En Haïti, nettoyer le système judiciaire pour restaurer la confiance des citoyens est un défi majeur. C’est dans ce but que le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) a intensifié ses procédures de « certification », un contrôle moral et professionnel des magistrats. Cependant, ce mécanisme nécessaire s’est parfois transformé en un outil arbitraire, basé sur de simples erreurs ou de fausses accusations.
Le cas du magistrat et professeur d’université, Jean Perès Paul, en est la preuve. Initialement écarté par le CSPJ sous de graves accusations de corruption, il a vu sa carrière brutalement brisée.
Qualifié à tort de « mauvais juge », il s’est retrouvé au cœur d’une tempête médiatique et institutionnelle. Cette mise à l’écart, prononcée sans réelles vérifications, a lourdement entaché son honneur et ses compétences au sein de la Cour d’appel de Port-au-Prince. Elle a aussi mis en lumière la fragilité de la carrière des juges face à des enquêtes bâclées ou influencées par la pression politique.
Profondément convaincu de son innocence, le magistrat a tout de suite compris qu’il ne pouvait pas continuer à enseigner le droit à l’Université d’État d’Haïti (UEH) avec de tels soupçons sur les épaules. Par respect pour ses étudiants et pour l’institution, il a pris la décision difficile de suspendre volontairement ses cours à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques (FDSE).
Ce retrait n’était pas un aveu de culpabilité, mais un acte de dignité. En refusant le scandale, il a choisi de concentrer toute son énergie dans la bataille juridique qui s’annonçait. Au lieu de se poser en victime dans les médias, il a préféré répondre par le droit, montrant ainsi l’exemple à ses étudiants : face aux abus de pouvoir, la loi reste la meilleure arme.
Le salut est finalement venu de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA). Saisie par le magistrat pour excès de pouvoir, la plus haute juridiction administrative du pays a réexaminé le dossier en détail. Le verdict a été sans appel : absence totale de preuves matérielles, témoignages inconsistants et violations flagrantes des règles de procédure.
La CSCCA a donc rendu un arrêt historique, blanchissant totalement Jean Perès Paul. Face à cette décision incontestable, le CSPJ a dû faire marche arrière, prononçant sa réhabilitation complète et sa réintégration immédiate à la Cour d’appel de Port-au-Prince.
Aujourd’hui, le magistrat-professeur s’apprête à reprendre ses cours et ses fonctions judiciaires. Ce dénouement prouve que si la justice peut parfois chanceler face à la précipitation, la vérité finit par triompher. C’est une grande victoire pour les magistrats intègres souvent exposés aux calomnies, et la preuve que le système judiciaire haïtien possède les ressources nécessaires pour corriger ses propres erreurs.
Daniel VEILLARD
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