Port-au-Prince le 9 Juin 2026 — Derrière les communiqués institutionnels, les querelles juridiques et les appels au respect de la Constitution, une autre bataille se joue actuellement en Haïti : celle du contrôle du futur pouvoir.
Dans une analyse particulièrement critique transmise à notre rédaction le 5 juin 2026, Richardson Séraphin estime que le Conseil électoral provisoire (CEP) « confond le provisoire et la transition » et tente surtout de préserver des rapports de force hérités du Conseil présidentiel de transition (CPT).
Selon lui, les récents affrontements entre la Primature et le CEP autour du décret électoral et de la nomination d’un directeur général ont révélé « la véritable nature de nos hommes et femmes d’État ».
« Le comportement de nos professionnels démontre une fois de plus leur vulnérabilité. »
Pour Richardson Séraphin, la question centrale n’est plus juridique mais politique :
« Qui est favorable ou non à l’organisation d’élections dans le pays ? Qui souhaite exercer une influence ou non sur les élections en Haïti ? »
L’analyste affirme que l’arrivée du pouvoir monocéphale dirigé par Alix Didier Fils-Aimé a profondément modifié les équilibres internes construits sous le CPT.
« En temps de monocéphale, sous Alix Didier Fils-Aimé, il est essentiel de changer le CEP de maître. »
Dans son texte, Richardson Séraphin accuse certains membres et secteurs proches du CEP de vouloir maintenir une influence politique acquise sous l’ancien système dirigé par le CPT.
« Jadis, sous le contrôle total de Frinel Joseph, grâce à une formule d’un CPT élaborée par des dirigeants politiques, la tendance du clan Préval à s’emparer du CEP ne constitue pas un enjeu majeur. »
L’analyse devient particulièrement polémique lorsqu’il évoque certains représentants du CEP et des secteurs dits de la société civile.
« La preuve que des technocrates sont devenus des politiciens ; la société civile partage des postes de responsabilité et le secteur privé des affaires agit en tant qu’entité économique au service de l’État. »
Richardson Séraphin appelle directement Jaccéus Joseph et Jacques Desrosiers à « prendre du recul » et estime qu’ils ne se comportent plus comme de simples représentants sectoriels.
« Ils ne sont plus des représentants des secteurs au sein du CEP. »
Il accuse également plusieurs acteurs politiques, journalistes, personnalités sanctionnées et membres de groupes d’influence de défendre le CEP non par conviction démocratique, mais par intérêt.
« Chaque sanctionné, chaque acteur politique ou non, chaque membre de la société civile qui se positionne pour le CEP (…) n’aspire qu’à bénéficier d’un retour d’ascenseur. »
L’auteur soutient même qu’un contrôle assumé du CEP serait moins hypocrite qu’une influence exercée en coulisses par plusieurs groupes politiques.
« Il serait préférable d’avoir un contrôle manifeste du CEP par Uder Antoine (…) plutôt qu’un CEP soumis à un contrôle discret exercé par les neuf secteurs qu’ils représentent et des membres de l’ancien CPT qui pourraient revendiquer leur position de BOSS. »
Mais la partie la plus brutale de cette analyse concerne l’argument constitutionnel régulièrement invoqué dans le conflit actuel.
Pour Richardson Séraphin, la crise institutionnelle ouverte depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse a déjà fait exploser le cadre constitutionnel classique.
« Depuis le lendemain de l’assassinat de Jovenel Moïse (…) la formule célèbre d’un pays non dirigé et non administré s’est imposée comme la norme. »
L’auteur rappelle la succession de mécanismes politiques exceptionnels : l’arrivée d’Ariel Henry, la formule des neuf présidents du CPT puis aujourd’hui le pouvoir monocéphale autour d’Alix Didier Fils-Aimé.
« On s’accommode, on cohabite et on essaie de fonctionner selon la formule la plus proche de la Constitution. »
Dans cette logique, Richardson Séraphin considère que le CEP fait fausse route en prétendant défendre une pureté constitutionnelle dans un système déjà dominé par des compromis politiques.
« Le CEP confond le provisoire et la transition. »
Selon lui, la transition actuelle n’a jamais été conçue comme un régime constitutionnel normal, mais comme un mécanisme exceptionnel visant à conduire le pays vers des élections moins contestées.
L’analyste conclut sur une attaque directe contre l’ensemble des acteurs nationaux et internationaux impliqués dans la crise haïtienne.
« Une communauté internationale fatiguée et complice. »
L’intensité de la bataille politique se joue désormais autour du contrôle des prochaines élections haïtiennes.
La rédaction
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