Port-au-Prince, 9 août 2026 — La crise sécuritaire continue de ravager Haïti, et l’ancien Premier ministre Laurent Lamothe relance un débat récurrent : la reconstruction de l’armée haïtienne. Dans un message publié dimanche sur X, il affirme qu’une force militaire nationale forte constitue, selon lui, la seule solution durable face aux gangs armés.
« J’ai dit à plusieurs reprises : SEULE une armée haïtienne forte est la solution à long terme à la crise des gangs », a-t-il écrit, ajoutant : « Sinon pwoblèm pap fini ! »
Une armée de 10 000 à 15 000 hommes
L’ancien chef du gouvernement propose la constitution d’une force militaire comprise entre 10 000 et 15 000 hommes, rapidement équipée, entraînée et déployée pour sécuriser les territoires repris aux gangs. Il présente cette initiative comme complémentaire — et non substitutive — aux opérations en cours, insistant sur la nécessité de « tenir » durablement les zones libérées plutôt que de se limiter à des offensives ponctuelles. Il évoque par ailleurs ce qu’il perçoit comme une inflexion de la politique américaine, Washington ayant selon lui privilégié depuis 1995 le seul renforcement de la Police nationale d’Haïti (PNH).
La GSF, une force internationale déjà en place
Cette sortie intervient alors que la Gang Suppression Force (GSF), ou Force de répression des gangs, poursuit son déploiement sur le terrain. Elle est commandée par le major-général mongol Erdenebat Batsuuri, arrivé à Port-au-Prince en mai 2026. Fort de plus de trente ans d’expérience militaire, notamment lors de missions de maintien de la paix à Chypre, au Soudan du Sud, au Soudan, en Sierra Leone, au Kosovo et en Irak, et diplômé de l’U.S. Army War College, le général doit diriger une force visant environ 5 500 personnels, militaires et policiers confondus. La GSF a succédé à la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS), avec un mandat renforcé.
Un débat ancien, remis au premier plan
La question du retour d’une armée nationale n’est pas nouvelle : elle demeure sensible depuis la dissolution des Forces armées d’Haïti en 1995 par Jean Bertrand Aristide. Mais l’appel de Lamothe resurgit à un moment charnière, celui d’une nouvelle intervention internationale contre les gangs, posant une question de fond : qui prendra le relais une fois les opérations de la GSF achevées ?
Un scepticisme qui s’impose
Reste que la proposition de Laurent Lamothe soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Aucun calendrier, aucun financement, aucun cadre institutionnel précis n’accompagne cet appel. Entre l’annonce d’une intention sur les réseaux sociaux et la mise sur pied effective d’une force de 15 000 hommes bien équipée et disciplinée, le chemin reste, pour l’heure, largement théorique.
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