L’affaire Daphy Michel est en train de devenir un nouveau symbole du débat sur le traitement des migrants vulnérables aux États-Unis.
Le 13 juin, le bureau du médecin légiste du comté d’Allegheny a conclu que la mort de cette Haïtienne de 31 ans devait être classée comme un homicide après une enquête ayant établi qu’elle était décédée d’hypothermie le 2 mars 2026.
Pourtant, quelques heures après la publication du rapport médico-légal, le Département de la Sécurité intérieure (DHS), dont dépend ICE, a publié une défense vigoureuse de ses agents.
« L’ICE n’a RIEN à voir avec la mort de cette femme. Elle est décédée TROIS jours après que l’ICE l’ait prise en charge. » a déclaré le Département de la Sécurité Intérieure « Homeland Sécurity -DHS » sur X.
Deux récits totalement opposés
Selon la version officielle d’ICE, Daphy Michel avait été arrêtée par les autorités locales pour des accusations de menaces et de harcèlement avant d’être placée en procédure d’expulsion.
L’agence affirme qu’elle a été libérée le 27 février avec l’ensemble de ses effets personnels, un téléphone portable entièrement chargé et un bracelet électronique de surveillance.
Dans son communiqué, ICE insiste sur le fait qu’elle a été remise en liberté « en plein jour », dans des conditions météorologiques favorables et dans une zone où les transports publics étaient facilement accessibles.
L’agence affirme également avoir découvert le 3 mars que son bracelet électronique avait été sectionné. Des agents se seraient alors rendus au dernier point GPS enregistré, correspondant au bureau du médecin légiste du comté d’Allegheny.
ICE accuse les autorités locales d’avoir refusé toute coopération.
Selon la version fédérale, même les U.S. Marshals n’auraient pas obtenu d’informations sur l’état de Daphy Michel. L’agence soutient finalement avoir appris son décès par les médias et non par les autorités locales.
Le rapport médico-légal raconte une autre histoire
Mais les conclusions du médecin légiste et les informations recueillies par l’Associated Press dressent un tableau beaucoup plus préoccupant.
Le rapport décrit Daphy Michel comme une « adulte vulnérable » souffrant de « graves problèmes de santé mentale non traités » et confrontée à une importante barrière linguistique au moment de sa libération.
Son avocat, Joseph Patrick Murphy, affirme qu’elle avait été arrêtée plusieurs mois auparavant après avoir crié contre des personnes imaginaires lors d’épisodes psychotiques.
Elle aurait passé près de six mois dans une prison du comté de Washington où plusieurs évaluations psychiatriques avaient été réalisées. Selon l’avocat, un magistrat avait finalement estimé qu’elle ne pouvait être poursuivie pour avoir menacé des personnes imaginaires.
C’est à ce moment-là qu’ICE l’aurait prise en charge.
Toujours selon Murphy, les agents l’auraient ensuite conduite à Pittsburgh avec un bracelet électronique avant de la laisser seule.
« Elle portait des vêtements de septembre alors que nous étions en février », a déclaré l’avocat à l’Associated Press, estimant que le froid avait fini par l’emporter.
Pourquoi le terme « homicide » change tout
La conclusion du médecin légiste est au cœur de la controverse.
Le bureau précise que le terme homicide ne constitue pas une accusation criminelle. Il signifie toutefois que la mort a été causée par « les actions d’une autre personne » ou par une omission ayant contribué au décès.
Autrement dit, les autorités médicales ne considèrent pas cette mort comme un simple accident naturel.
C’est précisément sur ce point que les positions divergent.
ICE affirme que Daphy Michel n’était plus sous sa responsabilité lorsqu’elle est morte.
La famille soutient au contraire que la décision de remettre en liberté une femme souffrant de troubles mentaux sévères, sans prise en charge adaptée, pourrait avoir créé les conditions ayant conduit à sa mort.
Une mort « évitable » ?
La controverse dépasse désormais le seul cadre judiciaire.
L’exécutive du comté d’Allegheny, Sara Innamorato, a qualifié la mort de Daphy Michel de « tragédie » qui semble avoir été « complètement évitable avec un peu d’humanité ». La représentante démocrate de Pennsylvanie Summer Lee a estimé que la jeune femme « méritait des soins, un abri, un accès linguistique et un soutien médical », pour reprendre Associated Press.
Pendant ce temps, l’avocat de la famille a annoncé qu’une action en justice contre ICE était en préparation.
La question qui demeure est désormais simple : comment une femme que le médecin légiste décrit comme vulnérable, souffrant de troubles psychiatriques graves et incapable de communiquer efficacement, a-t-elle pu se retrouver seule dans un abribus de Pittsburgh en plein hiver américain ?
C’est cette question, bien plus que celle de la cause immédiate du décès, qui pourrait bientôt se retrouver devant les tribunaux.
La rédaction
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