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De citoyen à électeur : pouvoir exercer son droit de vote

Lequotidien509 by Lequotidien509
août 10, 2026
in Actualités
Reading Time: 6 mins read

Être citoyen donne le droit de vote. Mais pour voter aux élections, encore faut-il devenir électeur.

Le Conseil électoral provisoire appelle les citoyens à s’inscrire en vue des prochaines élections. L’inscription électorale est une étape indispensable : pour voter, il faut d’abord être électeur.

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Tous les citoyens ne feront pas nécessairement le choix de participer. Dans le contexte actuel, certains peuvent estimer, en toute conscience civique, qu’il n’y a pas lieu de prendre part aux élections annoncées. D’autres considèrent que voter est aussi un devoir. Ils tiennent alors à participer au scrutin comme électeurs, même si leur choix devait s’exprimer par un vote blanc.

Mais qu’en est-il du citoyen qui veut participer à un processus électoral crédible et élire des représentants légitimes ?

Cette question mérite d’être posée au moment où, en dépit de la permanence d’obstacles majeurs irrésolus, on avance délibérément avec l’inscription électorale. Le calendrier électoral fixe au 13 octobre 2026 la fin de l’inscription des électeurs et au 13 décembre 2026 le premier tour des élections. Soixante et un jours séparent ces deux dates. Mais entre posséder le droit de vote et pouvoir effectivement l’exercer, plusieurs opérations doivent être accomplies. Et dans le climat d’insécurité que connaît le pays, chacune d’elles mérite d’être évaluée dans sa réalité.

L’ouverture de l’inscription dans un département ne signifie pas nécessairement que tous les citoyens de ce département peuvent s’inscrire. Le département de l’Ouest en offre une illustration évidente. Certaines parties du territoire sont difficilement accessibles ou contrôlées par des groupes armés. Des déplacements ordinaires y sont devenus dangereux ou impossibles.

Il faut donc aller au-delà de l’annonce de l’ouverture des inscriptions.

Où les citoyens peuvent-ils effectivement s’inscrire ? Quelles communes, sections communales, quartiers ou zones sont réellement desservis ? Combien de temps les services d’inscription y auront-ils fonctionné ? Et surtout, les citoyens qui y résident peuvent-ils les atteindre sans mettre leur sécurité en danger ? La distinction est fondamentale.

Un citoyen peut décider de ne pas s’inscrire parce qu’il ne souhaite pas participer aux élections. Un autre peut vouloir voter mais ne pas pouvoir accomplir les démarches nécessaires à son inscription. Dans les deux cas, ils ne figureront pas sur la liste électorale. Mais politiquement, ces deux absences ne disent pas la même chose.

On pense généralement à l’insécurité électorale en imaginant le jour du scrutin : un Centre de Vote inaccessible, des électeurs qui ne peuvent pas se déplacer, un Bureau de Vote qui ne peut pas fonctionner. Mais l’empêchement peut intervenir beaucoup plus tôt. Il peut empêcher le citoyen de devenir électeur.

Et cette première exclusion est particulièrement importante parce qu’elle risque ensuite de devenir invisible. Celui qui est inscrit mais ne peut pas voter le jour du scrutin figure au moins sur la liste électorale. Son absence peut être constatée dans la participation. Celui qui voulait voter mais n’a jamais pu s’inscrire n’entre même pas dans cette population de référence.

L’absence de l’électeur inscrit peut être mesurée. Celle du citoyen empêché de devenir électeur risque de ne plus l’être. Lorsque viendra le moment de parler du taux de participation, il faudra donc se souvenir d’une question antérieure : combien de citoyens souhaitant participer ont réellement eu la possibilité de s’inscrire ?

Une fois inscrit, l’électeur doit encore pouvoir exercer son droit.

Il doit connaître son Centre et son Bureau de Vote et pouvoir s’y rendre. Le décret électoral du 2 juin 2026 prévoit que le CEP publie la liste des Centres de Vote au moins trente jours avant le scrutin. Cette disposition répond à une nécessité évidente : l’électeur doit savoir où voter. Mais connaître son Centre de Vote et pouvoir y accéder sont deux réalités différentes.

Si l’insécurité a modifié la circulation des populations, rendu certains lieux inutilisables ou imposé le déplacement de Centres de Vote, l’information donnée à l’électeur devient elle-même une composante essentielle de l’exercice de son droit.

Ainsi, entre le citoyen qui souhaite voter et le bulletin qu’il déposera éventuellement dans l’urne se trouve toute une chaîne : inscription, liste électorale, affectation à un Bureau de Vote, information, déplacement, accès au bureau de vote puis accès à l’urne. Il suffit qu’un maillon soit rompu pour que le droit reconnu ne puisse être exercé.

Le décret ajoute une autre dimension à cette question : celle des Haïtiens vivant à l’étranger.

Son article 384 prévoit que l’Haïtien vivant à l’étranger, ayant la qualité d’électeur, peut se prononcer sur la ratification populaire dans les limites prévues par le texte et voter pour élire le Président de la République dans les communautés haïtiennes de la diaspora dûment identifiées par le CEP.

L’article 385 renvoie cependant à une étape supplémentaire : un arrêté pris en Conseil des ministres, sur proposition du CEP, doit déterminer les lieux et les modalités de ce vote ainsi que les contestations qui peuvent en découler.

La question du passage de citoyen à électeur se pose donc également pour l’Haïtien de la diaspora. Comment acquiert-il concrètement la qualité d’électeur ? Où s’inscrit-il ? À quelle liste sera-t-il rattaché ? Quelles communautés haïtiennes de l’étranger seront identifiées par le CEP ? Où le vote sera-t-il organisé ?

Si cette disposition doit être effective dès les prochaines élections, elle implique encore des décisions et des opérations qui doivent être réalisées suffisamment tôt pour ne pas compromettre les échéances annoncées.

Et ces opérations ne concernent pas uniquement les électeurs de la diaspora. Les candidats ainsi que les partis politiques devront eux aussi connaître suffisamment tôt les lieux et les modalités du vote afin de pouvoir organiser leur participation et le contrôle des opérations électorales à l’étranger.

La question des délais apparaît donc ici avec une particulière acuité. Il ne suffit pas qu’une possibilité de voter soit prévue par le décret. Il faut que les mécanismes permettant de l’exercer soient mis en place et que l’information soit communiquée en temps utile. L’inscription, point de départ de cette organisation, ne constitue donc pas une simple formalité administrative préalable au scrutin.

La répartition territoriale des électeurs inscrits contribuera à l’organisation des Bureaux de Vote. Elle intéresse également les candidats et les partis politiques, qui doivent savoir où se trouvent les électeurs et où seront organisés les Bureaux de Vote afin de pouvoir y déployer les mandataires chargés de suivre les opérations.

Le citoyen qui s’inscrit ne fait donc pas seulement inscrire son nom sur une liste. Avec tous les autres citoyens qui accomplissent la même démarche, il contribue à constituer le corps électoral auquel sera demandé de choisir les prochains élus. C’est pourquoi la couverture réelle de l’inscription mérite d’être connue.

On parle beaucoup de la date des élections. Mais le droit de vote se joue bien avant cette date. Entre la clôture des inscriptions, le 13 octobre, et le premier tour des élections présidentielles et législatives, le 13 décembre, le CEP devra accomplir les opérations nécessaires à la préparation du scrutin dans un délai qui permette à chacun de prendre pleinement part au processus par lequel s’exprime la souveraineté nationale.

L’insécurité pourra expliquer certaines difficultés. Elle ne dispense cependant pas de les identifier, car il faudra pouvoir distinguer celui qui pouvait participer et a choisi de ne pas le faire, celui qui voulait voter mais n’a pas pu devenir électeur, et celui qui, devenu électeur, n’a finalement pas pu accéder au vote. Ce sont trois réalités différentes.

Et avant de demander combien d’électeurs se rendront aux urnes le 13 décembre, une question plus immédiate se pose aujourd’hui : Le citoyen qui veut voter pourra-t-il effectivement voter ?

Chantal Volcy Céant
10 août 2026

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