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1995-2026 : 31 ans plus tard, Haïti paie les conséquences de la dissolution de l’Armée par Aristide

En 1995, Jean-Bertrand Aristide dissolvait les Forces armées d'Haïti sans plan de démobilisation ni de reconstruction. Trente et un ans plus tard, alors que les gangs contrôlent jusqu'à 90 % de Port-au-Prince, l'ambassadeur de France Antoine Michon, Crisis Group, l'ONU, Amnesty International et InsightCrime dessinent, chacun à leur manière, la même ligne de continuité entre ce vide sécuritaire et la crise actuelle. Chiffres, citations inédites et sources à l'appui. Analyse historique et sécuritaire.

Lequotidien509 by Lequotidien509
août 4, 2026
in A la une, Analyse, Enquête, Opinion
Reading Time: 12 mins read
1995-2026 : 31 ans plus tard, Haïti paie les conséquences de la dissolution de l’Armée par Aristide

Port-au-Prince, 4 Aout 2026, Au terme de sa mission en Haïti, l’ambassadeur de France Antoine Michon n’y est pas allé par quatre chemins : « L’une des décisions les plus funestes qu’un gouvernement haïtien ait prises » reste, selon lui, la dissolution de l’armée — un jugement qu’il est allé jusqu’à qualifier de « la pire jamais prise en Haïti ». Ces propos ont été recueillis directement par la rédaction du Quotidien 509, présente le 30 juillet 2026 au petit-déjeuner de presse organisé par l’ambassadeur, en fin de mission, à sa résidence officielle de Bourdon.

L’ambassadeur a bien situé cette décision dans le temps : elle date de 1995, sous la présidence de Jean-Bertrand Aristide, revenu d’exil quelques mois plus tôt après le coup d’État militaire de 1991.

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Une armée liquidée, un matériel disparu

Selon l’ambassadeur, dans le cadre de cette dissolution, l’essentiel du matériel militaire du pays s’est volatilisé. Haïti n’a aujourd’hui pratiquement aucun stock militaire propre. Antoine Michon l’a illustré par un exemple concret devant la rédaction du Quotidien 509 : l’unique hélicoptère actuellement utilisé par les forces haïtiennes est financé par Taïwan — signe, selon lui, de la dépendance totale du pays envers des dons étrangers, faute d’avoir reconstitué un parc militaire national. Où sont passées les armes et équipements des Forces armées d’Haïti (FADH) ?

Les chiffres donnent la mesure de l’effondrement. À la fin des années 1980, la FADH comptait encore autour de 7 000 à 9 000 hommes, selon le Small Arms Survey (Haïti : les chemins de la transition). Dès les mois précédant la dissolution officielle, sous la pression conjointe du retour d’Aristide et de la présence militaire américaine déployée à partir de septembre 1994, les effectifs fondent : à Noël 1994, il ne reste plus que 1 500 militaires en service. Environ 3 000 anciens soldats sont alors reversés dans une force de police intérimaire, après un simple contrôle de dossier et une semaine de formation — sans réel programme de démobilisation, de réinsertion ni de récupération systématique des armes individuelles.

Ce sont ces mêmes hommes, brutalement privés de leur statut et de leurs galons, frustrés et souvent toujours armés, qui se retrouvent livrés à eux-mêmes dans les rues.

La disparition d’un système de renseignement

Au-delà des armes, c’est tout un système de renseignement national qui s’est effondré avec la FADH. Interrogé par notre rédaction, l’historienne Michèle Oriol a détaillé la manière dont fonctionnait ce dispositif du temps des Forces armées d’Haïti : un système de renseignement et de remontée d’information qui commençait jusque dans les plus petites sections communales du pays, et remontait section par section jusqu’à la plus haute hiérarchie militaire. Selon elle, ce maillage territorial fonctionnait sans les outils technologiques d’aujourd’hui — mais il fonctionnait, permettant à l’institution militaire d’avoir un œil sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones les plus reculées.

« Le système de renseignement n’était pas uniquement un service militaire, mais un système gouvernemental, et il a fonctionné jusqu’en 1994. C’était un système interministériel impliquant la migration, les collectivités territoriales, la diplomatie, la douane, les frontières, les ports — et les informations étaient vérifiables et équilibrées. Les chefs de section rendaient des comptes au commandement qui acheminait ensuite le rapport au Palais national. Il n’y avait pas de place pour les commérages, car tout pouvait être vérifié. Le service de renseignement, au temps des militaires, était un système gouvernemental efficace et n’était pas uniquement l’affaire des FADH. L’intelligence et les renseignements étaient un système gouvernemental lors, aujourd’hui, on ne peut pas décharger la totalité de cette responsabilité sur la Police nationale », a ajouté Michèle Oriol.

Ce système, il est vrai, pouvait s’accompagner, à l’époque, dans certains cas, d’un volet répressif bien réel, que l’histoire a largement documenté, notamment via la Commission nationale de vérité et de justice mise en place après 1994.

Signe que ce vide reste identifié comme un problème central 31 ans plus tard. L’assassinat du président Jovenel Moïse à sa résidence privé à Pélerin 5 est aussi une preuve de cette défaillance. Lors de son bilan de fin de mission le 30 juillet 2026, l’ambassadeur Michon a lui-même plaidé pour « la mise en place le renforcement efficace des forces de l’ordre — une préconisation qui, de fait, rejoint le constat dressé par Michèle Oriol sur ce qui a été perdu en 1995.  Antoine Michon avait déjà fait les mêmes déclarations dans une conférence à l’Université Quisqueya, il y a quelques mois.

Des « chimères » aux chefs de gangs : une filiation documentée

Sans détour, on peut avancer que la décision de Jean-Bertrand Aristide — prise sous l’influence de certains partenaires internationaux — a coûté cher à Haïti, trois décennies plus tard.

Plusieurs organisations de défense des droits humains ont documenté le rôle joué par l’entourage d’Aristide dans la formation, au tournant des années 2000, de groupes de jeunes armés surnommés les « chimères ». Ces groupes, mobilisés à l’origine pour protéger le pouvoir Lavalas face à ses opposants, ont bénéficié d’un soutien de fait de l’État et du parti Fanmi Lavalas, avant de prendre le contrôle de quartiers entiers et de gagner en autonomie. Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a souligné à plusieurs reprises que la plupart des membres de ces groupes n’ont jamais été poursuivis, dans un contexte d’impunité généralisée.

Ce sont ces mêmes réseaux, transformés au fil de deux décennies, qui ont donné naissance aux structures armées d’aujourd’hui — des chefs de gangs qui ont depuis appris à maîtriser les circuits financiers, les jeux d’influence politique et les réseaux de trafic, au point d’échapper largement au contrôle de leurs premiers commanditaires. Les discours de haine qui ont accompagné cette période ont eux aussi laissé des traces profondes ; la société haïtienne reste aujourd’hui fracturée sur ce narratif.

D’autres organisations internationales de référence retracent une histoire similaire, mais recentrée sur la période post-2017. Le Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), à travers son Observatoire de la violence et de la résilience en Haïti, documente comment les gangs sont passés du statut de simples auteurs de violences à celui de véritables courtiers de pouvoir, contrôlant aujourd’hui environ 85 % de Port-au-Prince et recherchant une forme de reconnaissance politique.

Amnesty International, de son côté, situe le point de bascule de la crise actuelle après l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, qui a laissé le pays sans autorité effective et permis aux gangs armés de profiter du vide du pouvoir pour étendre leur emprise sur des pans entiers du territoire.

C’est cependant InsightCrime, organisation spécialisée dans le suivi du crime organisé en Amérique latine et dans les Caraïbes, qui documente le plus précisément la connexion entre gangs et pouvoir exécutif haïtien. Dans son profil consacré à Jimmy Chérizier, alias « Barbecue », InsightCrime rapporte que le réseau de ce dernier — la fédération G9 an Fanmi e Alye, fondée en 2020 — aurait été directement soutenu par le président Jovenel Moïse. Selon des accusations documentées par des observateurs des droits humains, le gouvernement Moïse aurait fourni argent, armes, véhicules et protection à certains bandits à l’occasion de plusieurs massacres qualifiés de « parrainés par l’État », dont celui de La Saline en novembre 2018. Selon un haut responsable gouvernemental cité par InsightCrime, avant l’assassinat de Moïse en juillet 2021, 50 % du financement du G9 provenait directement de fonds publics, 30 % des enlèvements contre rançon et 20 % de l’extorsion — un ratio qui aurait chuté après la mort du président, le financement d’origine étatique reculant alors d’environ 30 %.

Il faut noter que ce lien de filiation reste débattu : la question du contrôle de l’État sur les chimères à l’époque, comme celle de la responsabilité pénale individuelle d’Aristide ou de son parti, n’a jamais été tranchée devant une juridiction internationale. Aucune figure de Lavalas n’a été formellement sanctionnée en tant que cofondateur de groupes armés — pas plus, d’ailleurs, que les premières milices apparues sous le régime de François Duvalier n’ont donné lieu à des poursuites équivalentes. Aristide, de son côté, continue de bénéficier d’une forme de protection sur la scène internationale.

Ironie de la situation, plusieurs observateurs font remarquer qu’aujourd’hui, une partie des militaires réintégrés au sein des nouvelles FADH assureraient également des missions de sécurité rapprochée autour de Jean-Bertrand Aristide lui-même — soit, trente ans plus tard, une garde armée d’État autour de l’homme dont la décision a précipité la disparition de cette même armée. Cette observation, largement relayée dans les cercles d’analystes sécuritaires haïtiens, n’a pas fait l’objet d’une confirmation officielle du ministère de la Défense.

Ce que les gangs contrôlent aujourd’hui

Trente et un ans après la dissolution de la FADH, les chiffres de 2026 donnent la mesure du basculement. Selon les estimations des Nations unies, les groupes armés réunis dans la coalition Viv Ansanm contrôlent entre 85 et 90 % de Port-au-Prince et de son agglomération, et ont étendu leur emprise à trois des dix départements du pays. L’ONU recense environ 2 300 morts liés à la violence armée depuis le début de l’année 2026, et l’Organisation internationale pour les migrations évalue à un niveau record de 1,5 million le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays — plus de la moitié étant des femmes et des filles. Depuis janvier 2026, plus de 110 000 Haïtiens ont par ailleurs été renvoyés de force vers leur pays, aggravant une crise humanitaire déjà critique.

Face à cette situation, le Conseil de sécurité des Nations unies a autorisé en 2025 la mise en place d’une Force de répression des gangs (GSF), appelée à remplacer la Mission multinationale d’appui à la sécurité et à atteindre à terme environ 5 500 personnels — un déploiement encore progressif et confronté à des difficultés de financement chroniques.

La France annonce un plan de formation militaire de 100 soldats par an

Trois décennies après avoir vu la FADH démantelée sans plan de reconstruction, Haïti tente de recomposer une force armée. Le processus a été relancé en 2017 sous la présidence de Jovenel Moïse : le 18 novembre 2017, à l’occasion du 214ᵉ anniversaire de la bataille de Vertières, environ 150 soldats formés en Équateur avaient défilé au Cap-Haïtien, avant l’installation, le 27 mars 2018, d’un nouvel État-major des FADH.

C’est dans le prolongement de cette remobilisation que s’inscrit l’annonce faite par l’ambassadeur Antoine Michon le 30 juillet 2026, lors d’un point de bilan avec la presse haïtienne à sa résidence de Bourdon : la France finance un programme qui permet de former chaque année environ 400 policiers et 100 militaires haïtiens, dans le cadre du partenariat SABRE de coopération sécuritaire. Cet accompagnement avait déjà pris une forme concrète en novembre 2024, quand un premier contingent d’une vingtaine de soldats des FADH s’était rendu en Martinique pour une formation spécialisée aux techniques de maintien de l’ordre et aux opérations de sécurité publique, ainsi que l’avait rapporté Le Quotidien 509.

Cent militaires formés par an reste toutefois un chiffre modeste face à l’ampleur de la tâche : à ce rythme, il faudrait plusieurs décennies pour reconstituer les effectifs perdus en 1995. Le ministère haïtien de la Défense a lui-même évoqué l’objectif, à plus long terme, de former 20 000 militaires sur cinq ans, selon Le Nouvelliste.

Crisis Group : une généalogie politique des gangs, des sanctions à sens unique

Le Rapport 110 de l’International Crisis Group, intitulé « Haïti : démanteler l’alliance meurtrière des gangs » et publié le 15 décembre 2025, vient étayer ce même constat avec une profondeur historique inédite — un rapport déjà relayé par Le Quotidien 509dès sa publication.

Fondé sur plus de 300 entretiens menés entre 2022 et 2025, le rapport fait remonter le recours à des forces parallèles jusqu’à François Duvalier, dit « Papa Doc », qui s’appuya dès 1957 sur des réseaux de voyous pour intimider ses adversaires avant de les institutionnaliser sous la forme des Tontons Macoutes — une milice qui dépassa rapidement l’armée haïtienne en effectifs. Selon Crisis Group, « les gangs actuels trouvent une partie de leurs racines dans les “chimères” apparues à la fin des années 1990 », des petits groupes armés soutenus par le parti Fanmi Lavalas de Jean-Bertrand Aristide et localement appelés « baz », qui ont évolué au fil du temps vers les structures criminelles autonomes d’aujourd’hui. Dès le début des années 2000, précise le rapport, « des responsables politiques et des élites économiques ont commencé à instrumentaliser ces groupes pour intimider des rivaux, influencer les élections, protéger des intérêts privés et régler des conflits économiques » — une frontière entre politique, criminalité et économie qui s’est progressivement effacée.

Le rapport retrace ensuite l’échec des réponses sécuritaires successives : la campagne militaire de l’ONU lancée en 2007, qui a réduit temporairement les violences mais laissé un lourd héritage (abus sexuels, épidémie de choléra introduite par des Casques bleus népalais), puis l’explosion de la violence après l’assassinat de Jovenel Moïse le 7 juillet 2021. Depuis 2022, Crisis Group dénombre près de 16 000 morts et 1,4 million de déplacés — environ 12 % de la population —, plus de 1 600 écoles fermées et un recrutement d’enfants par les groupes armés en hausse de 70 % en 2024.

C’est cependant sur le terrain des sanctions internationales que le rapport soulève la question la plus dérangeante. Il relève l’absence quasi totale de sanctions visant une figure de Fanmi Lavalas ou un proche d’Aristide, alors même que les racines historiques des gangs remontent aux chimères de cette mouvance. À l’inverse, une analyse des sanctions canadiennes montre que la majorité des personnalités visées sont des acteurs s’étant, à un moment ou un autre, opposés à Aristide — une asymétrie encore illustrée par le parcours de Marjorie Michel, fille de l’ancien Premier ministre d’Aristide Smarck Michel, ex-cheffe de cabinet de Justin Trudeau durant la période des sanctions et aujourd’hui ministre de la Santé du Canada.

En effet, ourquoi aucune figure politique majeure de Fanmi Lavalas n’a-t-elle jamais été sanctionnée malgré le rôle historique des chimères, et les sanctions internationales répondent-elles à une logique de justice ou à des équilibres politiques hérités du passé ?

Bandits à cravates, bandits à sapates : une justice à deux vitesses ?

Lors de ce même point de presse du 30 juillet 2026, où la rédaction du Quotidien 509 était présente, l’ambassadeur Michon a élargi son propos bien au-delà des seuls groupes armés. « Il faut une prise de conscience collective, contre les criminels à cravate et en sapates, contre la perversion interne des institutions minées par la corruption », a-t-il lancé, plaidant pour un combat mené sur deux fronts à la fois : celui des élites économiques et politiques — les « bandits à cravates » — et celui des chefs de gangs et hommes de main armés — les « bandits à sapates ».

L’ambassadeur a été plus loin, avertissant que les Haïtiens ont tendance à chercher des « bourreaux extérieurs », alors que, selon lui, « les traîtres sont bien là parmi vous, et ce sont eux qui donnent le ton ». Une charge appuyée sur un chiffre frappant : environ 1 à 5 % de la population haïtienne détiendrait près de 95 % des richesses du pays, un déséquilibre qui nourrit directement l’instabilité et l’impunité.

Reste une question que ce discours, aussi frontal soit-il, laisse en suspens. Car dans les faits, qu’ils portent la cravate ou les sapates, qu’ils soient identifiés ou anonymes, une bonne partie de ces acteurs échappe simultanément aux mêmes mécanismes de reddition de comptes. Les cravates profitent souvent de statuts diplomatiques, d’exils confortables ou de dossiers classés sans suite ; les sapates bénéficient, elles, d’accords de désarmement, de sanctions internationales symboliques sans condamnation effective, voire, comme l’illustre le cas d’Aristide sur la scène internationale, d’une forme de protection politique qui perdure des décennies après les faits.

De qui parle-t-on, au fond, quand cravates, sans-cravates, sapates et sans-sapates finissent presque tous, à un moment ou à un autre, par bénéficier d’un filet de protection international ? Cette asymétrie nourrit, chez de nombreux Haïtiens, un sentiment tenace : celui d’une justice internationale à double vitesse, où la sanction dépend moins de la gravité des faits que de la position de celui qui les a commis.

Un débat qui reste ouvert

Sans langue de bois, l’enchaînement des faits — dissolution sans plan de réinsertion, disparition du renseignement territorial, montée des milices politiques, puis mutation en gangs autonomes contrôlant l’essentiel de la capitale — dessine une ligne de continuité que plusieurs diplomates, historiens et organisations de défense des droits humains jugent difficile à ignorer. D’autres acteurs, dont les partisans de Fanmi Lavalas, contestent une lecture qui ferait porter à un seul homme et à une seule décision le poids de trente ans de défaillances de l’État, de trafics d’armes régionaux et d’absence de volonté politique successive pour reconstruire une force de sécurité crédible.

Ce que confirment en tout cas les chiffres de 2026, c’est qu’Haïti aborde cette crise avec un outil encore balbutiant — une armée nationale reconstituée depuis 2017, mais dont les effectifs, la formation et le renseignement restent très en deçà de ce qu’exigerait la reconquête du territoire perdu face aux gangs.

C’est peut-être l’ambassadeur Michon, en repartant, qui a trouvé la formule la plus dure pour résumer ce legs. Empruntant à l’hymne national haïtien, qui proclame « Dans nos rangs point de traîtres », il a lâché, sans détour, devant la presse haïtienne réunie à Bourdon : « Les traîtres sont bien là parmi vous, et ce sont eux qui donnent le ton. »

Trente et un ans après avoir désarmé sa propre armée — sans lui trouver de remplaçant, sans démobiliser ses hommes, sans reconstruire son renseignement — Haïti n’a peut-être pas seulement perdu une institution en 1995. Elle a perdu, avec elle, le monopole de la force que tout État doit exercer pour protéger les siens. Et c’est ce vide, plus qu’aucune décision isolée, que cravates et sapates, chimères d’hier et gangs d’aujourd’hui, se disputent désormais, chacun à sa manière, dans une impunité que ni Port-au-Prince ni la communauté internationale n’ont, à ce jour, réellement voulu combler.

La rédaction

 

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Tags: armeedissolutionhaiti

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