Par-delà le lancement officiel des opérations d’inscription des électeurs dans le département de l’Ouest, la première journée a mis en lumière les profondes fragilités qui continuent de menacer le processus électoral. Entre défaillances techniques, difficultés d’accès et insécurité persistante, les ambitions du Conseil électoral provisoire (CEP) se heurtent à une réalité qui pourrait compromettre le droit de vote de milliers de citoyens.

Le jeudi 30 juillet 2026, le Conseil électoral provisoire (CEP) a officiellement lancé les opérations d’inscription des électeurs dans le département de l’Ouest.
Pour cette première phase, dix Centres d’inscription et de vote (CIV) ont été mis en service : cinq à Pétion-Ville, trois à Delmas et deux à Tabarre.
Une étape présentée comme essentielle en vue des élections dont le premier tour est prévu le 13 décembre prochain.
Cependant, derrière cette mise en route, les premiers incidents observés soulèvent déjà de sérieuses interrogations quant à la capacité des autorités à mener un processus électoral crédible et inclusif.
Selon les constatations d’un reporter de LeQuotidien509, plusieurs citoyens se sont vu refuser leur inscription parce que les lecteurs biométriques utilisés dans les centres étaient incapables de reconnaître leur Carte d’identification nationale (CIN), pourtant délivrée par l’Office national d’identification (ONI).
Cette anomalie aurait notamment touché des cartes dont les empreintes biométriques ne figureraient pas correctement dans le système.
Le problème dépasse largement une simple panne technique. Il révèle les failles persistantes de la gestion de l’identité nationale, alors même que cette carte constitue le document officiel permettant aux citoyens d’exercer leur droit de vote.
Si ces dysfonctionnements ne sont pas rapidement corrigés, ils risquent de priver un nombre important de citoyens de leur participation au scrutin.
L’inquiétude est d’autant plus grande que les responsables rencontrés dans certains centres d’inscription se déclarent eux-mêmes incapables d’apporter des explications ou des solutions immédiates.
Aucun calendrier n’a été présenté pour résoudre ces difficultés techniques, laissant les électeurs dans l’incertitude.
Au-delà des problèmes informatiques, le déploiement du processus électoral reste fortement limité sur le plan territorial.
Les dix centres ouverts ne couvrent qu’une faible partie de l’aire métropolitaine. Des communes stratégiques comme Carrefour, Croix-des-Bouquets, Port-au-Prince ou encore Cité Soleil demeurent exclues de cette première phase en raison de l’emprise des groupes armés.
Cette réalité soulève une question fondamentale : comment garantir le caractère universel du suffrage lorsque des milliers, voire des centaines de milliers de citoyens vivant dans ces communes ne peuvent toujours pas s’inscrire ?
Interrogé lors du lancement officiel au Lycée national de Pétion-Ville, le président du CEP, Jacques Desrosiers, n’a pas été en mesure d’indiquer à quelle date les autres centres d’inscription pourront ouvrir leurs portes.
Il s’est toutefois appuyé sur les assurances du gouvernement, qui promet un renforcement de la sécurité afin de permettre le déploiement progressif des opérations électorales sur l’ensemble du territoire.
Le CEP prévoit de clôturer l’inscription des électeurs le 2 octobre.
Toutefois, cet objectif apparaît particulièrement ambitieux au regard des contraintes actuelles.
L’institution avait elle-même conditionné le respect de son calendrier électoral au rétablissement de la sécurité et à la disponibilité des ressources financières nécessaires.
Les difficultés observées dès cette première journée illustrent ainsi le fossé qui existe entre le calendrier officiel et les réalités du terrain.
Elles rappellent qu’une élection ne se résume pas à fixer une date de scrutin : elle suppose également des institutions capables de garantir l’accès de tous les citoyens au processus électoral, dans des conditions d’égalité, de transparence et de sécurité.
À quelques mois des élections générales, le véritable défi pour les autorités n’est donc plus seulement d’organiser le vote, mais de convaincre que chaque citoyen pourra effectivement exercer son droit démocratique.
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