et une rétractation publique sous 24 heures. Sans effet, selon lui.
Faute de réponse, l’avocat a fait franchir un cap à l’affaire : le 10 août 2026, assisté de ses confrères Mes Youvens Phanor et Jean Miguel Fortune, il a fait signifier par exploit d’huissier une sommation formelle de confirmer ou de se rétracter — une procédure qui, en droit haïtien, ouvre directement la voie à une action pénale pour diffamation si elle reste lettre morte.
Contacté par notre rédaction, Me Petit-Homme a également informé que la même sommation sera signifiée le 12 Août à Saint-Marc à Mackenson Océan, ainsi qu’à la structure Rezolatibonit. Le document est d’ores et déjà en possession de l’huissier chargé de procéder à sa signification à Saint-Marc.
« Produisez vos preuves »
Le message adressé à Jean Paul Étienne est sans ambiguïté : s’il maintient ses affirmations, qu’il les documente. L’exploit exige la production de toute pièce recevable devant un tribunal — décision judiciaire ou administrative de révocation, procès-verbal de perquisition, document écrit, enregistrement audio ou vidéo, témoignage identifiable.
Me Petit-Homme oppose à cette accusation sa propre version des faits : il n’aurait jamais été révoqué, mais aurait démissionné de la magistrature le 6 avril 2001, dans une lettre adressée au Ministre de la Justice, en raison de menaces visant sa sécurité et celle de sa famille — des menaces qu’il attribue à sa collaboration avec la Drug Enforcement Administration (DEA) et la Brigade antidrogue de la Police nationale d’Haïti dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. Il évoque également un séjour temporaire de deux mois aux États-Unis à cette période.
Un jour franc avant l’action pénale
Le compte à rebours est désormais lancé : un jour franc pour confirmer les propos et produire les preuves, ou pour les rétracter. À défaut, Me Petit-Homme annonce qu’il saisira le Tribunal correctionnel de Port-au-Prince pour diffamation et calomnie, sur le fondement des articles 313, 314 et 318 du Code pénal, avec en ligne de mire des dommages-intérêts pour les préjudices moral, professionnel et matériel qu’il dit avoir subis.
Un test pour la presse numérique haïtienne
Au-delà du cas individuel, cette affaire relance un débat récurrent en Haïti : jusqu’où va la liberté d’informer sur les réseaux sociaux et les plateformes numériques, et à partir de quel moment une accusation non vérifiée engage la responsabilité juridique de son auteur ?
Dans un paysage médiatique où l’information circule vite et où les mises en demeure se multiplient, l’issue de ce dossier pourrait servir de précédent.
📲 Rejoignez Le Quotidien 509
Recevez nos dernières nouvelles directement sur votre téléphone via notre chaîne WhatsApp officielle.
🚀 Rejoindre la chaîne WhatsApp


