La crise du système de santé haïtien a connu un nouvel épisode de tension ce lundi. Alors que des étudiants de la Faculté de Médecine et de Pharmacie (FMP) de l’Université d’État d’Haïti (UEH) manifestaient pour réclamer la relocalisation de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), plus connu sous le nom de « L’hôpital général », leur marche pacifique a été dispersée à coups de gaz lacrymogènes par des agents de la Police nationale d’Haïti (PNH).
Dans le même temps, l’organisation humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF) a confirmé la suspension de ses activités à ma maternité Isaïe Jeanty de Cité Soleil, invoquant la dégradation persistante du climat sécuritaire.
Vêtus de blouses blanches et munis de pancartes, les étudiants avaient quitté le rectorat de l’UEH avec pour destination la Primature.
Leur objectif était d’interpeller les autorités sur la nécessité de relocaliser temporairement l’hôpital général, fermé depuis plus de deux ans en raison de l’insécurité qui règne au Centre-ville de Port-au-Prince.
La manifestation a toutefois été interrompue à proximité de la résidence officielle du premier ministre, à Bourdon, où les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les protestataires. Plusieurs étudiants ont éprouvé des difficultés respiratoires.
« Nous n’avons rien fait de mal. Nous n’avons ni armes ni couteaux. Nous ne menaçons personne.
Pourquoi nous gazer alors que nous défendons une cause juste ? », ont dénoncé plusieurs manifestants, choqués par l’intervention policière.
Les étudiants estiment que la fermeture prolongée de l’hôpital général compromet gravement leur formation académique.
Principal centre hospitalier universitaire du pays, l’établissement accueille habituellement les stages, l’internat et la résidence des étudiants en médecine.
« Les internes, les résidents et les étudiants ne peuvent pas poursuivre normalement leur formation tant que l’hôpital reste fermé », ont-ils déclaré, soulignant que cette situation met en péril l’avenir de toute une génération de professionnels de la santé.
Au-delà des conséquences académiques, les manifestants rappellent que l’hôpital général constitue un service essentiel pour les populations les plus vulnérables, qui n’ont pas les moyens de fréquenter les établissements privés.
Estimant que l’État a l’obligation de garantir la sécurité sur l’ensemble du territoire national, ils exigent des mesures concrètes pour permettre la réouverture de l’institution.
Selon eux, cette manifestation pourrait être la dernière organisée sous une forme strictement pacifique.
« Trop de patients meurent faute de soins. Si l’insécurité empêche le fonctionnement de l’hôpital, c’est à l’État d’assumer ses responsabilités et de créer les conditions nécessaires à sa réouverture », ont-ils affirmé.
Cette mobilisation intervient dans un contexte où l’accès aux soins devient de plus en plus difficile dans plusieurs zones du pays.
Médecins Sans Frontières a annoncé la suspension de sa collaboration avec l’hôpital Isaïe Jeanty, également connu sous le nom d’hôpital Chancerelles, à la suite d’incidents armés survenus à Cité Soleil.
Selon Alexandre Marcou, responsable de la communication de MSF, cette décision fait suite aux violences enregistrées dans la soirée du 13 juin, lorsque plusieurs projectiles ont atteint l’enceinte de l’établissement.
Deux jours plus tard, une femme a également été blessée par balle à la jambe à proximité de l’hôpital.
Le responsable a indiqué que l’organisation procède actuellement à une évaluation approfondie de la situation sécuritaire avant d’envisager toute reprise de ses activités.
Il a néanmoins précisé que des discussions sont en cours avec le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) ainsi qu’avec la Police nationale d’Haïti afin d’évaluer les conditions d’un éventuel retour de l’organisation à Cité Soleil.
Pour le moment, MSF affirme ne disposer d’aucune solution alternative pour remplacer les services suspendus à Chancerelles, notamment en raison de l’absence d’autres structures hospitalières publiques dans la zone.
La concomitance entre la fermeture prolongée de l’Hôpital Général et la suspension des activités de MSF à Cité Soleil illustre les profondes difficultés auxquelles est confronté le secteur de la santé en Haïti.
Alors que les établissements hospitaliers peinent à fonctionner dans un contexte de violence persistante, les professionnels de santé, les étudiants et les patients se retrouvent de plus en plus exposés aux conséquences d’un système fragilisé.
Face à cette situation, les étudiants en médecine lancent un appel à l’ensemble de la société haïtienne afin de se mobiliser pour la défense du droit à la santé et la réouverture des institutions hospitalières publiques qu’ils considèrent comme indispensables à la survie de milliers de citoyens.
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