Le jeudi 6 août 2026, de 11 h à 13 h, l’Université Quisqueya organisera une conférence intitulée « Secteur privé et gouvernance politique en Haïti : opportunités, possibilités et limites ».
L’objectif est de réunir les principaux acteurs du monde économique, universitaire et médiatique afin d’examiner les contributions, mais aussi les contraintes, du secteur privé dans la gouvernance du pays.
L’introduction sera assurée par le recteur de l’Université Quisqueya, Jacky Lumarque.
Les échanges réuniront plusieurs personnalités du monde économique et académique :
- Richard Coles, PDG et entrepreneur, interviendra sur « Rôle et responsabilité du secteur privé » ;
- Frédéric Gérald Chéry, économiste et professeur d’université, développera le thème « Gouvernance, institutions et cadre réglementaire » ;
- Robert Paret Jr, président de ProFin, abordera « Financement, inclusion et stabilité économique » ;
- Michèle Oriol, professeure d’université, participera en qualité de discutante.
La conférence sera modérée par Frantz Duval, rédacteur en chef du Nouvelliste, autour des perspectives médiatiques et de la communication publique.
Le secteur privé revendique désormais un rôle politique
Cette conférence intervient quelques jours après des déclarations qui ont marqué le débat public.
Invité de Haïti Inter, l’homme d’affaires Richard Coles a clairement indiqué que le secteur privé disposera de ses propres candidats lors des prochaines élections en Haïti, confirmant une volonté de participer directement à la conquête du pouvoir plutôt que de demeurer un simple acteur économique.
Ces propos traduisent une évolution majeure. Depuis des décennies, le secteur privé est considéré comme un acteur incontournable des décisions économiques du pays. Désormais, certains de ses représentants souhaitent assumer ouvertement une présence sur le terrain politique.
Le projet Attali et le modèle dominicain
Cette nouvelle dynamique s’inscrit dans un ensemble d’initiatives qui dépassent le cadre national.
Selon des informations obtenues par Le Quotidien 509 auprès de sources proches du dossier, la démarche portée autour de Jacques Attali est initiée par le Groupe Coles et le Groupe Macaya.
Toujours selon ces sources, l’objectif serait de s’inspirer du modèle de développement économique mis en œuvre en République dominicaine, dont Jacques Attali est l’un des principaux concepteurs intellectuels, afin d’adapter certaines orientations au contexte haïtien.
Parallèlement, l’Union européenne a invité Haïti à intégrer Global Gateway, son vaste programme d’investissements internationaux doté d’une enveloppe pouvant atteindre 400 milliards d’euros, destiné à financer des infrastructures stratégiques, les transports, l’énergie, l’économie numérique, l’agriculture et le développement du secteur privé.
Toutefois, selon nos sources, le secteur privé haïtien n’a, à ce jour, pas encore officiellement désigné de représentants pour participer aux discussions techniques avec les partenaires européens dans le cadre de Global Gateway.
Cette information, vérifiée auprès de différentes sources dont une proche du secteur privé, soulève des interrogations sur la capacité des principaux acteurs économiques à se mobiliser rapidement autour de cette opportunité de financement.
Une ambition qui interroge
L’annonce d’une implication directe du secteur privé dans les prochaines élections ouvre un débat qui dépasse largement le calendrier électoral.
Depuis plusieurs décennies, les principaux groupes économiques occupent une place prépondérante dans l’économie haïtienne. Pour certains, ils ont permis de maintenir des pans entiers de l’activité économique malgré les crises sécuritaires et politiques successives. Pour d’autres, ils ont également bénéficié d’une influence considérable sur les choix économiques du pays, dans un système souvent critiqué pour la concentration des richesses, des marchés et du pouvoir.
Dès lors, plusieurs questions demeurent.
Le secteur privé souhaite-t-il aujourd’hui transformer en pouvoir politique une influence économique déjà largement acquise ? Les nouvelles ambitions électorales répondent-elles à une volonté sincère de réformer l’État ou traduisent-elles une nouvelle stratégie d’influence ? Enfin, ceux qui ont participé, directement ou indirectement, à façonner le modèle économique haïtien disposent-ils des solutions pour sortir le pays de l’impasse ? Quelle est la responsabilité du secteur privé dans la gangstérisation qui s’est installée en Haïti ? Quelle est la responsabilité du secteur privé dans l’absence d’hôpitaux et centre de santé modernes, de salle de cinéma, d’espaces d’apprentissage et d’épanouissement pour les jeunes? …. Beaucoup de questions attendent le secteur privé…
La conférence de l’Université Quisqueya pourrait apporter des éléments de réponse. Une chose est certaine : le débat ne porte plus seulement sur la place du secteur privé dans l’économie. Il concerne désormais son rôle dans la gouvernance et, potentiellement, dans la direction politique d’Haïti.
La rédaction
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