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Prétendre ignorer les bases des gangs en Haïti : une offense à l’intelligence collective

Face à l’effondrement du monopole de la violence légitime, l’État haïtien s’enferme dans une inertie complice tandis que des coalitions armées orchestrent un carnage méthodique. Malgré la ratification de traités internationaux cruciaux, comme le Pacte de San José, les autorités abandonnent les civils à des crimes contre l’humanité. Entre faillite régalienne et silence de la communauté internationale, l’urgence d’une intervention de la justice pénale internationale s’impose. Il est temps de briser ce cycle de perversion pour sauver l’avenir

Daniel Veillard by Daniel Veillard
mai 19, 2026
in Avis juridiques, Le Monde Juridique
Reading Time: 3 mins read
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L’effondrement de l’édifice républicain en Haïti n’est plus une simple crise de gouvernance, mais une plongée abyssale dans une « nuit de l’âme » institutionnelle où le contrat social est systématiquement réduit en cendres. Le principe sociologique est pourtant clair, tel qu’énoncé par Max Weber : l’État doit détenir le monopole de la violence physique légitime. Or, sur la terre de Dessalines, ce monopole a été capturé par des forces obscures, transformant la nation en un théâtre d’horreur où les institutions ne dictent plus la norme.
Aujourd’hui, ce sont des coalitions armées, à l’instar de « Viv Ansanm », qui imposent leur loi par une « perversion » méthodique. Les écoles, les centres universitaires, les églises et les centres commerciaux ne sont plus des sanctuaires, mais des cibles privilégiées. Ce saccage délibéré des infrastructures civiles et l’asservissement des populations ne sont pas des dérives isolées, mais une attaque généralisée qui répond rigoureusement aux critères de crimes contre l’humanité définis par le Droit International Public. Face à cette barbarie, l’État haïtien semble frappé d’une paralysie suspecte, laissant la jeunesse et l’avenir du pays en otage d’actes de méchanceté pure.
La qualification de ces atrocités repose sur une architecture juridique internationale solide qu’Haïti a pourtant intégrée à son ordonnance légale.
Le pays a ratifié la Convention Américaine relative aux Droits de l’Homme (Pacte de San José) le 14 septembre 1977, s’engageant formellement à garantir la vie et la sécurité de ses citoyens. Plus récemment, Haïti a adhéré à la Convention de Belém do Pará (signée le 13 juin 1994 et ratifiée le 2 juin 1996) pour prévenir et punir la violence contre les femmes, un fléau utilisé aujourd’hui comme arme de guerre par les gangs. De plus, bien que le processus de pleine intégration au Statut de Rome (créant la Cour Pénale Internationale) rencontre des obstacles bureaucratiques, les crimes de génocide social, de guerre et contre l’humanité commis sur le territoire interpellent directement la conscience universelle.
Pourquoi, malgré cet arsenal juridique, les autorités restent-elles pétrifiées ? La réponse semble se trouver dans l’effritement de la volonté politique. Le système répressif national, exsangue et infiltré, est incapable de porter le poids d’un procès historique. La protection des civils, qui est une obligation conventionnelle et non une option, est délaissée au profit d’un silence qui ressemble de plus en plus à une signature au bas de l’arrêt de mort de l’État de droit.
Le comportement de la communauté internationale et de l’État soulève des interrogations légitimes sur la réalité de leur impuissance. Dans un monde dominé par la surveillance technologique, l’intelligence satellitaire et la coopération financière, prétendre ignorer la localisation des fauteurs de troubles est une insulte à l’intelligence des citoyens haïtiens. Les bourreaux ont des noms, des visages, des comptes bancaires et des adresses. Pourtant, le mal endémique de la violence systémique persiste. Est-ce pour l’intérêt de la nation ou pour préserver les intérêts de particuliers nationaux et internationaux que le statu quo est encore maintenu ?
L’inaction face à ces « infractions internationales » suggère que la souffrance du peuple est devenue une variable ajustable dans des calculs géopolitiques ou financiers opaques. Les armes et les munitions qui alimentent le carnage ne sont pas fabriquées en Haïti ; elles transitent par des ports et des frontières sous le regard passif, voire complice, de ceux qui ont le devoir de les sceller. Ce manque de mesures drastiques pour stopper l’hémorragie prouve que le mal est nourri par une corruption qui dépasse les simples quartiers précaires de Port-au-Prince.
Il est désormais impératif que la justice cesse d’être une abstraction de manuel de droit pour devenir une réalité de tribunal. Puisque l’État haïtien « ne peut plus » ou « ne veut plus » remplir sa mission régalienne, le relais doit être pris par les instances internationales avec une fermeté sans précédent.
La CPI doit agir comme le dernier rempart contre l’oubli et l’impunité, car les crimes commis, meurtres, viols systématiques, destructions d’écoles touchent à l’essence même de l’humanité.
Punir les auteurs n’est pas seulement un acte de vengeance, mais une nécessité pour « punir pour l’exemple » et restaurer l’espoir d’une jeunesse qui refuse de succomber à la perversion. L’État haïtien doit se ressaisir immédiatement ou assumer son échec devant l’Histoire et les juridictions répressives internationales. Pour nos enfants, pour l’honneur de nos institutions et pour la survie de la nation, le silence des complices doit être brisé par le marteau des juges.
L’heure n’est plus aux rapports d’experts ou aux communiqués de presse laconiques, mais à l’action judiciaire contraignante. Haïti refuse de mourir dans l’indifférence ; elle exige que le droit triomphe enfin de la terreur.
Daniel VEILLARD

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