Quelques heures après la présentation de Gianni INFANTINO du grand projet de la FIFA, qui vise à nouer des partenariats avec des investisseurs en marge du football pour les éditions futures de la coupe du monde, les réactions pleuvent. l’UEFA, la CONCACAF et d’autres acteurs du football mondial affichent clairement et officiellement leurs désaccords.
Ce qui n’était jusqu’ici qu’un malaise est en train de se transformer en une véritable crise de gouvernance. Pour la première fois avec une telle virulence, l’UEFA accuse publiquement la FIFA d’utiliser le football mondial pour « s’enrichir et enrichir ses amis ». Une formule d’une violence rare qui vise directement le président Gianni Infantino et son projet de restructuration commerciale du football mondial.
Pourquoi cette explosion ?
Au cœur du conflit se trouve un projet porté par la FIFA : créer une nouvelle société commerciale (FIFA Forward Enterprise) chargée d’exploiter les actifs les plus rentables de l’organisation – Coupe du monde masculine, Coupe du monde féminine, Coupe du monde des clubs et autres compétitions – puis ouvrir jusqu’à 20 % de cette société à des investisseurs privés.
Selon la FIFA, l’opération pourrait mobiliser plusieurs milliards de dollars afin de financer davantage de projets de développement du football mondial. Mais pour l’UEFA, cette justification ne tient pas.
En effet, Gianni Infantino / la FIFA proposent de créer une nouvelle structure appelée FIFA Forward Enterprise (FFE). Cette entité gérerait les droits commerciaux de la Coupe du Monde (et d’autres compétitions). La FIFA garderait la majorité (environ 80 %), et vendrait jusqu’à 21 % des parts à des investisseurs privés pour lever environ 4,2 milliards de dollars.
Joshua Kushner (frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump) et sa société Thrive Capital / Thrive Eternal sont cités comme susceptibles de mener le groupe d’investisseurs. Des discussions avec des figures proches de l’administration Trump ont eu lieu. Infantino a également envoyé une lettre aux 211 fédérations leur donnant jusqu’au 19 septembre 2026 (soit environ 53 jours à partir de fin juillet) pour approuver le projet.
Le communiqué qui fait trembler Zurich
L’instance européenne affirme avoir consulté de nombreux acteurs du football mondial et assure qu’une opposition « importante et croissante » existe déjà. Sa phrase la plus forte est devenue historique : « La FIFA ne peut plus continuer à utiliser notre sport pour s’enrichir et ses amis avec. »
L’UEFA accuse également la FIFA d’avoir fixé une date limite au 19 septembre aux 211 fédérations nationales pour approuver le projet, sous peine de perdre un paiement exceptionnel promis dans le cadre de cette réforme. Pour les Européens, cette méthode ressemble davantage à une pression financière qu’à une véritable consultation. Une fronde qui dépasse l’Europe
L’UEFA n’est plus seule.
La CONCACAF, pourtant proche de la FIFA ces dernières années, affirme avoir appris le projet… par voie de presse. Elle dénonce un manque de transparence et estime qu’un changement d’une telle ampleur aurait dû être discuté avec les confédérations avant toute annonce publique.
Des clubs européens, plusieurs fédérations nationales et d’autres acteurs du football réclament eux aussi davantage de transparence sur une réforme susceptible de modifier durablement le modèle économique du football mondial.
Ce que craignent réellement les opposants
Derrière cette bataille se cache une question beaucoup plus profonde :
À qui appartient la Coupe du monde ? Les critiques redoutent qu’une entrée d’investisseurs privés dans les actifs commerciaux de la FIFA crée une pression permanente pour accroître les revenus : davantage de compétitions, calendriers encore plus chargés, expansion continue des tournois et priorité donnée au rendement financier plutôt qu’à l’intérêt sportif.
Autrement dit, le football pourrait progressivement être géré comme un produit financier.
La FIFA se défend
La FIFA affirme que cette opération permettra de générer des ressources inédites pour financer le développement du football dans le monde entier, notamment dans les fédérations les moins riches. Selon elle, l’objectif est d’accélérer les investissements dans les infrastructures, la formation et les programmes de développement.
Mais ses détracteurs répondent que personne ne conteste la nécessité de financer le football. Ce qui est contesté, c’est la méthode, le manque de transparence et la place accordée à des investisseurs privés dans l’exploitation du plus grand patrimoine du football mondial.
Quand le football cesse d’appartenir aux peuples
Pendant des décennies, la FIFA s’est présentée comme la gardienne du football. Aujourd’hui, certains de ses partenaires historiques lui reprochent de vouloir devenir son marchand.
Le football n’est pas une mine d’or. Il est une mémoire collective. Une identité. Un langage universel. La Coupe du monde n’est pas un actif financier comme un autre ; elle appartient aux générations qui l’ont construite, aux joueurs qui l’ont sublimée, aux supporters qui l’ont élevée au rang de patrimoine mondial.
En accusant la FIFA de vouloir « s’enrichir avec ses amis », l’UEFA ne lance pas seulement une attaque politique. Elle ouvre une bataille existentielle sur l’avenir du football.
La véritable question est désormais simple : le football restera-t-il un bien commun, ou de viendra-t-il un produit dont quelques investisseurs posséderont une partie des clés ?
Jamais depuis les grands scandales de corruption qui ont secoué la FIFA il y a plus d’une décennie, la gouvernance du football mondial n’avait été contestée avec une telle vigueur. Et cette fois, ce ne sont plus seulement les critiques qui parlent. Ce sont les institutions elles-mêmes qui se livrent une guerre ouverte.
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