La révocation de Me Hans Jacques Ludwig Joseph de la Direction Générale de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC), actée début juillet 2026, marque peut-être la fin d’un mandat — certainement pas la fin des interrogations sur son parcours, ses alliances, ses ruptures et les réseaux d’influence qui ont accompagné son ascension au sein de l’État haïtien.
La réaction la plus commentée est venue de l’ancien Premier ministre Jean-Henry Céant, qui a salué la décision le 2 juillet 2026 sur le réseau social X — tout en estimant qu’elle aurait dû intervenir plus tôt. Il a accusé l’ancien directeur général d’avoir éloigné l’institution de sa mission première de prévention et de répression de la corruption, appelé à une réforme garantissant l’indépendance de l’ULCC, et exigé la publication des déclarations de patrimoine d’entrée et de sortie de fonction de Hans Joseph. Une demande de transparence qui vise directement celui qui, pendant six ans, a exigé cette même transparence de centaines d’autres fonctionnaires.
Pendant près de six ans — nommé par arrêté présidentiel le 23 juillet 2020, en pleine pandémie de COVID-19, et installé peu après dans une cérémonie réduite tenue en contexte sanitaire strict — Hans Joseph a occupé l’un des postes les plus sensibles de la République. Il a enquêté sur des présidents de la République, des ministres, d’anciens premiers ministres, des directeurs généraux, des hommes et femmes d’affaires et des conseillers présidentiels. Mais au fil des années, plusieurs voix se sont aussi élevées pour réclamer qu’une enquête soit menée sur sa propre gestion.
Rockefeller Vincent : le promoteur devenu distant
L’arrivée de Hans Joseph à la tête de l’ULCC ne relève pas du hasard. Lorsque Me Rockefeller Vincent quitte la direction générale de l’institution pour devenir ministre de la Justice en juillet 2020, plusieurs sources concordantes indiquent qu’il a personnellement recommandé au couple présidentiel Jovenel et Martine Moïse, son directeur de cabinet, Hans Joseph, pour lui succéder. La cérémonie d’installation, présidée par le ministre de l’Économie et des Finances de l’époque, Michel Patrick Boisvert, qui avait rappelé à Hans Joseph le classement peu flatteur d’Haïti par Transparency International (168ᵉ sur 180 pays). Cette promotion fait de Hans Joseph l’héritier direct du système Rockefeller Vincent au sein de l’institution anticorruption.
Cependant, avec le temps, les relations entre les deux hommes semblent s’être distendues. La question demeure : pourquoi Hans Joseph s’est-il progressivement éloigné de celui qui l’avait pourtant installé au sommet de l’ULCC ?
Le dossier Joseph Félix Badio : une révocation aux résonances tragiques
Un épisode illustre autant la rigueur affichée par l’ULCC que les zones d’ombre qui ont pu s’y nicher. Le 17 mai 2021, Hans Joseph révoque discrètement de l’institution un certain Joseph Félix Badio, qui y était entré le 11 mars 2013, pour manquements graves aux règles déontologiques. Une plainte est déposée le 20 mai 2021 auprès du commissaire du gouvernement de Port-au-Prince.
Cependant, l’affaire ne devient publique que le 13 juillet 2021 — soit six jours après l’assassinat du président Jovenel Moïse survenu le 7 juillet à sa résidence de Pèlerin 5 — lorsque l’ULCC publie une note de presse signée par Hans Joseph, condamnant l’assassinat et précisant, « pour couper court aux rumeurs », que Badio ne fait plus partie du personnel depuis deux mois.
Or, Joseph Félix Badio sera soupçonné, environ deux mois plus tard, comme l’un des principaux organisateurs présumés de l’assassinat de Jovenel Moïse.
Aviol Fleurant : du mentor à la cible
L’ancien ministre de la Planification, Me Aviol Fleurant, a publiquement affirmé à plusieurs reprises que Hans Joseph avait travaillé dans son cabinet, qu’ils entretenaient des liens familiaux et qu’il avait lui-même contribué à sa formation professionnelle. D’ailleurs, dans la vidéo virale de la campagne d’Aviol Fleurant, Hans Joseph apparaît distinctement en arrière-plan, juste derrière lui.
Selon les déclarations publiques d’Aviol Fleurant, Hans Joseph aurait été autrefois administrateur de son cabinet et un proche collaborateur avant une rupture devenue conflictuelle. Fleurant affirme que cette dégradation des relations serait liée à un différend privé, notamment un dossier de rétention de fonds estimé à environ 200 000 dollars appartenant à un client, ainsi qu’à des désaccords profonds sur la gestion interne de son cabinet juridique par Hans Joseph, son cousin également.
Cette relation prend une tournure spectaculaire le 3 septembre 2024, lorsque l’ULCC dirigée par Hans Joseph transmet à la justice un rapport accablant. L’ULCC recommande la mise en mouvement de l’action publique pour fausse déclaration de patrimoine et enrichissement illicite.
Pourquoi Hans Joseph a-t-il choisi d’enquêter sur celui qui se présentait comme son mentor ? Rupture politique, démonstration d’indépendance, ou réalignement d’alliances ?
Doddy Hershel Joseph et le dossier Jacques Beaudelaire
Le nom de Doddy Hershel Joseph, présenté comme le frère de Hans Joseph et ensuite travaillant au sein de la représentation diplomatique haïtienne à Miami selon plusieurs sources publiques, apparaît dans des récits liés à une affaire de détournement de chèques au ministère de la Planification.
Selon des informations relayées dans certains milieux judiciaires et médiatiques, Jacques Beaudelaire, responsable du bureau de change UCO et cité dans cette affaire, est décédé en détention pendant la période du COVID-19. Plusieurs sources ont soutenu qu’il devait être prochainement entendu dans ce dossier.
Aucune enquête publique n’a toutefois établi de lien entre son décès et l’affaire concernée. Des interrogations persistent également sur les circonstances ayant conduit à l’installation ultérieure de Doddy Hershel Joseph aux États-Unis.
Martine Moïse : le grand angle mort ?
L’une des questions les plus sensibles concerne les relations présumées entre Hans Joseph et l’entourage de l’ancienne Première dame Martine Moïse.
Hans Joseph n’a jamais ouvert d’enquête publique sur le dossier DERMALOG, pourtant dénoncé dès 2018 par l’ancien sénateur Youri Latortue. Lequel avait évoqué des liens entre ce contrat controversé et des déplacements attribués à l’entourage présidentiel. Le bureau de Martine Moïse avait formellement démenti toute implication dans la négociation du contrat, malgré les videos dans lesquelles elle est bien identifiée.
Aujourd’hui, le Cabinet Expertus dont Me Joseph est le fondateur représente également Martine Moïse dans le procès en Haïti sur l’assassinat de Jovenel Moïse.
L’affaire des mercenaires de la BRH : une implication directe, pas seulement une proximité
Le lien entre Hans Joseph et l’affaire des mercenaires arrêtés près de la Banque de la République d’Haïti n’est pas seulement une proximité professionnelle avec le cabinet Expertus — il est direct et documenté.
Le 22 février 2019, sept étrangers lourdement armés sont interpellés aux abords de la BRH, aux côtés d’un Haïtien, Michael Estera, employé comme chauffeur-traducteur par la compagnie Preble-Rish Haïti S.A. Après le transfert et la libération des sept étrangers pour défaut de charges, Estera reste seul en garde à vue. Une note publique réclamant sa libération immédiate, invoquant une justice à « deux poids deux mesures », est alors diffusée par le cabinet Expertus — et porte la signature de trois avocats : Emmanuel Jeanty, Yvon Pyram, et Hans J. Ludwig Joseph lui-même.
Cette signature personnelle, antérieure de plus d’un an à sa nomination à la tête de l’ULCC, établit un lien direct — et non de simple entourage — entre le futur directeur général de l’institution anticorruption et l’un des dossiers les plus sensibles de la fin du quinquennat Moïse, dans une affaire jamais élucidée publiquement quant à la présence de mercenaires armés à proximité de la banque centrale du pays.
Jean-Henry Céant : l’accusateur devenu triomphant
L’ancien Premier ministre Jean-Henry Céant est probablement devenu le plus virulent critique public de Hans Joseph — et c’est lui qui, en définitive, a eu le dernier mot politique.
“Je donne acte à l’Etat Haïtien de la révocation, un peu tardive, du grand arroseur Hans Ludwig Joseph de la tête de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC). Je réitère, avec fermeté, mes déclarations antérieures dénonçant les agissements de ce maître-chanteur que je considère comme un opérateur ayant travaillé activement à la déviation de cette Institution de sa mission pourtant noble.”
Après avoir lui-même été mis en cause, en sa qualité de notaire, dans un rapport de l’ULCC relatif à un projet de développement immobilier impliquant l’ONA et la société Real Business Investment dirigée par le Dr Réginald Boulos, Jean-Henry Céant a publiquement accusé Hans Joseph d’avoir instrumentalisé l’institution anticorruption et d’avoir tenté de l’impliquer dans une opération de chantage visant Dr. Boulos.
Par la suite, il a adressé plusieurs dénonciations et courriers au Barreau de l’Ordre des Avocats de Port-au-Prince, au ministère de l’Économie et des Finances, au ministère de la Justice ainsi qu’aux autorités judiciaires, qualifiant Hans Joseph de corrupteur, d’arroseur et d’opérateur politique.
À ce jour, aucune suite disciplinaire ou judiciaire publique connue n’a été donnée à ces dénonciations.
Cette absence de réaction institutionnelle soulève une interrogation persistante : pourquoi des accusations aussi graves, formulées par un ancien Premier ministre, n’ont-elles pas donné lieu à des investigations publiques connues ?
Samuel Madistin et le dossier Rony Célestin
Le 29 juillet 2021, lors d’une intervention sur Radio Magic 9, Me Samuel Madistin, de la Fondation Je Klere (FJKL), a publiquement mis en question le rôle joué par l’ULCC dans la délivrance d’un document ayant permis, selon lui, à l’ancien sénateur Rony Célestin de justifier l’acquisition d’une propriété évaluée à plus de quatre millions de dollars au Canada.
Ces déclarations, largement commentées à l’époque, n’ont pas davantage donné lieu à des clarifications publiques ni officielles connues.
La lettre Jean Hugues Dimanche : un document explosif
Une lettre virale sur les réseaux sociaux, datée du 29 septembre 2025, d’un dénommé Jean Hugues Dimanche, se présentant comme un ancien employé de l’ULCC, adresse à la coalition d’organisme de droits humains “Ensemble contre la Corruption” (ECC), à l’attention d’Edouard Paultre, une longue correspondance demandant l’ouverture d’une enquête sur la gestion de Hans Joseph. Cette lettre est transmise notamment au RNDDH, au CARDH, au CRESFED, au PAJ, à la CE-JILAP, au BINUH, à l’OEA ainsi qu’à plusieurs représentations diplomatiques.
L’auteur y cite notamment : Rockefeller Vincent ; Aviol Fleurant ; Doddy Hershel Joseph ; Jacques Beaudelaire ; Rony Célestin ; Samuel Madistin ; Julcène Edouard ; Romell Bell ; Ronald Joseph ; Paul Mython ; Emmanuel Jeanty ; Mitha Phanord Jeanty ; Stevenson Telfort ; Jean Dieudonné Magloire ; Barnel Das ; Jean Carlo Nordéus ; Samson Beucia ; Delva Dimanche ; Ed Alcilien ; Winnie Hugot Gabriel ; Patrick Dormévil ; Garry Névélus ; Dominique Dupuy ; Garry Conille ; Gérald Gilles ; Emmanuel Vertilaire ; Smith Augustin ; Guerrier Dieuseul ; Jean Covington ; Sterline Civil ; Djovany Michel ; Raymondson Garçon ; Frantz Michel ; Junior Jean.
La lettre évoque également plusieurs structures privées et commerciales : Expertus Firme d’Avocats ; Groupe Paul & Associés ; Politicotech ; TPJ PRIZATLANTIK ; JPT METDLO ; MDJ VITAMAR ; JTM BIOMARINE ; Ray & Miloue LLC.
Les accusations formulées dans cette correspondance n’ont, à ce jour, fait l’objet d’aucune décision judiciaire définitive confirmant les faits allégués et encore moins une enquête. Elles constituent néanmoins l’une des plus importantes dénonciations publiques jamais formulées contre un directeur général de l’ULCC.
Expertus, Groupe Paul et Politicotech : un réseau transversal ?
Plusieurs documents et témoignages publics font apparaître des interactions entre le cabinet Expertus, le Groupe Paul & Associés, Politicotech et diverses initiatives publiques, conférences et activités de plaidoyer auxquelles participaient des personnalités politiques et économiques de premier plan, notamment le Dr Réginald Boulos.
Plusieurs observateurs ont également souligné la présence récurrente de collaborateurs issus de ces réseaux dans des cabinets privés, l’administration publique, l’ULCC, des représentations diplomatiques haïtiennes, et des structures de communication et de conseil politique. Ces observations alimentent l’hypothèse, avancée par certains critiques de Hans Joseph, de l’existence d’un réseau transversal de relations professionnelles, politiques et institutionnelles.
Une absence de contradiction médiatique qui interroge
Un autre axe mérite d’être documenté : la manière dont l’espace médiatique haïtien a couvert le mandat de Hans Joseph. Sur toute la durée de son mandat, la couverture publique a été marquée davantage par des soutiens affichés que par une remarquable absence de contradiction. Les annonces de l’ULCC — remises de rapports, discours, interventions internationales — ont été très largement relayées de façon descriptive, reprenant les citations et les éléments de langage du directeur général sans les confronter systématiquement à des voix critiques ni à un suivi des suites judiciaires réelles de ces rapports.
Le bilan officiel revendiqué par l’ULCC en 2023 fait état de 42 rapports d’enquêtes pénales transmis à la justice en trois ans, de 112 requêtes pour défaut de déclaration de patrimoine. Cette absence de contre-enquête soulève une question simple : pourquoi l’aveu chiffré formulé par Hans Joseph lui-même en novembre 2023 — deux ordonnances rendues sur trente-et-un rapports transmis en trois ans — n’a-t-il pratiquement suscité aucun suivi journalistique cherchant à établir pourquoi l’écrasante majorité des dossiers de corruption dénoncés publiquement ne débouchait sur aucune suite judiciaire ? En 2026, les chiffres se situent autour de 56 à 68 rapports de cas dits de corruption et de 120 requêtes de déclaration de patrimoine.
Une institution dont la fonction est précisément d’exiger des comptes des autres semble avoir été, pendant six ans, largement dispensée d’avoir à en rendre elle-même dans l’espace public.
Soutiens diplomatiques quasi inébranlables
Une autre interrogation persiste autour du mandat de Hans Jacques Ludwig Joseph. Malgré les nombreuses dénonciations publiques formulées contre lui, les critiques sur certaines méthodes de l’ULCC et les accusations de violation du secret professionnel liées à la médiatisation de certains rapports de l’institution, Hans Joseph a continué à bénéficier d’un soutien institutionnel et diplomatique important.
Plusieurs acteurs politiques et observateurs se sont interrogés sur les fréquentes rencontres entre le directeur général de l’ULCC et certains représentants étrangers, parfois en dehors des circuits administratifs habituellement associés à son ministère de tutelle, le ministère de l’Économie et des Finances. Des questions ont particulièrement été soulevées au sujet du soutien affiché de certains partenaires internationaux, notamment l’ambassadeur du Canada en Haïti de l’époque et des représentants du Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), qui ont régulièrement accompagné ou soutenu les initiatives de l’ULCC et de son DG. Aucune violation des dispositions de la Convention de Vienne ou des règles administratives haïtiennes n’a toutefois été établie par une décision judiciaire.
Plusieurs observateurs se sont effectivement interrogés sur les raisons pour lesquelles les nombreuses dénonciations visant Hans Joseph n’ont jamais semblé affecter le soutien politique et institutionnel dont il bénéficiait de la part de certains partenaires internationaux. Travaillait-il davantage pour ces derniers que pour l’État haïtien ?
Dossiers non instruits : les angles morts de l’ULCC
Une autre série de questions porte sur d’autres dossiers qui n’ont jamais donné lieu à des enquêtes d’envergure. Plusieurs observateurs ont notamment souligné l’absence d’un rapport public majeur sur la gestion de la Douane sous la direction de Julcène Edouard malgré les nombreuses controverses ayant entouré cette institution.
Après les opérations spectaculaires de perquisition menées par la Brigade de l’ULCC et le mandat d’arrêt émis par la Direction générale contre Ronald Joseph, ancien directeur général du Fonds national de l’éducation, la publication finale du rapport, intervenue en même temps que celui relatif à l’ex-président Michel Joseph Martelly, laisse une impression de dilution. Des accusations graves ont pourtant visé le directeur général H. Joseph dans certains milieux politiques, sans qu’aucune enquête judiciaire n’ait, à ce jour, été effectivement ouverte.
De même, aucun rapport n’a été produit, sur les scandales et controverses ayant marqué le ministère des Affaires étrangères durant la période où Claude Joseph occupait des responsabilités gouvernementales, malgré les dénonciations publiques graves de l’ex-chancelière Dominique Dupuy.
Cette situation alimente une autre interrogation : quelle était la nature exacte des relations institutionnelles, professionnelles ou politiques entre Hans Jacques Ludwig Joseph et Claude Joseph ? Aucun élément judiciaire public n’a établi l’existence d’une relation irrégulière entre les deux hommes. Toutefois, l’absence d’investigations publiques approfondies sur certains dossiers sensibles de cette période continue d’alimenter les questionnements de certains observateurs.
Le choix questionable des rapports de l’ULCC
Aujourd’hui la question est désormais plus large quand il faut parler de Hans Ludwig Joseph. Les priorités d’enquête de l’ULCC étaient-elles déterminées exclusivement par des considérations juridiques et techniques, ou étaient-elles également influencées par des rapports de force politiques, des alliances personnelles et des équilibres diplomatiques ?
Ces interrogations s’ajoutent à celles déjà soulevées concernant l’absence de rapport public de l’ULCC sur le dossier DERMALOG, pourtant dénoncé par l’ancien sénateur Youri Latortue, ainsi qu’aux questions persistantes sur les liens présumés entre certains acteurs de l’affaire des mercenaires arrêtés près de la BRH, le cabinet Expertus et l’entourage de l’ancien pouvoir Moïse. Elles s’ajoutent également aux dénonciations de l’ancien Premier ministre Jean-Henry Céant, aux interrogations publiques de Samuel Madistin dans le dossier Rony Célestin, ainsi qu’aux accusations formulées dans la lettre de Jean Hugues Dimanche, qui dresse le portrait d’un réseau de relations professionnelles, politiques et institutionnelles gravitant autour de Hans Joseph.
L’ULCC ne dispose que de moyens limités pour financer les enquêtes de terrain, les expertises et les déplacements. Son budget de fonctionnement est de 608,8 millions de gourdes projeté pour l’exercice 2025-2026 dont 50,7 % absorbés par la seule masse salariale et à peine 269,4 millions de gourdes restants pour l’ensemble des enquêtes de terrain, expertises comptables et déplacements.
En six (6) ans, cinquante-six (56) rapports officiels au moins, avons-nous inventoriés dans le cadre de cet article (en attendant le bilan officiel). Ce volume, en soi, ne relève pas de la prouesse administrative selon des experts-enquêteurs financiers, mais il interroge frontalement la profondeur réelle des investigations qu’un tel budget pouvait financer. Dans ce contexte, un rythme d’environ une dizaine de rapports par an interroge autant la capacité opérationnelle réelle de l’institution que la profondeur des investigations menées.
Cette situation est d’autant plus débattue que l’ancien directeur général lui-même aurait reconnu que très peu d’ordonnances judiciaires ont effectivement suivi les rapports transmis. Par ailleurs, certaines organisations, dont la FJKL à travers Me Samuel Madistin ainsi que Me Guerby Blaise ont publiquement remis en question la solidité méthodologique de certains dossiers, évoquant des insuffisances dans les vérifications et le suivi des enquêtes.
La question centrale
Hans Joseph a enquêté sur Aviol Fleurant, son mentor.
Hans Joseph a ciblé le Notaire Jean-Henry Céant.
Hans Joseph s’est éloigné de Rockefeller Vincent, son propre promoteur.
Hans Joseph a révoqué discrètement Joseph Félix Badio, plus tard soupçonné d’avoir participé à l’organisation de l’assassinat de Jovenel Moïse.
Hans Joseph est fondateur du Cabinet Expertus qui représente Martine Moïse, l’unique témoin de l’assassinat de Jovenel Moïse.
Et Hans Joseph a lui-même signé, des années avant de diriger l’ULCC, une note défendant un employé lié à des proches du pouvoir Jovenel Moïse, arrêté aux abords de la BRH aux côtés de mercenaires armés.
Mais pourquoi certains dossiers politiquement explosifs — DERMALOG, le FNE, la Douane, certaines affaires liées au ministère des Affaires étrangères, plusieurs dénonciations visant sa propre gestion, ou encore certaines ramifications de l’entourage présidentiel — n’ont-ils jamais donné lieu à des investigations publiques comparables ?
Pourquoi certains observateurs s’interrogent-ils sur le fait que Hans Joseph semble avoir nettoyé ses comptes sur les réseaux sociaux comme facebook, supprimant d’anciennes photos et publications liées à sa vie personnelle et professionnelle, notamment ses relations et ses proches comme Aviol Fleurant, Doddy Hershell Joseph ou d’autres membres de sa famille et personnalité politique?
La question dépasse aujourd’hui la personne de Hans Jacques Ludwig Joseph. Elle interroge plus largement le fonctionnement des réseaux de pouvoir, des loyautés personnelles, des relais médiatiques et des institutions de contrôle au sein de l’État haïtien.
Brigitte Benshow et la Rédaction
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