La Banque de la République d’Haïti (BRH) a publié sa Note sur la politique monétaire du deuxième trimestre de l’exercice fiscal 2025-2026, dressant le portrait d’une économie haïtienne toujours fragilisée par l’insécurité, les déplacements massifs de population et les turbulences internationales, mais qui affiche certains signes de résilience, notamment à travers le ralentissement de l’inflation et la stabilité relative du taux de change.
Selon la banque centrale, l’environnement économique mondial a été fortement perturbé au cours du trimestre par l’escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, notamment après le déclenchement du conflit irano-américain le 28 février 2026. Le blocage du détroit d’Ormuz a provoqué une flambée des prix de l’énergie, avec une hausse de plus de 65 % du prix du pétrole Brent et de 57 % du WTI.
Dans ce contexte international tendu, l’économie haïtienne a poursuivi sa contraction. La BRH estime que l’activité économique a reculé de 1,1 % entre janvier et mars 2026.
Tous les secteurs ont été affectés :
- Secteur primaire : -4 %
- Secteur secondaire : -2,3 %
- Secteur tertiaire : -0,3 %
L’insécurité persistante, les blocages des circuits commerciaux et les déplacements internes massifs continuent de peser lourdement sur la production nationale. Selon les données citées par la BRH, près de 1,45 million de personnes sont actuellement déplacées à l’intérieur du pays, aggravant une situation alimentaire déjà préoccupante.
La banque centrale souligne également que plus de la moitié de la population analysée pourrait se retrouver en situation d’insécurité alimentaire aiguë, classée en phase 3 ou plus selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC).
L’inflation ralentit, mais les carburants inquiètent
L’un des principaux points positifs relevés dans le rapport concerne la poursuite du ralentissement de l’inflation.
Le taux d’inflation annuelle est passé de 25 % en décembre 2025 à 20,6 % en mars 2026, confirmant la tendance à la désinflation observée depuis plusieurs mois.
Cette amélioration pourrait toutefois être temporaire. La BRH met en garde contre les effets de la récente hausse des prix des carburants décidée à la fin du mois de mars :
- Gazoline : 725 gourdes (+29,46 %)
- Diesel : 850 gourdes (+37,10 %)
Ces augmentations risquent d’alimenter une nouvelle vague de pressions inflationnistes à travers les coûts de transport et les prix des produits de consommation.
La diaspora continue de soutenir l’économie
Malgré le creusement du déficit commercial, les transferts des Haïtiens vivant à l’étranger demeurent l’un des principaux piliers de l’économie nationale. Les envois de fonds de la diaspora ont augmenté de 1,9 % durant le trimestre et de près de 16 % sur l’ensemble du semestre fiscal.
Cette progression a contribué à maintenir une relative stabilité du marché des changes. Le taux de référence publié par la BRH s’est établi à 130,70 gourdes pour un dollar américain à la fin du trimestre, soit une variation limitée de 0,06 %.
Afin de soutenir cette stabilité, la banque centrale a renforcé ses interventions sur le marché des devises avec des achats nets de 74,24 millions de dollars américains.
Un secteur bancaire solide malgré la baisse du crédit
La BRH souligne également la résilience du système bancaire haïtien. Les principaux indicateurs demeurent positifs :
- Actif total du secteur bancaire : +2,5 %
- Dépôts : +3,3 %
- Bénéfice net : +7,7 %
En revanche, l’encours des crédits accordés à l’économie a chuté de 19 %, illustrant la prudence des institutions financières dans un contexte marqué par l’incertitude économique et sécuritaire. La qualité des actifs bancaires s’est néanmoins améliorée, avec un ratio de prêts improductifs ramené à 8,44 %.
Face aux risques persistants, la banque centrale a choisi de maintenir inchangés ses principaux instruments de politique monétaire. Les taux directeurs et les réserves obligatoires n’ont pas été modifiés depuis août 2022.
Malgré quelques indicateurs encourageants, notamment la baisse de l’inflation, la stabilité du taux de change et la solidité du système bancaire, le constat de la BRH demeure préoccupant. L’économie haïtienne reste prisonnière d’un cercle vicieux où l’insécurité freine la production, décourage l’investissement et accentue la dépendance aux transferts de la diaspora.
À cela s’ajoute désormais un risque externe majeur : l’explosion des prix de l’énergie provoquée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Dans ce contexte, la bataille contre l’inflation pourrait rapidement être compromise.
La prorogation du programme de référence avec le Fonds monétaire international (FMI) jusqu’en juin 2027 devrait également contribuer à renforcer le cadre macroéconomique du pays.
La rédaction
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